Le terroir revit au Séchoir
La taverne du Séchoir, c'est, au-delà de "la bonne cuisine" qu'on y propose, un pan de l'histoire du village remarquablement préservé et mis en valeur.

- Publié le 27-01-2011 à 10h00

Ici, le décor fleure bon les après-semailles d'antan. À une époque - pas si lointaine - où l'on prenait le temps de bien faire les choses. Tout comme le fit Bertrand Lepla quand il a entamé la restauration des anciens établissements Deffontaines-Caudrelier-Derasse, en face de la police de Rumes. Lorsqu'il a acquis l'ancien séchoir à grain en 1994, l'électricien, installé dans le village depuis le début des années 70, voulait y aménager un appartement à l'étage et une salle de stockage au rez-de-chaussée.
"Pourquoi n'y mettrais-tu pas un café à thème?", lui suggéra Serge Bonnet, l'échevin des Travaux de l'époque. "Et pourquoi pas ?", rétorqua le nouveau propriétaire qui se proposa de relever le défi et... ses manches. Car, de l'huile de coude, il en usa pas mal pour rendre, à ce qui était une ruine depuis plus de vingt ans, son lustre d'antan.
Des heures de ponçage, de nettoyage, ont été nécessaires pour retrouver, sous la poussière, la couleur originelle du bois des anciens silos. Ou encore pour remettre en état ces godets qui amenaient jadis le grain dans le séchoir où il devait passer à plusieurs reprises afin de perdre petit à petit son trop-plein d'humidité sans risque d'être brûlé. Bertrand Lepla a poussé le souci du détail jusqu'à remettre en état l'ancienne vis sans fin qu'il faut enjamber pour atteindre aujourd'hui certaines tables situées à l'étage. Sur une mezzanine qu'il a parfaitement intégrée à l'ensemble sans en rompre l'harmonie. Il a aussi laissé son empreinte sur chaque brique qu'il a frottée une à une avec de l'huile de lin.
L'état originel des installations est à ce point respecté que l'on semble revivre l'activité qui a fait vivre le site durant les années d'après-guerre et qui s'est éteinte moins de deux décennies plus tard, sacrifiée sur l'autel de ce que l'on appelle le progrès.
De la restauration du bâtiment à la restauration... en salle, il n'y avait qu'un pas. Franchi avec la complicité du principal locataire du site, soit Francis Hancq, le patron du "Pont de France" et de son chef de cuisine, Mickaël Miet.
Cette belle histoire, Bertrand Lepla a eu d'autant plus de mérite de la mener à bien que la vie ne lui a guère fait de cadeau durant cette période. La perte de sa femme, alors qu'elle n'avait que la quarantaine, l'incita à tout abandonner. C'était sans compter sur le soutien moral que lui apportèrent certains de ses amis. Mais aussi à cette force de caractère qu'il a aiguisée lors des nombreux voyages humanitaires en Roumanie auxquels il a participé pour le compte du home Philippe de Rumes.
Mais si l'histoire offre des faces douloureuses, elle peut aussi avoir des revers qui le sont nettement moins. Bertrand est aujourd'hui marié avec une Roumaine qui répond au joli nom de Lydia.
