"Je n’aurais plus été aussi bon qu’à l’Euro"

Thomas Vermaelen, le nouveau T2 de Roberto Martinez, explique pour la première fois pourquoi il a arrêté sa carrière avant le Mondial : "Mon corps m’a dit stop."

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"Je n’aurais plus été aussi bon qu’à l’Euro"
Vermaelen a atteint 85 caps avec les Diables. Il endossera désormais le rôle de T2. ©Ennio Cameriere

Presque deux mois après avoir décidé d’arrêter sa carrière de joueur pour devenir adjoint de Roberto Martinez, Thomas Vermaelen (36 ans) n’a pas encore perdu son humour de footballeur. Avant de rentrer pour la première fois dans le magnifique nouveau bâtiment ultramoderne de l’Union belge à Tubize, Vermaelen prend en photo les plaques en cuivre avec les empreintes de pieds de Vertonghen, Mertens et Alderweireld, qui se trouvent devant l’entrée. "Je vais les poster dans le groupe Whatsapp", sourit-il.

Voici sa première interview comme T2.

On n’a pas vu vos empreintes de pieds.

C’est pour les internationaux avec plus de 100 caps.

Vous en aviez 85… Vous n’auriez pas voulu atteindre les 100?

On peut toujours avoir des regrets. Mais je suis content de ce que j’ai atteint : 85 matchs, ce n’est pas rien.

Jan Vertonghen en fait une affaire d’honneur de jouer le plus possible de matchs.

Je sais (rires). Cela m’étonne qu’il n’ait pas insisté pour jouer ces deux matchs en mars (Martinez ne sélectionne que des joueurs avec moins que 50 caps). Jan est incroyable. Il joue encore tous les matchs à Benfica. En ce qui me concerne, mon corps m’a dit que c’était le moment d’arrêter.

Vous avez donc arrêté le foot pour des raisons médicales?

Oui. J’avais trop de bobos. J’ai joué beaucoup de matchs au Japon, la saison passée, mais c’était compliqué d’enchaîner les entraînements. Quand les pépins se succèdent, le plaisir disparaît. La décision d’arrêter me trottait dans la tête depuis un certain temps. Mais j’ai toujours reporté la décision finale. C’est difficile de dire stop après une si longue carrière.

Il s’agit de blessures chroniques?

Oui. Et des raideurs à cause de la surcharge. Si je n’avais pas eu cela, j’aurais joué au foot pendant quelques années. Il n’y a rien de plus beau que ça. Être coach demande beaucoup plus de travail (rires)!

Vous auriez pu prolonger votre contrat à Vissel Kobe?

Oui. On en a même parlé après le dernier match de championnat. Mais j’ai tranché : il valait mieux ne pas prolonger.

On suppose que d’autres clubs ont tenté leur chance? Et on pense surtout à Anderlecht, qui était déjà intéressé après votre période à Barcelone?

Je n’ai pas parlé directement avec Vinnie (Kompany). Mais «via via», il y a eu des contacts avec Anderlecht, qui était un des clubs. Or, cela n’a jamais été concret. Et mon choix était déjà fait. Je n’ai pas poussé les choses, je voulais être honnête envers les clubs et envers moi-même. J’aurais pu aller à Anderlecht, mais je n’aurais pas pu apporter ce que le Sporting attend de moi.

Terminer votre carrière en roue libre, ce n’est pas votre genre.

Non. Même lors de mon dernier mois à Vissel Kobe, j’avais l’impression de ne plus atteindre le niveau que je voulais. Et vous me connaissez : je suis ambitieux. Je veux gagner tous les matchs, même à l’entraînement.

Et dire qu’en juin 2021, vous étiez encore le meilleur Diable à l’Euro! Vous aviez mis Ronaldo dans votre poche!

J’y ai aussi pensé. Et juin, c’est assez récent. Toute la préparation avant cet Euro s’était déroulée à merveille : physiquement, j’étais parfaitement préparé. Or, à mon retour au Japon, mes anciens problèmes ont refait surface.

On craint qu’à la Coupe du monde, votre absence en tant que joueur ne se fasse fortement ressentir.

Il faut se poser la question de savoir si j’aurais encore pu être aussi bon qu’à l’Euro. Mon sentiment me dit que non. Je dois être honnête envers l’équipe.

Autre chose, Thomas : vous n’avez jamais joué en D1 belge!

Non. Je n’ai jamais vraiment eu l’opportunité. Sauf – en effet – quand Anderlecht a essayé de m’avoir, après Barcelone. Mais j’ai opté pour le Japon. Le championnat belge est très physique. je ne sais pas si j’aurais pu être utile en Pro League. Et je ne sais pas si j’aurais été heureux. Si le Germinal Ekeren – mon premier club – avait encore existé, j’aurais peut-être fait un effort… (rires)

Quel est le plus beau souvenir de votre carrière de joueur?

On m’a déjà souvent posé la question. Il y en a tellement. Mes premiers matchs avec Arsenal, quand je marquais dans chaque rencontre. Le 0-3 avec Barcelone au Real Madrid. Et en équipe nationale les deux Coupes du monde et les deux Euros. À la fin d’un tournoi, j’étais content de retrouver ma famille. Mais dès que j’étais chez moi, mes coéquipiers me manquaient. C’était bon signe.

Vous allez encore jouer au foot à l’entraînement?

Depuis la fin du championnat au Japon, je n’ai presque plus fait de sport. Je suis peut-être allé courir deux fois. Je vais peut-être participer au jeu du toro ou à un exercice de passing avec les Diables, mais pas à des matchs (rires).

Vous n’avez pourtant pas encore pris du poids.

Je ne grossis pas facilement. Et je continuerai à manger sainement. Ne fût-ce que pour me sentir bien dans ma peau.

Vos enfants de six et huit ans ne sont pas trop tristes de ne plus voir leur papa sur le terrain?

Ces derniers temps, ils voyaient que j’étudiais beaucoup pour mes cours d’entraîneur. Ma femme leur a expliqué que j’allais devenir coach. Ils ne comprennent pas trop. Ils trouvent que c’est un job pour des paresseux, vu qu’un coach est au bord du terrain. Ils m’ont même demandé si je ne voulais pas devenir arbitre (rires).

Vous ne quittez pas Londres.

En effet. On a acheté une maison là-bas, il y a quelques années. Ma femme est anglaise. On est heureux en Angleterre. Et je sais parfaitement travailler depuis Londres.

On vous y reconnaît encore?

Parfois. Surtout quand le livreur de DHL voit mon nom sur des paquets et se souvient de ma période à Arsenal. Du coup, il demande s’il peut prendre un selfie (rires).

Question classique, Thomas. Est-ce que Messi vous a envoyé un message quand vous avez annoncé votre fin de carrière?

Messi, non (rires). Mais j’en ai eu beaucoup, d’autres grands joueurs. Iniesta, par exemple. On a joué ensemble à Vissel Kobe et nos enfants allaient à la même école. J’ai tenté de répondre à tous les gens qui m’avaient envoyé un message.