Liselotte Beck et Stijn Van Lokeren, la passion de la course à pied en couple: «On est plus compréhensif l’un envers l’autre» (VIDEO)

Liselotte Beck est championne de Belgique en titre de marathon. Stijn Van Lokeren le fut en ultra-trail en 2018. Parents de deux enfants, ils forment un couple depuis 2004. Ils nous ont ouvert les portes de leur maison à Sint-Pauwels pour nous partager leur quotidien où le sport occupe inévitablement une place importante.

Éric Verschueren

D’un côté, Liselotte Beck, 36 ans. La championne de Belgique du marathon en titre pratique la course à pied depuis l’âge de 18 ans, bien plus intensivement depuis sa prise d’un dossard à la fédération voici deux ans. De l’autre, Stijn Van Lokeren, 42 ans. Champion de Belgique d’ultra-trail en 2018, il a également gagné à deux reprises Olne-Spa-Olne ou terminé sixième sur les 80 kilomètres de l’Ecotrail de Paris en 2019.

Ces deux excellents athlètes de niveau national, qui allient qualité et quantité dans leur pratique de la course à pied, présentent la particularité d’être mari et femme. Plus, et pas accessoirement, ils sont parents de deux enfants.

Ce couple de sportifs est né en 2004. Tous deux ont en parallèle un métier prenant (elle enseigne les maths et la physique dans le réseau secondaire, lui est également professeur dans une Haute-école) tout en ayant un focus sportif intense et de qualité sur leur sport.

Nous sommes allés à leur rencontre, du côté de Sint-Pauwels, dans le Pays de Waes, afin de comprendre en dix questions comment ils parvenaient à mener de front leur vie de couple avec leurs multiples carrières: celles sur les terrains professionnel et sportif mais aussi, à la maison, celle de parents. Sans délaisser pour autant leur relation. Sur place, la maison est moderne et coquette et beaucoup de choses rappellent que, ici, le sport occupe une belle place.

Votre mode de vie, on le devine, doit d’abord être basé sur un sens important de l’organisation. Concrètement, vous faites comment?

Liselotte Beck et Stijn Van Lokeren: "Chaque dimanche soir, nous remplissons un planning avec les différents jours de la semaine à venir. La priorité n°1, ce sont les activités de nos enfants, scolaires et extra-scolaires. Nous faisons tout pour qu’ils ne restent pas à l’étude après les cours. À partir de là, on réfléchit déjà à qui de nous deux doit les amener à gauche et à droite. Et les ramener à la maison. Une fois ces cases remplies, en connaissant nos horaires professionnels respectifs, nous regardons où on peut planifier nos entraînements (NdlR: presque tous les jours pour Liselotte, tous les jours pour Stijn qui double le nombre de séances 3 ou 4 fois par semaine). Notre chance est de n’avoir que très peu de rendez-vous fixes, genre des entraînements sur la piste avec un groupe. Moi, c’est une fois par semaine, Stijn c’est plus rare. Du coup, nous sommes assez souples dans la programmation de nos séances."

Vous entraînez-vous souvent ensemble?

Stijn: "Non. Avec les enfants qui sont fort jeunes – 6 et 7 ans -, on ne peut pas encore se permettre de les laisser seuls à la maison. Un de nous deux doit toujours rester. Avant, nous avions des poussettes de running et on faisait quelques sorties tous les quatre. On partait avec le pique-nique, c’était chouette. On a eu aussi un vélo avec un bac devant, où on pouvait les mettre. Un courait, l’autre roulait. Mais maintenant, si on veut avoir une séance rien que nous deux, on doit en profiter lorsqu’ils sont tous les deux chez leurs grands-parents…"

Quels avantages trouvez-vous au fait d’être tous les deux autant branchés sport?

Liselotte: "La compréhension de l’autre. Ses besoins, ses envies. Je crois que tous les deux nous respectons le fait que pour arriver à des résultats, l’autre doit y consacrer du temps. Je dois avouer que lorsque j’étais enceinte, c’était parfois dur pour moi de voir Stijn partir s’entraîner ou aller sur des compétitions. Mais je comprenais…"

Stijn: "Cette année, Liselotte a dû participer à 6 ou 7 cross. Nous sommes allés deux fois la supporter avec les enfants. Pour le reste, je n’ai eu aucun problème à être seul à les garder. Je comprends parce que je sais qu’elle en a besoin. Et que moi aussi j’en ai besoin. C’est important que l’autre soit heureux. Au final, c’est le couple qui en bénéficie…"

Et les inconvénients?

Stijn: "Le temps que cela prend, toute cette organisation. Et puis, petit détail sans en être un: la nourriture. Les enfants commencent à en avoir marre des pâtes que l’on prend plus que chez d’autres. C’est rare ça, les enfants qui saturent au niveau des pâtes. Et bien chez nous, c’est comme ça."

Comment cela se passe-t-il avant une compétition importante?

Liselotte: "Il se met dans une espèce de tunnel et ne semble plus que penser à cela. Il a l’air de ne pas s’intéresser à sa famille, à ce qui se passe. Avant, j’avais un peu de mal avec cela. Je ne comprenais pas trop. Maintenant que je pratique de manière plus compétitive, je trouve cela normal et je respecte. Cela aussi est un des avantages de vivre ce que votre mari vit."

Stijn: "Liselotte est un peu plus nerveuse, plus piquante. C’est aussi un process que je comprends. Donc, pas de problème."

Et quand vous avez tous les deux une compétition le même week-end?

Stijn: "C’est déjà arrivé mais je ne crois pas que cela se reproduira. C’est le plus difficile, surtout dans la gestion des enfants pour lesquels il faut trouver des solutions. Surtout, cela génère plus de tensions que normalement. Il faut éviter à tout prix. Heureusement, nous avons un coach commun. Il regarde notre planning et fait des ajustements pour éviter cette mauvaise situation…"

Un échec sportif peut-il avoir un gros impact sur votre vie de couple?

Liselotte: "Non, pas vraiment. De nouveau, on comprend bien l’autre. Dans le cas d’un échec, je sais ce que je dois lui dire pour qu’il reprenne son calme et que cela passe vite. Si c’est moi qui suis concernée, il me dit toujours les mots qu’il faut pour que j’accepte mon échec."

Stijn: "C’est d’abord le partenaire qui m’aide à relativiser. Puis le coach… Sinon, on parle également beaucoup après une réussite. Il y a beaucoup de dialogue. On vit cela à fond, dans tous les domaines."

C’est la même chose en cas de blessure?

Liselotte: "Oui, évidemment. L’autre est plus compréhensif face aux changements de caractère que cela provoque. J’ai eu, à un moment donné, un gros souci au niveau du fascia plantaire. Pendant un mois, je n’ai rien pu faire. Pas de course à pied, pas de vélo. Pendant un an, mon activité running a été réduite. Ce fut vraiment difficile. J’étais irritable. C’était plus difficile pour moi de voir Stijn continuer à s’entraîner normalement alors que je passais mon temps chez le kiné et le médecin. Stijn, heureusement, comprenait la situation. Cela a clairement permis d’éviter les tensions."

Pourriez-vous vivre avec quelqu’un qui ne pratique pas de sport?

Liselotte: "Non, non (elle le répète 4 ou 5 fois). Un homme qui ne fait pas de sport, ce n’est pas possible pour moi. Vraiment. Maintenant, au-delà du sport, nous avons d’autres activités qui nous sont propres à chacun. Je ne voudrais pas que l’on pense qu’il n’y a que cela dans nos vies. Moi, par exemple, j’adore coudre. Je fais pas mal de choses pour les enfants. J’ai même fait les bandanas pour Stijn."

Stijn: "Même chose. En fait, nous sommes beaucoup ensemble grâce au sport. Physiquement et mentalement. Prenez…, par exemple. Sa femme est toujours là sur les courses, on les voit après à la télévision, c’est beau. Elle fait tout pour lui. J’espère juste qu’elle fait du sport et qu’elle comprend vraiment ce que vit son mari. Cela aide davantage à supporter certaines choses. Nous, il y a toujours du sport, qui est une passion commune, pour nous occuper. Nous ne saurions pas passer notre dimanche à lire ou à regarder un film."

Liselotte: "Chez nous, le sport est plus important que la compétition. Nous avons besoin de bouger, de faire des choses sportives en associant au maximum les enfants. Lorsque j’étais jeune, c’était pareil, avec beaucoup de gymnastique, entre autres."

Il y a chez vous une note sportive dans presque chaque pièce. Des chaussures, des médailles, des photos… Vous n’avez pas envie de vous garder des espaces où le sport n’est pas présent?

Liselotte: "Je ne pense pas. Le sport est tellement important chez nous… J’en fais depuis toujours. En tout cas, je ne ressens pas le besoin de compartimenter et de faire des lieux sans sport dans la maison. Le sport, c’est vraiment un mode de vie pour tous les deux, voire tous les quatre."