COP29: pas de sursaut dans les politiques climatiques qui stagnent depuis trois ans
Malgré l'urgence, les politiques publiques mondiales en matière de lutte contre le réchauffement climatique n'ont pas connu de sursaut ces trois dernières années, constate le Climate Action Tracker (CAT) dans sa dernière analyse publiée jeudi, à l'occasion de la COP29 à Bakou (Azerbaïdjan).
- Publié le 14-11-2024 à 07h46

Dans l'état actuel des politiques menées, le réchauffement mondial atteindrait +2,7°C à l'horizon 2100, bien au-delà de l'objectif de l'Accord de Paris qui ambitionne de contenir la hausse du mercure bien en deçà de +2°C et si possible à +1,5°C. Les scientifiques du Giec ont en effet averti à maintes reprises que chaque fraction de degré compte si l'humanité veut s'épargner les pires conséquences du dérèglement climatique.
En 2021, les politiques menées conduisaient déjà à un réchauffement attendu de +2,7°C.
En tenant cette fois compte des engagements annoncés par les États, en vertu de l'Accord de Paris, c'est-à-dire les contributions déterminées au niveau national (CDN ou NDC en anglais), la hausse du mercure serait de +2,6°C à la fin du siècle. C'est davantage que ce qui était estimé en 2021 (+2,4°C).
Pour le CAT, la hausse attendue de +2,7°C, à politiques inchangées, est une estimation médiane, avec 50% de chance qu'elle soit plus ou moins élevée. "Mais notre connaissance du système climatique nous apprends qu'il y a 33% de chance que notre projection soit de +3,0°C - ou plus - et 10% de chance qu'elle soit de +3,6°C ou plus, un niveau de réchauffement absolument catastrophique", selon Sofia Gonzales-Zuniga, auteure principale du rapport et membre de l'institut Climate Analytics.
"2024 a été une année marquée par un progrès minime, avec presque aucun objectif national nouveau ou nouvelle promesse de neutralité carbone et par des émissions dues aux énergies fossiles qui ont continué d'augmenter malgré le fait que les gouvernements ont répété l'urgence de renforcer leurs objectifs pour 2030 et de les aligner sur l'objectif d'1,5°C", constate encore le CAT, qui est le fruit d'une collaboration entre les instituts Climate Analytics et NewClimate Institute.
Le CAT s'attend à ce que les émissions mondiales de gaz à effet de serre atteignent leur pic d'ici la fin de la décennie "mais à un niveau beaucoup plus élevé qu'il y a trois ans".
L'essor fulgurant des énergies renouvelables devrait néanmoins mettre à mal les énergies fossiles et permettre une baisse des émissions post-2030 beaucoup plus rapides qu'attendu il y a encore trois ans, selon l'expert Niklas Höhne, du NewClimate Institute.
Le CAT a également essayé de calculer l'impact de l'élection du climatosceptique Donald Trump à la présidence des États-Unis. Le "projet 2025" du président élu, qui entend revenir sur les mesures pro-climat de son prédécesseur, entraînerait une hausse de 0,04°C, selon les calculs. "Un abandon définitif de l'objectif US de neutralité carbone, s'il était suivi par d'autres pays revenant sur leur action ou la retardant, pourrait avoir des conséquences plus importantes", avertissent les auteurs du rapport.
Enfin, le CAT a calculé les objectifs de réduction d'émissions qui devraient être ceux des sept plus gros émetteurs mondiaux pour espérer contenir le réchauffement climatique à +1,5°C. Pour 2035 (année qui sera celle prise en compte pour les nouvelles contributions déterminées au niveau national que les États doivent remettre pour février 2025 en vertu de l'Accord de Paris), la Chine, premier émetteur mondial, devrait ainsi réduire des émissions de 66% (par rapport à 2023), les États-Unis de 80% par rapport à 2005 et l'Union européenne de 78% par rapport à 1990.
Les plans de l'industrie fossile pour limiter le méthane ont trop de "lacunes"
Les géants de l'énergie fossile affichent des ambitions pour réduire drastiquement les rejets de méthane, un puissant gaz à effet de serre, mais ces objectifs comportent d"importantes lacunes", au risque d'"exacerber la crise climatique", affirme jeudi un rapport du centre de réflexion Carbon Tracker.
"Les compagnies pétrolières et gazières exacerbent la crise climatique en échouant à fixer des objectifs stricts pour empêcher les fuites de méthane dans l'atmosphère", résume ce rapport "Absolute impact 2024".
Le sujet a fait irruption ces dernières années dans les conférences climatiques et à la COP28 de Dubaï, en 2023, 52 compagnies pétrogazières se sont engagées à atteindre "près de zéro méthane" dans leurs opérations d'ici 2030, sous l'oeil d'observateurs sceptiques faute de plans précis.
Un an plus tard, en pleine COP29 à Bakou en Azerbaïdjan, Carbon Tracker identifie d'"importantes lacunes" dans les promesses affichées par la plupart des géants des hydrocarbures, selon ce rapport basé sur l'étude des plans climatiques déclarés de 27 grandes entreprises pétro-gazières dont TotalEnergies, Shell, BP, SaudiAramco, Petrochina.
"Les sociétés pétrolières et gazières soutiennent l'action climatique du bout des lèvres, tandis que les émissions de leurs produits alimentent des tempêtes, des sécheresses, des inondations et des vagues de chaleur de plus en plus violentes" dans un monde échauffé, a déclaré l'analyste pétrole-gaz Olivia Bisel, auteure principale citée dans le rapport.
Le méthane, deuxième plus important gaz à effet de serre après le CO2, est la molécule du gaz "naturel", qui s'échappe des infrastructures pétro-gazières, mais aussi des vaches, des rizières ou des décharges - et est également présent naturellement dans les zones humides.
Depuis la révolution industrielle, il est à l'origine d'environ 30% du réchauffement mondial. Après l'agriculture, le secteur des combustibles fossiles est responsable d'environ 35% des émissions mondiales de méthane d'origine humaine, selon le Climate and Clean Air Coalition.
Largement évitables pour un coût abordable, les émissions mondiales de méthane ne cessent d'augmenter. Or son pouvoir de réchauffement est plus de 80 fois plus important sur 20 ans que celui du CO2. Mais sa durée de vie est plus courte, ce qui en fait un levier "à fort impact" pour tenter de limiter rapidement le réchauffement climatique.
Dans l'industrie des fossiles, le méthane est notoirement connu pour ses fuites: dans les puits, au moment de l'extraction et de la production (torchage, lâchers de méthane volontaires), et du transport (gazoducs, cargos méthaniers).
Or selon Carbon Tracker, "de nombreuses entreprises possèdent ou exploitent des infrastructures gazières intermédiaires, telles que des gazoducs et des méthaniers, qui peuvent émettre de grandes quantités de méthane", sans être couvertes par la plupart des objectifs. Ainsi seules 8 entreprises incluent des actifs gaziers intermédiaires dans leurs objectifs d'élimination (TotalEnergies, Shell, Equinor, Expand, Petronas, Adnoc, Exxonmobil, QatarEnergy).
