Et si on redonnait du sens à l'école ?
Christian Schandeler sort "L'école en panne de sens", plaidoyer pour une école où l'on ose. Son essai fera du bruit dans le monde de l'école.
- Publié le 08-04-2015 à 07h24

Christian Schandeler, vous publiez "L'école en panne de sens". Un titre, bien pessimiste?
Non, c'est plutôt un plaidoyer pour redonner du sens à l'école. On a l'impression d'une école qui n'avance pas, car la société avance plus vite qu'elle. Le sentiment d'une école qui fait du sur place. L'école est tiraillée par des tensions contradictoires. On veut une école de la réussite mais quand il y a trop de réussites, on crie à la baisse de niveau. On parle d'évaluation formative mais il n'y a jamais eu autant de certificatif. On parle de différenciation d'apprentissages mais les inspecteurs aimeraient qu'on ait le même examen. On est dans un langage schizophrénique.
Les profs estiment qu'ils perdent un espace de liberté?
C'est vrai, les écoles n'ont jamais été autant contrôlées. On veut l'autotomie des élèves mais on les contrôle à chaque heure. La pression est de plus en plus forte sur l'école et les profs. On leur demande de travailler en équipes mais on ne leur donne pas de temps pour le faire. Certaines équipes se mettent une pression. On va vers un formatage de l'évaluation.
Vous êtes conseiller pédagogique, vous vous tirez une balle dans le pied?
(Rires) Je vis mal certaines rencontres. Dans ce langage schizophrénique, les personnes qui parlent se réfèrent à des systèmes d'apprentissages qui sont différents. On a l'impression de parler la même langue mais on ne dit pas la même chose. Quand on parle de remédiation, de compétence, de droit à l'erreur, on a parfois l'impression d'apporter l'ampoule à incandescence à des personnes qui attendent une chandelle à éclairer. Des visions tellement différentes
Si vous deviez rencontrer la ministre, vous lui dites?
Il faut redéfinir le métier de prof. Tenir compte du travail en équipes. En Islande, on vise à travailler en interdisciplinarité. Il n'y a plus des matières mais on travaille sur des thèmes. L'évaluation de compétences devrait porter sur des projets.
Le statut du prof a changé?
Complètement! On a un écart entre la vision rêvée du prof et la réalité. Le prof n'est plus aussi maître qu'avant. Il est chercheur parmi les élèves. Sa force, c'est de savoir comment chercher. Quand il est mis en difficultés, lui sait comment chercher. C'est parfois intéressant pour des élèves de voir un prof mis en difficultés.
Le prof doit oser. On est davantage dans la posture de coach. Un prof ne connaît pas tout, les élèves peuvent aider au point de vue technique par exemple. On fait rarement le lien entre la pratique qu'on a et les théories de l'apprentissage.
On évaluerait trop?
Beaucoup trop. Chaque travail est coté, dès lors où laisse-t-on la place à l'erreur?
Pas le moment de décourager les profs?
Surtout pas, la porte du changement s'ouvre de l'intérieur.
Ce n'est pas en condamnant les profs, les directions, même les ministres qui sont soumis à Pisa qu'on va avancer. Essayons de trouver les espaces de libertés.
