"Les Diables priés de se taire", "One honte", "le véritable visage du Qatar": la presse s’emballe sur la polémique du brassard à la Coupe du monde

La FIFA a interdit aux capitaines de plusieurs sélections de porter un brassard aux couleurs de l’arc-en-ciel. Une décision polémique qui a alimenté la presse internationale.

La Rédaction
Belgium's Eden Hazard wears the OneLove captain's armband to support LGBTQ+ rights at a friendly soccer game of the Egyptian national soccer team against Belgian national soccer team the Red Devils, at Jaber Al-Ahmad International Stadium, in Ardiya, Kuwait, Monday 21 November 2022. The One Love bracelet had to become a statement to defend the rights of the LGBT+ community and other minorities in Qatar. The seven European countries will refrain from wearing the One Love bracelet at the World Cup in Qatar. In a joint statement, they indicate that they are ignoring the band after the threat from the World Football Association FIFA to impose sporting sanctions on the captains with the conscious band at the start of the match.
BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR
La polémique autour du brassard "OneLove" a pris de l'ampleur dans le monde entier.

La Coupe du monde a débuté dimanche au Qatar avec la rencontre d’ouverture entre le pays hôte et l’Équateur. Si la phase de groupes bat désormais son plein, les polémiques extra-sportives ne dégonflent pas pour le pays du Golfe et la FIFA. La dernière en date, l’interdiction du port du brassard de capitaine aux couleurs arc-en-ciel pour favoriser l’inclusivité, a été largement commentée par la presse du monde entier.

Dans son édition de ce mardi, la DH/Les Sports + titre "les Diables priés de se taire !", au sujet notamment du brassard censuré mais aussi du deuxième maillot des Diables proscrit par la FIFA. "Même le mot amour ne peut être sur un maillot", est-il écrit dans les pages de notre édition avançant que l’interdiction du brassard "OneLove" et la demande de retrait du mot "Love" de notre deuxième maillot "sont un nouveau coup dur porté à l’inclusivité."

Le reste de la presse belge a également largement commenté cette polémique. "Le brassard de la discorde", titrent ainsi nos confrères du Soir alors que dans son édito, Christophe Berty parle de "La Coupe du monde de tous les cynismes", ajoutant qu'"avant les polémiques s’éteignaient dès que le ballon commençait à rouler. Ce n’est pas le cas au Qatar. Tant mieux".

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Le Nieuwsblad lance quant à lui un appel du pied à notre capitaine Eden Hazard : "Porte de ce brassard quand même et prends cette carte jaune", peut-on lire en Une du journal flamand. "Ce serait la première carte jaune de l’Histoire de laquelle nous pourrions être très fiers."

"One Love ? Amour limité, oui", écrit de son côté le Laatste Nieuws, "après le brassard de capitaine, même notre maillot coloré d’entraînement n’est plus autorisé." Le journal néerlandophone ne comprend pas la réaction de la fédération face à l’interdiction de la FIFA. Et il le fait savoir : "Soit vous restez à l’écart des déclarations. Et considérez que le football n’est pas la politique. Et vous avez déjà lu ici comment, à nos yeux, ce signal se heurte à l’homophobie qui résonne encore aujourd’hui avec force dans les tribunes et dans les vestiaires du football. Soit vous allez de l’avant dans votre signal pour les droits LGBT. Vous ne pouvez pas vous mettre à genoux pour Black Lives Matter avant chaque match, pour ensuite vous casser comme une brindille au Qatar au moindre vent contraire. En outre, les joueurs ne se plaignent pas d’un carton jaune qui leur est donné lorsqu’ils marquent un but et sortent leur maillot de football. Mais oh malheur, quand ce carton jaune arrive après avoir porté un brassard de capitaine multicolore. Ce n’était donc rien d’autre que de la poudre aux yeux"

"Cela montre un peu plus le vrai visage du Qatar"

La presse internationale n’est pas en reste dans cette polémique. "One honte", peut-on lire dans les colonnes de L’Équipe comme jeu de mots avec le fameux brassard "OneLove". Pour le journal français, les différentes sélections auraient pu faire plier la FIFA en maintenant leur position. Il n’en sera finalement rien et la fédération internationale semble sortir vainqueur de ce bras de fer : "Le renoncement de sept Fédérations européennes à promouvoir le brassard 'One Love', lundi, est peut-être un manque de courage. Mais leurs membres, au moins, ont eu l’audace de défendre leurs convictions et la liberté de s’aimer comme on veut, ce qui ne devrait poser de problème à personne, quelles que soient les latitudes. Cette témérité, qui s’est évanouie sous la menace d’un carton jaune, n’a pas fait trembler la FIFA, qui aurait peut-être vacillé davantage si les dirigeants, les entraîneurs ou les joueurs d’autres nations s’étaient joints au mouvement", ajoutent nos confrères français.

En Angleterre, le Mirror se félicitait de la large victoire des Three Lions sur l’Iran mais n’oubliait pas de mettre en lumière la polémique liée au brassard "OneLove" sur sa Une : "Le succès fantastique de l’Angleterre illumine la Coupe du monde… après l’interdiction honteuse du brassard "OneLove" par la FIFA qui montre un peu plus le vrai visage du régime qatari."

Sur le plateau de la chaîne ITV, le consultant et ancien joueur Roy Keane a montré son mécontentement face au rétropédalage de la fédération anglaise : "C’était une grosse erreur. Ils auraient dû rester sur leur première idée", a-t-il déclaré expliquant que les capitaines des sélections britanniques Harry Kane et Gareth auraient dû porter le brassard OneLove quitte à prendre un carton jaune.

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"Je pense que les joueurs auraient pu le faire pour le premier match, et prendre la sanction peu importe ce qu’elle est. Kane aurait risqué de prendre un carton jaune mais cela aurait été une grande déclaration. Peu importe la pression qui vient d’en-dehors et des associations, ayez la foi, si c’est ce que vous croyez, alors allez-y", a-t-il encore ajouté.

Sur le plateau de la ZDF, la télévision allemande, le consultant Christoph Kramer n’y a pas été avec le dos de la cuillère non plus : "Je pense que la FIFA est folle en ce moment. C’est tellement triste. Si cette Coupe du monde a montré une chose, c’est que la politique du bâton existe. La FIFA veut démontrer son pouvoir, c’est ce qu’elle fait", a-t-il déclaré en direct à la télévision alors que le Bild qualifie cette interdiction de "honte !", expliquant que "les nations footballistiques les plus puissantes du monde échouent à imposer un brassard inoffensif contre une FIFA corrompue ! Avec 'OneLove', au moins un signe très doux aurait dû être dressée contre l’homophobie insensée des Qataris."

Le tabloïd allemand a également commenté l’interdiction des maillots des Diables rouges en déclarant que "cela devient de plus en plus sauvage". "Ce ne sont que quatre lettres (LOVE) mais celles-ci sont de trop pour la FIFA", a encore ajouté le Bild.

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