Jordi Condom évoque son départ de Seraing : "Je n'aurais pas pu rester 4 ou 5 mois de plus"

Ancien coach des Métallos et des Pandas, Jordi Condom évoque son rôle de directeur sportif à Waasland-Beveren.

Interview : Romain Izzard
Jordi Condom évoque son départ de Seraing : "Je n'aurais pas pu rester 4 ou 5 mois de plus"
À 52 ans, Jordi Condom a pris la direction sportive de Waasland-Beveren. ©bernard demoulin

Il y a un mois, Jordi Condom prenait une décision radicale : il quittait Seraing sur une défaite à Malines, pour le dernier match de 2021. La coupe était déjà pleine depuis longtemps; elle a fini par déborder. Et pas seulement parce que l’équipe était en train de couler au classement et dans le jeu. Son successeur, Jean-Louis Garcia, avec une autre méthode et d’autres idées, a fini par retrouver la victoire mercredi face au Beerschot (2-1), de quoi redonner un peu d’espoir aux Métallos dans leur course au maintien.

Depuis lors, un nouveau défi s’est présenté pour l’entraîneur catalan, aujourd’hui directeur sportif de Waasland-Beveren, actuel 2e de D1B. Un pas en arrière, un changement de direction après six mois compliqués chez les Sérésiens.

Avant le duel entre ses deux anciens clubs, Jordi Condom nous a accordé une interview dans son nouveau jardin belge, le quatrième après Eupen, Roulers et Seraing. Il nous a parlé de ses nouvelles fonctions, des nouveaux moyens mis à sa disposition mais aussi de son passage à Seraing.

Jordi Condom, vous êtes arrivé à Waasland-Beveren en plein mercato hivernal. Plutôt intense comme entrée en fonction…

Il y avait beaucoup de choses à mettre en place rapidement. Le club a travaillé sans directeur sportif pendant deux mois. D’autres personnes se sont occupées de ce rôle entre-temps, mais, malgré tous leurs efforts, ce n’était pas vraiment leur boulot. Depuis mon arrivée le 1er janvier, on a déjà mis sept joueurs sous contrat. Mais mon rôle va au-delà de ce mercato hivernal, puisque tout est lié avec l’aspect sportif. Je dois aussi gérer la diététique, le staff médical, le bien-être des joueurs, les terrains. Je suis obsédé par le fait d’avoir des bons terrains, vous avez pu le constater à Seraing (il sourit).

Vous évoquez ce fameux terrain d’entraînement à côté du Pairay, toujours inutilisable aujourd’hui.

Il était magnifique, très joli, mais mal conçu. Sans drainage, il était évident qu’il allait être inondé toute l’année. À la place, on s’entraînait sur un terrain synthétique avec les problèmes de pubis, de dos et de genoux qui viennent avec cela. À force, c’était fatigant.

Justement, d’un manque d’infrastructures à Seraing, vous êtes passé dans un club qui a tout, ou presque.

J’ai été positivement surpris par les infrastructures à Waasland-Beveren, tant au niveau humain que pour les installations. C’est un club très professionnel, supérieur à mes attentes. J’ai quand même une petite expérience du championnat belge et je peux dire que certains clubs en D1A n’ont pas les mêmes possibilités en termes d’infrastructures. Il y a encore beaucoup de possibilités de développement. Mais si l’équipe gagne des matchs et monte en D1A, cela viendra plus facilement derrière.

Reprenons le fil de ces derniers mois. À partir de quel moment avez-vous pris la décision de quitter Seraing?

Avant le match contre le Standard (NDLR : le 12 septembre), je voulais partir parce que ma fille, qui est toujours en Catalogne, avait des difficultés à se remettre d’une infection au Covid. Je n’avais plus trop la tête au football mais finalement, après en avoir parlé avec ma famille, j’ai décidé de rester. Le mois suivant, j’ai proposé quelques améliorations, mais la direction me disait toujours qu’elle n’avait pas les moyens de les mettre en place. C’était démotivant. Avant le match contre Courtrai (NDLR : le 17 décembre), ma décision était prise à 90 %. Après la défaite, c’était sûr à 200 % que j’allais quitter Seraing.

Mais la direction vous a demandé de rester jusqu’à la trêve.

Je l’ai officialisé après la défaite à Malines, le 27 décembre, mais ma décision était déjà prise, peu importe le résultat. Je suis resté à la demande du président Mario Franchi et de Philippe Gaillot, le directeur sportif, avec qui les discussions ont été correctes. Ce n’était pas parce que Daniel Opare, qui était en test en décembre, n’avait pas signé directement. C’était un mélange de tout.

Quels étaient les problèmes des Sérésiens?

Seraing a fait des efforts, mais le club s’est retrouvé trop tôt en D1A. Dès le jour de ma signature, j’ai senti que ça allait être difficile. Mais c’était un challenge aussi : le club vient de monter, il y a beaucoup de choses à faire et je vais pouvoir apporter ma touche. Mais je n’ai pas vraiment pu le faire. J’ai proposé des joueurs qu’on a refusés pour des raisons X ou Y, ce qui a amené des petits conflits. Pour moi, c’était démotivant. J’ai été déçu du départ d’Al Badaoui pendant la préparation et je voulais également que Guillaume Gillet signe là-bas (NDLR : les deux joueurs viennent d’être transférés à Waasland-Beveren). Mais le budget était serré et je restais toujours dépendant du FC Metz.

Le partenariat était difficile à supporter?

Dès que je proposais des joueurs qui pouvaient éventuellement empêcher le développement d’un joueur de l’effectif, ça coinçait. Je ne critique pas : ils défendaient leurs idées et je dois bien avouer qu’ils nous ont envoyé des joueurs avec beaucoup de talent. Mais il y avait beaucoup de jeunesse et d’inexpérience. Mikautadze est arrivé tard, on a eu des joueurs en test comme Marius ou Mansoni, pas beaucoup de remplaçants dans l’effectif. Ce n’était pas une surprise pour moi. Comme entraîneur, tu penses toujours qu’avec du cœur, on peut tout affronter. Mais c’était difficile.

Pourtant, vous aviez l’étiquette de formateur qui convenait au poste.

Effectivement, j’ai fait cela au Barça et à Eupen. C’est une bonne chose de vouloir développer des jeunes joueurs en D1A, mais quand tu n’as pas tous les ingrédients, le défi est trop grand. Quand tu dois en plus gagner des points, cela devient encore plus difficile. C’était pour ces raisons que j’avais eu l’opportunité de venir à Seraing, parce que tous les coachs ne veulent pas faire ce travail. J’aurais bien voulu venir avec Manel Exposito, mais il avait choisi un autre projet (NDLR : manager de la performance à l’Udinese). Un nouveau club, un nouveau staff que je n’ai pas choisi – sur lequel je n’ai rien à dire et avec qui j’ai gardé de très bonnes relations -, les résultats qui ne suivent pas, les problèmes avec ma fille: ces six mois à Seraing ont été très intenses.

Regrettez-vous d’avoir signé à Seraing?

Je les remercierai toujours d’avoir pensé à moi et aujourd’hui, je pense que je peux toujours téléphoner à tout le monde au club sans problème. Même si ce n’était pas une bonne expérience au final, cela reste une expérience tout de même. Je ne suis pas déçu des gens du club ni de la direction, mais si je pouvais remonter le temps, j’aurais peut-être mis plus de conditions. Mais dans la vie, il faut regarder vers l’avant et prendre des décisions fortes. Je ne voulais plus accepter la situation telle qu’elle était.

Êtes-vous plus serein comme directeur sportif?

À un moment donné, je n’avais plus d’énergie pour Seraing. Je n’aurais pas pu résister quatre ou cinq mois de plus. C’est Ivan Bravo (NDLR : qui a quitté Eupen pour rejoindre le groupe d’investissement Bolt Football Holdings, propriétaire de Waasland-Beveren) qui a fini par me convaincre de changer de cap. Il voulait déjà que je vienne avec lui quand c’était encore le flou à Eupen, fin de saison dernière. Quand ma fille a eu ses soucis de santé, il est revenu à la charge en me disant que je pourrais être plus proche de ma famille. Finalement, à force, il m’a convaincu. C’était une bonne opportunité. Quitter un poste d’entraîneur en D1A pour descendre en D1B comme directeur sportif, c’est un risque. Mais il faut regarder vers l’avant.

Après Eupen, c’est la deuxième fois que vous prenez du recul sur votre carrière d’entraîneur. Le petit banc, c’est fini?

Non, je reste un entraîneur. Ivan Bravo m’avait déjà demandé de venir avec lui à Waasland-Beveren avant que je signe à Seraing. Eupen, c’est mon club, ma ville. J’y suis resté pendant sept ans avec ma famille et ça a été une très bonne étape dans ma vie. J’aurais bien voulu continuer là-bas, mais si j’attendais encore, je prenais le risque de me retrouver sans rien. Mon cœur m’avait dit à l’époque de privilégier le coaching; c’est pour cela que j’ai choisi Seraing. Mais à 52 ans, j’ai compris qu’il fallait parfois penser avec la tête plutôt qu’avec le cœur. En tant que coach, du leader à la lanterne rouge, tu as toujours la pression. Il se fait que j’ai toujours coaché des équipes qui essayaient de ne pas descendre, à Eupen, Roulers ou Seraing. Chez les Pandas, je trouve qu’on s’en sortait bien avec les jeunes joueurs et ceux sortis de l’académie Aspire au Qatar. Mais aujourd’hui, je suis très content d’être le directeur sportif de Waasland-Beveren, où il y a des moyens derrière. Pour le moment, c’est un bon travail pour moi et ça me donne de l’espoir et de la passion. Parce que quand tu arrives dans un club où tu sens que tu ne peux pas progresser et améliorer les choses, c’est compliqué.

Seraing peut-il se maintenir?

Je suis concentré sur Waasland-Beveren aujourd’hui. Ce que je peux dire, c’est qu’on a fait des très bons matchs avec Seraing, mais on n’a pas eu assez de victoires à cause de petits détails. Sans cela, les Métallos seraient au milieu de classement. Seraing doit encore trouver sa place dans le monde professionnel. Et je leur souhaite le meilleur.