SERGE REDING, SA MEDAIL LE, SES RECORDS, SA MORT
Serge Reding, l'haltérophile d'Herbeumont, fut vice-champion olympique en 1968 avant de disparaître dans des circonstances tragiques.
- Publié le 22-08-2008 à 10h00
Mexico, octobre 1968. Serge Reding décroche la médaille d'argent au concours olympique d'haltérophilie, dans la catégorie des super-lourds (+ 90 kg). Il n'est devancé que par le Russe Leonid Jabotinsky. Seul médaillé belge, il reçoit un accueil triomphal à son retour.
Manille, 28 juin 1975. Reding est retrouvé mort dans un lit. Trente-trois ans après, un voile sombre entoure toujours les circonstances de sa disparition.
Grandeur et décadence d'un homme attachant, Hercule au coeur tendre. Natif d'Auderghem, mais Ardennais d'adoption. Herbeumontois plus précisément, depuis qu'Ernest Reding, originaire de ce village bordant la Semois, avait épousé sa mère, Adeline Gérard en 1953.
Serge est né 11 ans plus tôt, durant l'occupation, de père inconnu. Soignée en Suisse pour une tuberculose après la guerre, sa mère y fit la connaissance d'Ernest Reding, lui aussi malade. Ce dernier adopta Serge après leur union.
Si Ernest travaillait à Bruxelles, la famille revenait régulièrement à Herbeumont, surtout le week-end.
Le docteur Gustave Renauld était médecin militaire quand il fit la connaissance du futur champion, en 1960. "Milicien, Serge est venu me voir car il n'avait pas envie de rentrer à la caserne", raconte celui qui est aujourd'hui président des Amis de Serge Reding, une ASBL créée après sa mort.
"Il était en surpoids, poursuit le Dr Renauld. Je lui ai conseillé de faire du sport. Il faisait déjà un peu de poids et haltères. Il m'a dit qu'il avait pratiqué la gym aussi. Ça lui a servi durant sa carrière. Malgré sa corpulence, il est resté très souple, ce qui lui permettait de se placer rapidement sous la barre en la soulevant."
Entre les deux hommes, le courant est si bien passé que Gustave Renauld a suivi médicalement l'haltérophile durant toute sa carrière.
"Pas de la médecine sportive dans le sens où on l'entend maintenant, précise-t-il. À l'époque, le médecin ne s'occupait nullement de la préparation du sportif. Juste de le soigner. Comme lorsque j'ai été le médecin de l'équipe cycliste Flandria. D'ailleurs, j'ai très rarement accompagné Serge dans ses compétitions. Sauf pour un championnat d'Europe à Madrid."
Le complexe Alexeiev
Vice-champion olympique à Mexico, Reding avait terminé 8e à Tokyo quatre ans plus tôt. Il fut aussi vice-champion du monde à trois reprises et battit six records mondiaux. Dont deux (développé et épaulé-jeté) à Herbeumont, en 1970, sous un chapiteau rempli par 700 personnes, à l'occasion d'un match Belgique - Nord de la France - Allemagne organisé par Gustave Renauld et ses amis.
En revanche, il échoua nettement aux JO de Munich. "Trois nuls, raconte le médecin herbeumontois. Il avait ressenti une petite gêne à l'échauffement et son entraîneur André Dupont avait demandé un poids trop élevé pour son entrée en matière." Le Russe Vassili Alexeiev fut sacré. Un épouvantail : 2 sacres olympiques, 22 titres mondiaux, 80 records du monde. "Serge en faisait un complexe, confie Renauld.
Persuadé que le poids jouait un rôle, il voulait grossir comme le Soviétique (NDLR : qui mangeait 500 grammes de caviar par jour). Il est passé de 120 à 140 kg, mais ça ne lui a pas réussi. Après Munich, il a un peu accusé le coup, mais n'était pas fini. D'ailleurs, avant sa mort, on parlait encore sérieusement de sa participation aux Jeux de Montréal."
