Grèce : black-out audiovisuel terroriste, digne d'une dictature
On dira que les journalistes se défendent entre eux et qu'aujourd'hui, ce texte écrit sous le coup de la stupéfaction et de la colère n'est qu'un acte corporatiste au sein du monde des médias. Simple vision d'esprit. Ici, il n'est pas question d'une simple question de solidarité confraternelle mais bien de la dénonciation d'une pure aberration démocratique. La fermeture effective et brutale des télés et radios publiques grecques est un acte inconsidéré, incompatible avec nos démocraties européennes.
- Publié le 12-06-2013 à 07h20

C'est une information qu'on a du mal à digérer. On a l'impression d'avoir mal entendu. Mal compris. Mais non, les phrases se répètent, allant toujours dans le même sens. Objectivement cela s'écrit comme ceci : "Les chaînes de la radio-télévision publique grecques ont cessé d'émettre peu après 23 heures locales. C'est une décision du gouvernement".
Encore une fois, la fuite en avant observée en Grèce continue de faire des ravages. Et non des moindres. On n'est plus dans le rabotage des salaires, dans les projets de taxes, dans les simples mesures d'économie. Non. Là, on touche un fondement de la démocratie, la liberté d'expression.
En coupant brutalement les émetteurs, le gouvernement grec s'est rendu coupable d'un acte d'une violence politique incroyable sous le couvert d'une nécessité économique. Refrain : "L'Europe nous oblige à faire des économies, nous devions le faire".
Terrorisme étatique
Réfléchir au fonctionnement des services publics audiovisuels? Oui, bien sûr, c'est dans les prérogatives de l'État. Celui-ci doit veiller au bon fonctionnement de ces services-là. À leur bonne gestion. À leur pluralisme. À leur diversité. Et aussi à leur mode de gestion (c'est l'argent du contribuable). Mais là ce n'est plus de la gestion, c'est du terrorisme étatique. Pur et simple.
Couper le jus, comme ça, sans préavis? Déstabiliser d'un coup l'offre d'information dans un pays? C'est inadmissible. C'est d'autant plus intolérable que dans la situation actuelle, les Grecs sont en droit d'exiger l'information la plus complète et la plus diversifiée possible. Leur pays traverse une crise sans précédent. Ils doivent être informés.
Revenons à la base. Déclaration des Droits de l'Homme, article 19 : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression […] et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit".
En fermant radios et télévisions, la Grèce restreint d'office ces moyens et entre donc en contradiction avec l'article 28 "Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet".
L'Europe en question
Le gouvernement grec justifie sa décision en disant : "La télévision publique était cas exceptionnel d'absence de transparence et de dépenses incroyables. Et tout ceci prend fin maintenant". Mais à qui la faute? Au citoyen? Celui doit-il payer l'incurie de ses gouvernants?
Encore une fois, il faut pointer le manque de respect de certaines règles élémentaires de base de la construction de l'UE. Mais aussi le manque de contrôle par les autorités européennes qui pondent ces règles. En 2009, une communication européenne sur le sujet a été publiée. L'accent était mis "sur l'obligation de rendre compte et sur l'efficacité des contrôles nationaux, en y intégrant une évaluation transparente de l'incidence globale des nouveaux services de médias financés à l'aide de fonds publics". Où était la saine gestion grecque? Où était le contrôle européen?
La démocratie n'est pas que la synthèse d'un amas de textes à sortir lors de grands débats humanistes remplis de bons sentiments, c'est surtout un acquis, un mode de vie quotidien qu'il s'agit de défendre. Lorsque les traités de l'Union Européenne nous affirment que "la conservation et la promotion de la diversité culturelle comptent parmi les principes fondateurs du modèle européen". On peut se poser des questions. Tout est-il mis en œuvre pour cela?
L'économique ne peut justifier une décision comme celle prise, hier, en Grèce. C'est une insulte au fondement même des principes démocratiques. Des structures audiovisuelles grecques, plus petites, plus efficaces, moins onéreuses? Bien sûr, mais là, ce black-out est tout bonnement scandaleux. Il relève de la dictature. Une dictature imposée au nom du respect de règles économiques européennes qui sont de plus en plus improductives et néfastes à la bonne évolution de nos sociétés.
