Le choix du dictateur face au terrorisme
Le régime syrien sort vainqueur face à l'État islamique. Une situation tolérée par la communauté internationale, aux dépens de la population.
- Publié le 12-12-2017 à 06h00

Tout commence en mars 2011. En Syrie souffle le vent du printemps arabe, cette révolte populaire qui incrimine le pouvoir dictatorial en place, celui de Bachar al-Assad.
Mais ces manifestations seront très vite réprimées dans le sang. Le soulèvement pacifique se transforme en conflit militaire dont l'enlisement favorise l'avènement de groupes djihadistes, l'État islamique en tête.
Après de lourdes défaites militaires et territoriales, l'EI est désormais l'ombre de lui-même. Le président syrien Bachar al-Assad et son indéfectible allié russe en sont venus à bout. Mais que reste-t-il des crimes commis à l'égard du peuple syrien? Et surtout, que fait la communauté internationale?
1. Mobilisation unanime"Au départ, les États tablaient sur la chute presque automatique et naturelle de Bachar al-Assad en Syrie, sans voir qu'il y avait déjà, dans cette opposition, des mouvements djihadistes et islamistes qui se dessinaient", observe Tanguy de Wilde, professeur de relations internationales à l'UCL.
L'instauration d'un régime démocratique en Syrie est alors la seule issue possible. "Ce genre de politique était guidé par des idéaux tout à fait louables d'un point de vue philosophique, mais complètement en décalage avec une certaine réalité du terrain", estime Didier Leroy, chercheur à l'Institut royal supérieur de Défense et à l'ULB.
2. Bachar plutôt que Daech Le président syrien a clairement franchi toutes les limites: la répression sanglante, le conflit armé, et même cette fameuse ligne rouge établie par Obama en 2012, relative à l'emploi de l'arme chimique.
Progressivement, entre la dictature et la menace terroriste, la communauté internationale a dû faire un choix. "Elle s'est finalement résignée à la configuration binaire qui consistait à choisir entre la peste et le choléra, poursuit Didier Leroy. C'est ce décor que les acteurs de terrain les plus influents ont projeté sur le bureau des chancelleries occidentales."
Bachar al-Assad n'a pas créé Daech, mais il a tout fait pour encourager le phénomène, se posant comme seule alternative. Et la propagande sinistre et violente de l'État islamique a fait le reste.
"On s'est engouffré dans une vision simpliste des choses, en décrétant que l'État islamique était un ennemi plus dangereux que le régime de Bachar al-Assad. Or, si on regarde le nombre de victimes au Proche-Orient, Bachar al-Assad a plus de sang sur les mains que l'État islamique."
3. Quel avenir en Syrie? Selon Didier Leroy, le grand vainqueur de cette guerre syrienne est Vladimir Poutine. Car la Russie est l'État qui a investi le plus de ressources dans ce conflit. Elle devrait donc avoir la main, l'Iran en second lieu. " Bachar al-Assad est quelqu'un qui a une dette à vie envers Moscou, Téhéran et le Hezbollah libanais." Et ce, même si la question syrienne ne peut être réglée de façon unilatérale.
Quant à Bachar al-Assad, "il est condamné par l'Histoire, affirme Tanguy de Wilde. Mais il faut se rappeler qu'il y a deux temps dans la résolution d'un conflit: celui de la paix, et celui de la justice. Si l'individu avec lequel on doit faire la paix est considéré comme un criminel, il ne collaborera jamais. Mais on peut supposer qu'à terme, l'Histoire jugera ses agissements."
