Lara, énième victime du Roaccutane ?
Lara s'est vu prescrire de l'isotrétinoïne durant six mois pour traiter son acné. Aujourd'hui, la jeune femme n'a plus les idées claires.
- Publié le 18-07-2013 à 17h41

La notice de l'isotrétinoïne, commercialisée sous le nom de Roaccutane, mentionne 152 effets indésirables, dont des risques de dépression et de suicide.
Lara souffre d'un léger retard mental et suit un enseignement spécial. Bien entourée par sa famille, elle se bat aujourd'hui dans une chambre d'hôpital pour retrouver son équilibre. "Ma sœur a pris du Roaccutane après avoir consulté un dermatologue qui nous en avait vanté les mérites. Deux de mes amis m'avaient confirmé la chose ", explique Chloé Uhissy. Deux mois après les premières prises, Lara devient très agressive, un fait nouveau; elle en vient même aux mains avec ses proches qui ne la reconnaissent plus. "Mon père s'est inquiété et a consulté à nouveau. Malgré que notre sœur déprimait et stressait toujours plus, le corps médical s'est voulu rassurant au sujet de son traitement anti acné."
La famille s'informe davantage et découvre que cette molécule est interdite aux États-Unis et en France depuis 2008.
Les délires de Lara s'amplifient, la camisole chimique des neuroleptiques est censée la calmer. Mais rien ne semble soulager la jeune femme qui perd le sommeil en même temps que l'appétit. Le personnel soignant qui l'entoure aujourd'hui semble désemparé. Le fabricant de la molécule avançait qu'après 3 semaines tout rentrerait dans l'ordre; un mois a passé, la situation empire. "Les psychiatres ne parlent pas de coup de folie ou de schizophrénie. Il n'y a eu aucun signe avant coureur de démences. Je pense ici à un effet cumulé. Y a-t-il une erreur de dosage? , ajoute encore Chloé. Quand elle arrive à s'exprimer, ma sœur déclare ne pas comprendre ce qui lui arrive."
L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) estime que 25 à 27 cas suicides d'adolescents, entre 1986 et2009, seraient liées à la prise de ce médicament. Des parents français ont créé une association des victimes du Roaccutane et génériques (AVRG). Celle-ci avance l'étude d'un psychiatre américain démontrant que l'isotrétinoïne affecte le fonctionnement du cortex frontal, zone où se développent les émotions. " On attend les analyses toxicologiques, mais le président de l'AVRG m'a déjà annoncé qu'il ne fallait rien attendre de ce côté. On veut que les parents soient au courant des dangers encourus par la prise du Roaccutane. Si notre sœur était fragile psychologiquement, c'est aussi le cas de nombreux adolescents."
Passage à l'acte et traitement
Il est prouvé que les formes graves d'acné peuvent aussi entraîner d'importants problèmes psychologiques et des idées suicidaires.
Une étude suédoise, publiée dans le sérieux British Medical Journal, a étudié a posteriori le risque de dépression et de comportements suicidaires chez plus de 5 700 patients âgés de 15 à 49 ans ayant pris ce traitement entre 1980 et1990.
Selon ses auteurs, "étant donné le risque accru de tentative de suicide observé au cours des années précédant le traitement, il n'est pas possible de déterminer si la hausse qui se poursuit pendant et après le traitement est liée à l'évolution naturelle de l'acné sévère ou aux effets négatifs de l'isotrétinoïne." Comme d'autres, ces chercheurs supposent que l'acné sévère est un facteur de risque en soi de tentative de suicide.
Mais que l'isotrétinoïne pourrait provoquer ou renforcer un tel comportement chez des personnes plus vulnérables, même longtemps après l'arrêt complet du traitement.
