"J’ai sacrifié tout ça pour le football"

Joueur majeur en Lituanie, Nauris Petkevicius a encore tout à prouver en Belgique. Il se dit patient mais déterminé.

Vincent Blouard
"J’ai sacrifié tout ça pour le  football"
Nauris Petkevicius lors d’une séance d’exercices physiques sur la plage de Belek. ©Belga

Un sourire d’ange, un peu de naïveté, une dose d’assurance, de l’audace et surtout une gigantesque détermination. Entretien avec Nauris Petkevicius (21 ans), le nouveau transfuge lituanien du Sporting.

Votre transfert à Charleroi peut sembler étonnant. Comment s’est-il goupillé?

J’étais en fin de contrat en Lituanie et j’avais 5-6 offres en décembre. Je voulais venir à Charleroi parce que lors des discussions avec les dirigeants et le coach, j’ai directement senti qu’ils étaient ambitieux et chaleureux. Ils ont insisté sur l’aspect collectif et c’était essentiel à mes yeux. J’ai d’ailleurs vite remarqué à quel point les gars sont sympas. Cela représente beaucoup pour moi.

Avez-vous pris des renseignements auprès d’Hervé Koffi ou Victor Osimhen, que vous avez un peu côtoyés à Lille?

Disons que je sais que Koffi est un excellent gardien, et donc que s’il a signé à Charleroi, c’est bon signe. Je sais aussi bien sûr qu’Osimhen a joué ici. J’ai fait quelques entraînements avec lui à Lille mais nous n’avions évidemment pas parlé de Charleroi ensemble à l’époque. En regardant des vidéos de ses buts, j’ai aussi découvert l’engouement des supporters. C’est excitant.

En une semaine avec vos nouveaux équipiers, avez-vous déjà pu constater la différence de niveau entre les championnats belge et lituanien?

Bien sûr. Elle est énorme. La Pro League est peut-être dans le Top 10 en Europe, alors que la compétition lituanienne est, disons, Top 50 (sic). Je ne veux pas décrier mon pays mais footballistiquement, il y a une énorme différence.

Le niveau de Charleroi correspond-il à ce que vous en pensiez?

Il est même plus élevé. Il y a de très bons joueurs. La façon dont ils contrôlent le ballon, dont ils prennent les bonnes décisions… C’est dingue de jouer avec des gars comme ça; et ça m’apporte déjà énormément d’expérience.

Charleroi est votre deuxième expérience hors de la Lituanie. La première, c’était Lille, pendant deux ans et demi, entre 2017 et 2020.

J’avais 17 ans et j’ai mal vécu le fait de vivre seul, de laisser ma famille derrière moi pour tenter de vivre mon rêve. Sur mon téléphone, je voyais des images de mes amis qui s’amusaient, qui faisaient la fête. Et moi, j’étais seul dans ma chambre au centre de formation. Je ne dirais pas que j’étais déprimé, parce que c’est moi qui ai décidé de sacrifier tout ça pour le football, mais c’était une période difficile. Après 2,5 ans et l’apparition du Covid, je suis rentré en Lituanie.

Le meilleur choix pour vous à ce moment-là?

À la base, je voulais rester à l’étranger, dans un bon championnat, pour continuer à apprendre. Mais la chose dont j’avais le plus besoin, c’était de retrouver la confiance perdue à Lille. Je ne jouais pas avec l’équipe B. Retourner en Lituanie pour enchaîner les matchs et les buts était probablement l’un des meilleurs choix de ma courte carrière.

Reculer pour mieux sauter…

C’est exactement ça. Il ne faut jamais avoir peur de faire un pas en arrière si cela peut t’aider à ensuite en faire deux vers l’avant.

Dans votre ancien club (FC Hegelmann), vous étiez un joueur majeur et vous marquiez beaucoup. À Charleroi pas. Ou pas encore. Ce changement de statut est-il facile à accepter?

Cela n’a pas de sens. Certes, j’étais un élément majeur là-bas; mais à Charleroi, j’ai envie de prouver qu’un jour peut-être je pourrai aussi devenir ce genre de joueur. Pour l’instant, je suis juste un simple gars qui fait son boulot. On a d’autres joueurs qui peuvent porter l’équipe sur leurs épaules.

Comment se passe votre adaptation tactique? Le système prône par Edward Still vous est inconnu.

C’est la première fois que je joue dans cette configuration, avec trois ou cinq défenseurs et sans vrais ailiers offensifs. C’est intéressant parce qu’on presse souvent haut. Or, chaque joueur veut le ballon et aucun n’aime courir longtemps derrière. Je dois forcément encore m’adapter à tout cela, à la philosophie du coach. Mais plus je jouerai, plus vite je comprendrai ce qu’il veut et les mouvements de mes équipiers.

Au club, d’aucuns évoquent votre fighting spirit. Où le puisez-vous?

C’est simple. Si tu veux atteindre ton but, tu dois travailler dur. En Lituanie, on a peu de grands joueurs. Si je veux devenir l’un de ceux-là, je dois toujours me donner à 100 %. À chaque match, à chaque entraînement, dans le but d’être dans le onze. Je dois encore progresser dans beaucoup de domaines.

Lors du match amical, dimanche, vous avez eu droit à 45 minutes derrière l’attaquant. Êtes-vous également capable de jouer sur un flanc dans ce système?

Si le coach me le demande, oui. Évoluer en n°10 n’est pas nouveau pour moi, j’y joue en équipe nationale U21. Avec des joueurs comme Ali (Gholizadeh)et Vakoun (Bayo), cela facilite les choses.

Était-ce le premier but de la tête de votre carrière?

(rires) Chez les pros, sans doute que oui. C’est agréable de marquer si vite, cela permet d’engranger de la confiance et cela me rend heureux. C’est un début rêvé pour moi qui suis un gamin de Lituanie.

Quelles sont vos attentes d’ici à la fin de la saison?

D’abord, que l’équipe atteigne son objectif, le Top 8, pour espérer participer à la Ligue Europa. Ce serait vraiment bien. Personnellement, je ferai de mon mieux pour recevoir un maximum de minutes. Mais on ne joue pas au tennis, l’équipe passera toujours avant l’individu.