La colère agricole s'étend à la Belgique: "Tout est à revoir dans cette Politique Agricole Commune"
La colère paysanne a atteint le cœur de Bruxelles ce mercredi. Avant de s'étendre en Wallonie dès ce jeudi.

- Publié le 24-01-2024 à 15h57
- Mis à jour le 24-01-2024 à 19h26

Alors qu'on annonce des mouvements de colère paysans en Wallonie à partir de lundi au niveau syndical, que des initiatives plus localisées pourraient prendre forme dans les prochaines, heures, les agriculteurs se sont déjà fait entendre ce mercredi à Bruxelles au cœur du quartier européen. On retrouvait essentiellement des représentants français sous la bannière de la Coordination rurale française ou du syndicat italien CGIL.
À quelques pas de là, c'est l'Euopean Milk Board (EMB) qui avait fait le point sur le secteur agricole en Europe. Les représentants des producteurs laitiers européens ont évoqué une crise qui touche les 27 membres de l'Union. " En Lituanie, ce sont les marécages et terres humides à préserver. Ailleurs, ce sont les mesures fiscales. Aux Pays-Bas, cela fait presque deux ans qu'ils manifestent sur les normes azote", explique Kjartan Poulsen, président de l'EMB.
Mais ce qui mobilise avant tout l'EMB, c'est le prix du lait. "Nous voulons produire moins ", assure le groupement des laitiers. En 2016, au prix de nombreuses négociations, la Commission européenne avait soutenu la limitation de la production pour le dernier trimestre. Conséquence: "les prix étaient repartis à la hausse." Ce que les agriculteurs européens réclament, "c'est un prix rémunérateur. En Espagne, tous les produits doivent être achetés à un prix rémunérateur et chaque maillon doit être impliqué. C'est une réplication que nous voulons généraliser."

L'EMB appelle aussi à "des prix et des volumes de production fixes. " L'EMB demande aussi que l'article 148 portant sur l'organisation commune des marchés des produits agricoles soit aussi appliqué " aux coopératives car elles échappent à la législation. alors que la loi doit s'appliquer à tous.
Les coopératives fonctionnement bien quand elles sont à taille menue. Mais quand elles deviennent des coopératives multinationales, la loi doit s'appliquer. "
Pour Véronique Le Floc'h, présidente de l'EMB France et à la tête de la Coordination rurale, "on ne doit plus parler de coopératives dans certains cas. Ce sont des sociétés coopératives qui sont dans une logique de secteur privé et qui essayent de faire du business via des filiales qui dépendent de holdings." Conclusion: plus rien " ne revient dans nos poches ". En l'occurrence les poches des coopérateurs et donc des producteurs.
Un Green Deal "trop ambitieux"
Le Green Deal est véritablement dans la cible des agriculteurs européens. Non pas qu'ils ne souhaitent pas participer à l'effort environnemental mais "la définition des objectifs nous paraît trop ambitieuse," continue Véronique Le Floc'h. "La réduction de 50% des produits phyto est envisageable que s'il y a une alternative." Et de pointer aussi les accords commerciaux hors-Europe incohérents: "on ne peut pas être en décroissance et laisser rentrer des produits qui ne respectent pas nos normes. On n'est pas dans la bonne balance par rapport aux gaz à effet de serre."
Même au sein de l'Union, les agriculteurs sont entrés en concurrence: on tend de plus en plus à avoir une opposition Ouest-Est "avec une destruction de l'agriculture de l'ouest pour la délocaliser à l'est." Et la perspective d'ouvrir les marchés à l'Ukraine n'encourage pas forcément les agriculteurs européens à soutenir la démarche: " c'est à se demander si on a encore notre place."
Mais l'interrogation la plus forte, c'est sur la raison même de la PAC, la Politique Agricole Commune. Cette PAC si changeante bouleverse constamment les modèles agricoles. "Comment doit s'adapter un agriculteur à une PAC qui change tous les 5 ans alors qu'il fait des prêts sur 30 ans," s'interroge Guy Francq, président de l'EMB Belgique. Sa consœur française confirme: "dans cette PAC-ci, tout est à revoir. On aimerait être payés par les industriels et que notre lait soit valorisé. Si on pouvait se passer de la PAC, ce serait très bien. Tout en conservant un volet commun axé autour de la réserve de crise. "