Victimes du Rana Plaza : Benetton et Carrefour ne veulent pas payer
Un an après le drame du Rana Plaza au Bangladesh, le fonds d'indemnisation des victimes n'est toujours pas constitué. La faute à des enseignes qui refusent de participer. Comme Benetton et Carrefour.
- Publié le 20-03-2014 à 14h02

Le 24 avril 2013 près de Dacca au Bangladesh, l'immeuble Rana Plaza s'effondrait. Ce bâtiment, comme beaucoup d'autres dans ce pays du sud-est asiatique, abritait des centaines de travailleurs travaillant pour un salaire de misère pour le compte de société occidentale, active dans le secteur du textile le plus souvent.
Le bilan était tragique: 1 138 travailleurs tués et plus de 2000 blessés.
Pratiquement un an plus après ce drame, les victimes et/ou leurs familles n'ont toujours pas été indemnisées.
Pourtant, sous l'égide de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), un accord entre les syndicats et les enseignes qui exploitaient les travailleurs du Rana Plaza a été trouvé.
Ce Rana Plaza Arrangementprévoit la constitution d'un fond de 40 millions de dollars. Ce fonds devait être alimenté par les huit enseignes, leurs 28 clients mais aussi, selon un mécanisme de responsabilité solidaire, à l'ensemble des principaux clients occidentaux de l'industrie de manufacture au Bangladesh.
Ce fonds doit permettre de payer les soins médicaux, d'assurer le suivi psychologique et aussi d'indemniser des victimes, mais aussi des familles qui, en plus d'un proche, ont perdu ce qui était souvent l'unique moyen de subistance de la famille.
Des T-shirts de Carrefour dans les décombres
À ce jour, de nombreuses entreprises clientes du Rana Plaza ont versé de l'argent: Bonmarché (Royaume-Uni), El Corte Inglès, Mango (Espagne), Mascot (Danemark), Loblaw (Canada) ou encore Premier Clothing.
Inditex (Zara, Bershka, Pull & Bear, Massimo Dutti) qui ne s'approvisionnait pas au Rana Plaza mais qui est un important client du Bangladesh, a également contribué. Et même une marque comme C & A qui n'y a plus d'activités mais qui était client d'une des usines du Rana Plaza jusqu'en 2011, a versé 500 000 dollars.
"À ce jour, on ne sait pas exactement combien d'argent a été versé pour ce fonds, indique Jean-Marc Caudron, responsable actions urgentes achACT, une association qui défend une consommation responsable. Il y a une certaine confidentialité autour des versements et certaines entreprises ne souhaitent pas faire savoir qu'elles ont participé. Mais on sait qu'on n'a pas atteint le montant de 40 millions de dollars."
Les responsables en sont notamment les enseignes Carrefour et Benetton qui refusent de participer. Raison pour laquelle achACT a lancé une campagne contre ces enseignes, campagne qui s'accentuera lundi avec la mise en ligne d'une pétition leur réclamant plusieurs millions de dollars.
Benetton se fournissait en effet dans une des usines du bâtiment Rana Plaza. Sur base de l'importance de l'activité qu'elle y avait et des moyens propres à la marque, l'OIT estime que Benetton doit contribuer au fonds d'indemnisation à hauteur de 5 millions de dollars. Ce que Benetton refuse.
La situation de Carrefour est identique si ce n'est que le géant de la distribution réfute avoir été client du Rana Plaza.
"On a pourtant retrouvé dans les décombres des vêtements de la marque Tex, une marque de Carrefour, dit Jean-Marc Caudron. Mais la question n'est même pas de savoir s'ils étaient clients ou non de cet immeuble puisque Carrefour est, c'est certain, un des gros clients de l'industrie textile du Bangladesh."
Au même titre que les entreprises du groupe Inditex, Carrefour devrait donc participer au fond.
"Une entreprise qui veut être prise un minimum au sérieux dans son discours sur le respect des travailleurs se doit de participer à cette indemnisation, indique Jean-Marc Caudron. Et c'est ce qu'elles disent toutes." Sans toutefois joindre toujours la parole aux actes.
