Lapière, Flao, Tronchet, etc.: nos 10 coups de cœur (ou de griffe) BD du 3 février

Le jeudi, c’est le jour de notre sélection bande dessinée. Avec, cette fois, un matriarcat, des cons, pas mal de flotte et des cœurs solitaires. Entre autres plaisirs. Bonnes lectures.

Michaël Degré & Alexis Seny
Lapière, Flao, Tronchet, etc.: nos 10 coups de cœur (ou de griffe) BD du 3 février
«Le Roi Louve», Dupuis, 2022.

1Le Roi Louve (T.1)

 Dupuis
Dupuis

Le résumé de l’éditeur

Dans un monde où les Humaines, devenues ovipares, donnent aux Loups, à chaque lune, deux de leurs œufs afin de garantir la paix, l’équilibre semble prêt à se rompre…

Car Petigré, qui comme tous les loups change de sexe à chaque pleine lune, avant d’opter pour l’un d’eux, veut rester une fille. Problème: son père, le roi, veut un garçon pour lui succéder!

Petigré décide donc de s’enfuir avec Rum, son amoureux humain, bientôt rejointe par d’autres étranges créatures: un Sanzame, sorte de zombie, et un Tometeux, lutin aux étonnants pouvoirs.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): MATRIARCAT

Consciemment ou non, le duo Lapière-Alibert, déjà apprécié lors de sa collaboration sur Rose, a intégré à cette série aux accents très féministes, tous les ingrédients du moment: du fantastique, une guerre de succession, des zombies, etc. Et le pire, c’est que… ça fonctionne.

Plutôt très bien même, grâce à une intrigue drôlement bien balancée, des personnages attachants et une dose de mystère intacte qui ne donne envie que d’une chose: lire la suite, et vite. Pour info (on est trop bons avec vous), elle est prévue dès septembre de cette année. Bande de petits veinards.

+ L’interview de Denis Lapière

2Adlivun

 Ankama
Ankama

Le résumé de l’éditeur

1847, Angleterre. La Mary Céleste, navire du capitaine Briggs, est accostée au port de Douvres. Les autorités britanniques sont à la recherche d’hommes assez téméraires pour retrouver l’Erebus et le Terror, deux vaisseaux d’exploration disparus il y a un peu plus d’un an lors d’une expédition en Arctique.

Motivés par une belle récompense, Briggs et son équipage décident d’entreprendre la mission de sauvetage. Mais une fois arrivés en terre inuite, ils tombent sur un navire fantôme, trop petit pour être l’Erebus ou le Terror. Leur périple prend alors une tournure inattendue…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): ENVOÛTANT

1847. Briggs, un capitaine à ranger quelque part entre Corto Maltese et Jack Sparrow, se lance, avec son fidèle équipage, à la recherche du Terror et de l’Erebus, deux navires disparus depuis un an en Arctique. Pour l’argent, mais pas que. Parfois inutilement bavard, mais réellement envoûtant.

3L’âge d’eau (T.1)

 Futuropolis
Futuropolis

Le résumé de l’éditeur

Nous sommes en France, l’eau est montée et il n’y aura pas de décrue. Face à ce nouveau phénomène, beaucoup de populations sont déplacées et survivent comme elles peuvent sur les terres émergées ou apprennent "à flotter". Les grandes villes, comme les grands pôles industriels, sont, quant à eux, systématiquement entourés de digues et soumis à des normes sanitaires.

Face à l’insalubrité potentielle de ces modes de vie "hors des digues" et au danger qu’ils représentent, les autorités invitent ces populations à venir rejoindre au plus vite les centres d’hébergement d’urgence construits à la chaîne, sous peine de perdre certains de leurs droits citoyens.

Une famille, qui a vu son habitat noyé par la montée des eaux, refuse d’obéir à l’injonction gouvernementale. Ils vivent sur une maison flottante.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): SUBLIME

Entre carnet de voyage d’un futur proche, fable onirique et drame social. Benjamin Flao, par le regard d’un chien magique, imagine un monde où l’eau a débordé la Terre et où l’État veut rapatrier les habitants des cabanes, par la raison ou par la force.

OVNI sublime et interrogateur.

4Crushing

 Gallimard
Gallimard

Le résumé de l’éditeur

Elle est seule et cherche à nouer des liens. Il est seul et a peur de tendre la main. Mais trouver quelqu’un est-il vraiment la réponse à leurs problèmes? La vie dans une grande ville est synonyme de relations en tout genre, de rencontres fortuites… et de profonde solitude.

Sans un mot, mais à travers un dessin vibrant de douceur et de sensibilité, Crushing explore avec esprit les hauts et les bas de l’interaction romantique, et la difficulté à trouver l’amour… qui attend peut-être au coin de la rue.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): MUET

Une jeune femme complexée et maladroite et un jeune homme socialement inadapté, se débattant au cœur d’un monde prétendument moderne, mais qui les enfonce chaque jour un peu plus dans leurs solitudes.

Un récit quasi muet, mais d’une beauté solaire et délicate.

5Immonde

 Glénat
Glénat

Le résumé de l’éditeur

Morterre est une petite ville industrielle terne et isolée, habitée majoritairement par les employés de l’Agemma, une entreprise d’extraction de minerais radioactifs. Jonas et Camille, deux adolescents de 17 ans, vivent depuis toujours dans cet endroit qu’ils rêvent de quitter.

En attendant, ils patientent en regardant des nanards horrifiques surannés. Absorbés par leur propre passivité, ils ne prêtent pas attention à l’étrange disparition d’un employé de l’Agemma. Dans le même temps, une nouvelle élève débarque de Paris. Elle s’appelle Nour et n’a pas l’intention de croupir dans l’ennui.

Elle pousse Jonas et Camille à explorer la ville et ses alentours. Au cours d’une excursion nocturne, ils découvrent ensemble un homme au visage malade, défiguré par de terribles excroissances.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): MONSTRUEUX

Fidèle à sa passion de la monstrueuse horreur mais aussi à sa volonté de faire du cinéma sur papier, avec ses propres codes (et des couleurs d’ordinaire peu sexy), Élizabeth Holleville interroge le monde et les centrales qu’on va laisser à nos enfants.

Sans donner de réponses mais en offrant un sacré spectacle.

6Marshal bass (T.7)

 Delcourt
Delcourt

Le résumé de l’éditeur

C’est un temps d’allégresse pour la famille Bass. La fête bat son plein. L’après-midi est douce, les souvenirs vont bon train…

Mais l’histoire que tout le monde a envie d’entendre est celle de Marshal Bass, lorsqu’il était sous les ordres terribles de Maître Bryce.

C’est l’histoire du jour où tout a basculé, où River Bass est devenu l’homme que l’on connaît.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): IRRESPIRABLE

Revoilà notre marshal de couleur, cette fois replongé dans ses souvenirs de jeunesse, alors qu’il était esclave. Pourquoi s’appelle-t-il River? Parce qu’il était "bon nageur", pardi. Mais pas uniquement: la chose lui a aussi sauvé la vie, jadis…

Une série de plus en plus addictive. À conseiller aux amateurs du genre.

7Amanda Sparks (T.1)

 Auzou
Auzou

Le résumé de l’éditeur

Amanda est scandalisée: toute sa famille emménage à Las Vegas pour que sa mère, une actrice célèbre, participe à un nouveau tournage. Pour elle, sensible à la cause écologique, cette ville est une catastrophe!

Un soir Amanda surprend une étrange conversation entre son père et un inconnu. Aurait-il continué ses activités militantes? Le lendemain: un drame survient.

Amanda décide de mener l’enquête!

Notre avis en un mot (puis quelques autres): FUN

Entre fascination et dégoût, références et inventivité, Vidal et Bui nous font découvrir Las Vegas par l’intermédiaire de l’irrévérencieuse Amanda.

Délaissée par ses parents, militante saisie par l’aventure au coin de la rue, l’héroïne visite le cinéma dans ce début d’enquête écolo vraiment fun.

8Cauchemars ex machina

 Dargaud
Dargaud

Le résumé de l’éditeur

En 1940, le roman-mystère triomphe. La guerre venue, trois des meilleurs écrivains du genre s’engagent dans un combat à distance.

Margery Allingham, star du polar anglais fait équipe avec le génial Ernst Bornemann, réfugié allemand, pour piéger le Français Corneille Richelin. Pas une seconde ce dernier ne se doute des manipulations de ses deux confrères travaillant pour les services secrets britanniques.

Le but du jeu? Attirer l’oncle du protecteur allemand de Richelin dans un piège mortel. L’issue du conflit mondial en dépend…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): PERCUTANT

Dans une association inédite, Smolderen et Gonzalez réunissent la crème de la crème de la littérature mystère, véridique ou fictive, pour conjurer la guerre et le nazisme.

Pour ce faire? Intervenir dans les rêves d’un écrivain minable mais collaborateur.

Une claque.

9Moi bébé

 Delcourt
Delcourt

Le résumé de l’éditeur

Quand Tronchet parle à la place de bébé, c’est un monde enfoui qui émerge à nouveau. Il livre les événements majeurs, magiques ou cocasses que bébé a dû traverser de sa naissance à ses trois ans.

Moi bébé lève un pan du voile pour tous les parents confrontés au mystère de leur enfant, et pour tous ceux qui ont eu la chance d'être un jour bébé…

Notre avis en un mot (puis quelques autres): ARHEU

"Moi, président ", osait François Hollande. Plus modeste, Didier Tronchet préfère dire: "Moi, bébé". Car le gaillard a beau avoir 63 ans, c'est encore un grand enfant. Voire un petit bébé puisque c'est dans cette posture qu'il se met en scène ici.

Un album joyeusement régressif, qui rappellera pas mal de souvenirs aux parents d’avant. Quand c’était mieux? Pas forcément.

10Mort aux cons

 Jungle
Jungle

Le résumé de l’éditeur

Des cons, il y en a partout. Il y en a toujours eu. Il y en aura toujours. Le con est une engeance qui s’adapte à tous les climats, à tous les reliefs, à toutes les époques.

Le con est endémique, on n’arrive pas à s’en débarrasser, comme le chiendent, c’est à désespérer.

L’histoire que vous allez lire prouve pourtant qu’avec un zeste de bonne volonté, une dose de lucidité et un plan d’action solide, on peut s’attaquer au problème à la racine. L’élimination systématique des cons n’est cependant pas une entreprise ordinaire. Ça n’a rien d’un hobby innocent, c’est un job à plein-temps. Mieux: un combat.

Notre avis en un mot (puis quelques autres): FÉROCE

Cette adaptation du roman phénomène de Carl Aderhold tient globalement la route. Il y a juste que, fatalement, le format BD oblige Corbeyran, qui se charge de la transposition, à couper dans la verve observatrice du gaillard.

Or, c’est précisément ce qui faisait tout le sel de sa prose. Du coup, ce plat-ci sent un peu le réchauffé. Et manque un peu de saveur. Frustrant.