Démystifier l'entrepreneuriat
Si l'envie de se lancer comme indépendant peut rencontrer doutes et questionnements, de plus en plus d'experts rassurent les futurs entrepreneurs.
- Publié le 18-02-2017 à 05h00
Expert en création d'entreprises, Sébastien Legrain (BeNov) veut démystifier l'entrepreneuriat auprès d'un large public, à travers ses conférences et ses formations. Interview.
Quelles sont les peurs les plus fréquentes chez les candidats à l'entrepreneuriat?
La plus grande crainte est la faillite. Au risque de rencontrer l'échec, on préfère ne pas se lancer. Pourtant, le salariat n'est plus la panacée en termes de sécurité d'emploi. Et les entreprises emploient de plus en plus d'indépendants. Ensuite, il y a la peur de ne pas attirer les clients, d'être en manque d'idées. Et enfin, la crainte de ne pas parvenir à démarrer et à suivre la bonne démarche.
Face aux peurs et aux mythes de l'entrepreneuriat, que répondez-vous?
Il y a de nombreux points forts de l'entrepreneuriat à mettre en avant. Bien souvent, les indépendants se lancent pour trouver leur propre équilibre. Face au mythe du manque de temps pour la vie privée, je peux répondre que oui, l'indépendant travaille beaucoup, mais il acquiert une certaine flexibilité. Par exemple, des mamans indépendantes optent pour ce statut pour adapter leur horaire et mieux profiter de leurs enfants. Si l'on peut croire qu'il faut investir une grosse somme d'argent pour débuter, ce n'est pas toujours vrai. Une grosse partie de l'économie belge est basée sur les services. Quant au mythe de la liberté, il est un peu vrai. Mais il faut garder à l'esprit qu'on troque un employeur ou un chef d'équipe directe contre des dizaines de clients.
Quels sont les profils des candidats entrepreneurs?
Il n'y a plus de profil type d'indépendant aujourd'hui, en termes d'âge ou de niveau de diplôme. On observe trois types de motivations principales qui les concernent. Il y a ceux qui sont passionnés par une activité. Il y a les personnes en inadéquation avec le marché du travail, qui ne retrouvent plus d'emploi après un certain âge. Enfin, il y a les "cavaliers seuls", ceux qui ne se plaisent pas à travailler pour une autre personne. Par ailleurs, de nombreux autres travailleurs s'intéressent à l'entrepreneuriat au sens large, pour une activité complémentaire.
Comment évolue l'image de l'indépendant?
Auparavant, l'entrepreneuriat était souvent présenté dans l'actualité au travers de sujets négatifs, comme les faillites. Aujourd'hui, les médias présentent beaucoup de "success stories "qui inspirent et motivent. Autrefois, quelqu'un se lançant comme indépendant pouvait passer pour un fou, alors qu'actuellement, la démarche devient honorable dans les mentalités. Quant à l'échec, dans les pays anglo-saxons, il n'est pas "pestiféré". Et chez nous, il est de mieux en mieux accepté. Enfin, des outils sont de plus en plus présents pour accompagner dans cet engagement.
Quels sont ces outils?
Je ne peux pas tous les citer… Il y a par exemple les SAACE: les Structures d'accompagnement à l'auto-création d'emploi. Il en existe une dizaine. Elles permettent, par exemple, de démarrer une activité "en couveuse", tout en conservant ses allocations, pour tester en grandeur réelle la viabilité de son projet sans risque social, financier ou juridique durant plusieurs mois. Il y a aussi les six Centres européens d'entreprise et d'innovation (CEI) wallons, comme le BEP en Province de Namur et le Centre Héraclès à Charleroi. Le Forem et l'ONEM ont adopté une vision ouverte à l'auto-création d'emploi et considèrent l'entrepreneuriat comme une démarche active de recherche d'emploi. Je peux aussi citer le programme "Je monte ma boîte" à l'IFAPME. Et de nouveaux dispositifs voient le jour, comme le statut d'étudiant-entrepreneur.
