Qui est "Queen Nikkolah", ce personnage qui se réapproprie la figure de saint Nicolas et dont l'initiative suscite la polémique en Flandre ?

Et si, en 2023, Saint-Nicolas était une femme de couleur ? À Gand, l'initiative de "Queen Nikkolah" fait polémique depuis plusieurs jours, à tel point que le sujet est devenu politique et que la venue de cette sainte Nicolas noire a été annulée à l'hôtel de ville.

La Rédaction de l'Avenir
Queen Nikkolah
« Queen Nikkolah » a pour objectif de faire évoluer les mentalités en remettant en question les frontières classiques entre les cultures et les genres. ©Instagram

C'est une des polémiques de cette fin d'année en Flandre : "Queen Nikkolah", la version féminine et noire de saint Nicolas, ne viendra finalement pas à l'hôtel de ville de Gand, ce 6 décembre 2023. De plus en plus politisé, le débat autour de la venue de cette nouvelle figure de la tradition a pris fin avec la décision du collège échevinal d'annuler l'événement auquel 200 personnes s'étaient pourtant déjà inscrites.

"Notre objectif, c'est de rassembler pas de diviser", s'est défendu le bourgmestre Mathias De Clercq pour expliquer le choix des élus gantois. Ce qui ne convainc pas forcément les socialistes flamands de Vooruit qui ont décidé d'inviter le personnage créé par l'artiste Laura Nsengiyumva au sein de son centre culturel. "Je pense que la décision de la ville est un peu rapide", estime d'ailleurs Franky Devos, le coordinateur général de Vooruit. "Il s'agit d'une incroyable fête pour les enfants qui montre la diversité du monde. Et cette fête peut parfaitement coexister avec l'autre."

Au cœur de la polémique, le personnage de "Queen Nikkolah" n'a pourtant jamais eu la volonté de remplacer saint Nicolas. "Je le vois un peu comme mon concurrent, mais je n'ai pas envie qu'il disparaisse", expliquait déjà Laura Nsengiyumva au micro de la RTBF en 2019.

Notre reportage dans les coulisses d'une Saint-Nicolas solidaire

"Ce qui est problématique avec la tradition telle qu'on la connaît aujourd'hui, c'est qu'on est encore dans la propagande coloniale", estime celle qui se décrit comme une "artiviste", ou une artiste-activiste. "On est un peu dans les restes de cette propagande avec le personnage de Père Fouettard qui n'était pas là avant la période coloniale, car il était alors représenté par un diable. Ce n'est qu'à la période coloniale que Père Fouettard est devenu la caricature du nègre que l'on connaît. Et ce n'est pas juste qu'il soit noir (qui pose problème, NDLR) mais c'est surtout qu'il soit l'esclave de saint Nicolas."

Comme Laura Nsengiyumva aime le rappeler, "Queen Nikkolah" a donc pour objectif de faire évoluer les mentalités en remettant en question les frontières classiques entre les cultures et les genres. L'objectif de cette alternative au traditionnel grand Saint étant surtout d'aborder la tradition de manière différente, sans les stéréotypes d'antan.

"Une tradition, c'est quelque chose qui change, qui s'hybride et… "Queen Nikkolah" est une autre hybridation" de Saint-Nicolas, conclut l'artiste.

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