L'incroyable résurrection du fort de St-Héribert
Le fort St-Héribert avait complètement disparu sous des monceaux de déchets. Quelques passionnés ont entrepris de l'exhumer. À découvrir du 2 au 4 août.
- Publié le 29-07-2014 à 07h26

Les lettres noires se détachent sur le fond blanc, au fronton de la poterne d'accès. Fort de St-Héribert… Nous sommes dans un bois, sur le plateau agricole qui sépare Wépion de Bois-de-Villers. Au cœur de la forêt émergent désormais les vestiges de ce fort, imaginé à la fin du XIXe siècle par le général Brialmont, comme un des neuf maillons du dispositif défensif de Namur.
L'ouvrage défensif sera construit de 1888 à 1892, et mis à contribution lors des deux guerres mondiales. Délaissé par la Défense nationale, il absorbera ensuite les déchets ménagers de Namur et des communes voisines au point de disparaître complètement du paysage. Ces dernières années, seuls quelques spéléos intrépides s'aventuraient encore dans ses entrailles.
Le fort Saint-Héribert semblait condamné à un oubli définitif. C'était compter sans l'acharnement du propriétaire actuel, Émile Legros et du président de l'Amicale pour la sauvegarde des forts de l'Entre-Sambre-et-Meuse Jean Chapelle. "Au départ, j'avais racheté le terrain pour avoir du bois de chauffage", explique Émile Legros. De fil en aiguille, l'homme se passionne pour le fort et son histoire, au point de créer une fondation Émile Legros, dont l'objectif est la réhabilitation du vieux fort.
Avec Jean Chapelle et une poignée de passionnés, depuis plusieurs mois, ils ont pris leur courage à deux mains, sortant littéralement l'ouvrage défensif de terre. En à peine un an, ils ont accompli un travail incroyable, extirpant quantité de déchets entreposés à l'extérieur et à l'intérieur du fort, dans des conditions dantesques, à l'aide d'une pelle mécanique et parfois de simples brouettes. "On trie les déchets qui sont ensuite dirigés vers des filières de recyclage", explique Jean Chapelle.
Le travail est loin d'être achevé, mais le résultat est soufflant. La tranchée d'accès vers la poterne principale a été recreusée. Elle permet la visite d'une enfilade de pièces: poste de garde, salle des transmissions, morgue…
En passant par le haut du fort, on pénètre dans le cœur de la forteresse, à 18 mètres sous la surface du sol. La température y est de 12°, pour un taux d'humidité avoisinant les 97%. La grande salle impressionne par ses dimensions: c'est le débouché d'infanterie, où les hommes se rassemblaient avant de recevoir leur affectation quotidienne. Au débouché d'un couloir, on devine la forme arrondie d'une ancienne tourelle. Plus loin, on découvre la tête d'un soldat dessinée par un officier médecin en poste à Saint-Héribert. Comme pour rappeler qu'ici, des hommes ont vécu, se sont battus, ont souffert.
Des ouvrages vite démodés
À l'époque où ils ont été construits, les forts de Namur étaient ce qu'on faisait de mieux. L'épaisseur de leurs murs, en béton devait leur permettre de résister aux obus les plus puissants.µ

Mais 15 ans plus tard, au déclenchement de la guerre en août 1914, ils étaient déjà démodés. L'artillerie avait fait de tels progrès que les murs ne pouvaient plus résister aux plus gros canons allemands, dont la portée excédait par ailleurs celle des canons du fort.
À l'époque de leur construction, le béton armé n'était pas connu. Les bâtisseurs ont construit les murs en coulant des couches de 20 cm d'un mélange d'un tiers de sable, d'un tiers de ciment et d'un tiers de galets de Sambre et de Meuse, de calibres divers. Lors des coulées, les gros galets descendaient vers le fond, créant ainsi des fissures horizontales, caractéristiques de ce type d'ouvrage.
Un seul mort à la morgue
Depuis la poterne d'entrée, on accède rapidement vers une pièce dont les soldats n'ont eu que peu l'usage: la morgue.
En août 1914, le fort a combattu fermement, causant de nombreuses victimes dans les rangs allemands, tandis qu'on ne déplorait aucune victime dans le fort. En 1940, le fort offrira de nouveau une belle résistance. Le 21 mai, à 12h10, heure de la reddition, le fort avait tiré 7714 obus sur les 7724 dont il disposait. La garnison ne déplorera qu'un mort: le milicien Radu, tombé par accident dans le fossé immergé sous le pont roulant, le 15 mai en pleine nuit. Il ne pourra être réanimé.