"L’Union restera mon club numéro 1"

Nicolas Rajsel, ancien Unioniste et Ostendais, a connu une carrière mouvementée.

François GARITTE
"L’Union restera mon club numéro 1"
Avec l’Union, le Franco-Slovène a empilé les buts. ©BELGA

Certains parcours de footballeurs professionnels sont assez atypiques. D’autres sortent complètement de l’ordinaire et peuvent être qualifiés d’exceptionnels. Celui de Nicolas Rajsel, 28 ans, fait à coup sûr partie de la deuxième catégorie.

L’ex-joueur de l’Union Saint-Gilloise et d’Ostende ne compte plus les galères. Entre le chômage, l’enfer en Slovénie ou sa rupture des ligaments croisés et sa mise à l’écart à Ostende, le Franco-Slovène en a déjà beaucoup bavé.

Depuis l’Azerbaïdjan, où il a décidé de rebondir, l’ailier formé au PSG revient sur ses désillusions et ses réussites. Avec humilité mais aussi une certaine rancœur.

La formation au PSG

"Quand j’ai rejoint l’Académie du PSG à 12 ans, le club se battait contre la relégation avec des joueurs comme Pancrate, Hoarau et Gameiro. Puis les Qataris sont arrivés et le changement a été radical : le personnel a augmenté, les terrains sont devenus des billards et des stars comme Ibrahimovic, Beckham ou Lavezzi sont arrivées. Ils avaient une façon de voir le foot qui était complètement différente autant d’un point de vue tactique que technique. Deux ans avant la fin de mon contrat de stagiaire pro, je me suis gravement blessé au péroné et à la cheville. Même si je me suis bien débrouillé à mon retour, je savais que je devais bosser plus que les autres car je n’ai jamais été le grand talent de l’Académie. À l’époque, ils ne retenaient vraiment que les meilleurs et je n’en faisais pas partie."

L’enfer en Slovénie

"J’ai fait quelques essais dont un à Leicester, en Championship (D2 anglaise). Puis un jour, mon oncle slovène a fait jouer ses contacts et j’ai fait un test à l’Olympia Ljubljana mais qui n’a rien donné. J’ai tenté ma chance à Domzale, entraîné par Luka Elsner. Mais il a considéré que je n’étais pas le joueur dont il avait besoin. Heureusement, durant une rencontre, le directeur sportif de Celje était en tribunes et m’a fait signer dans la foulée. J’ai été surpris négativement par ce club. À Celje, ça balançait devant en espérant gagner les duels. Et j’y ai connu beaucoup de problèmes extra-sportifs. Je n’avais par exemple pas mon propre appartement car personne au club ne m’a aidé à en trouver un. J’ai logé en dessous de la tribune du stade, avec un coéquipier. Il n’y avait ni télé, ni console de jeu. Seulement de la lumière et deux lits… Je savais que j’étais là dans le seul but de me relancer mais je n’imaginais pas des conditions pareilles d’autant que le salaire était peu élevé. J’en ai eu marre et j’ai cassé mon contrat."

La renaissance à l’USG

"Un agent m’a proposé à l’Union qui jouait alors en D3. Le fait de me rapprocher de ma famille m’a boosté et le projet du club m’a rapidement plu. J’ai senti qu’il s’agissait d’un club familial avec une grande sympathie entre joueurs, direction, bénévoles et supporters. Le coach, Drazen Brncic, voulait faire de moi la pierre angulaire de l’équipe. J’ai finalement inscrit plus de dix buts lors de chacune de mes trois saisons là-bas. Mon plus beau souvenir est la montée de D3 en D2 (NDLR: 2014-15). J’ai toujours connu un bon groupe qui vivait bien et des supporters inoubliables : malgré la pluie ou la neige, ils n’arrêtaient pas de chanter. L’Union restera le club numéro 1 dans mon cœur, bien au-dessus du PSG. C’est le club qui m’a fait grandir et qui m’a fait vibrer. J’ai beaucoup donné à l’équipe mais elle m’a aussi beaucoup donné. Je regarde encore tous les matchs de l’Union à la télévision. Si on m’avait dit la saison dernière que les Bruxellois allaient être en tête après 14 journées, je n’y aurais pas cru. Ils récoltent les fruits de leur travail avec un très bon coaching de Felice Mazzù et un collectif bien huilé. Le jeu va très vite vers l’avant avec un groupe très compact. Je me sentirais bien dans la version 2021-2022 de l’Union, c’est le football que j’apprécie."

La blessure à Ostende

"Rejoindre la D1A via Ostende n’était pas un rêve mais plutôt un objectif qui se réalisait. Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme prévu… À mon arrivée, je réalise une bonne préparation, je joue sans pression et cela se voit sur le terrain. Puis arrive ce match amical contre Roulers lors duquel je me pète les ligaments croisés. Cela tombait à dix jours du duel européen face à Marseille, que je rêvais d’affronter en tant que Parisien."

La frustration à Roulers

"À mon retour de blessure, je fais ce qu’il faut pour commencer la nouvelle saison mais on me force alors à partir en prêt à Roulers. Soit j’y allais pour avoir du temps de jeu, soit je passais dans le noyau B d’Ostende. La frustration d’être à Roulers était d’autant plus grande qu’Ostende faisait des résultats médiocres. J’ai joué une saison sans réelle motivation. Cela m’a permis de retrouver les terrains mais cela a été très chaotique sur le plan émotionnel et extra-sportif."

Le retour gâché à Ostende

"À la fin de mon prêt, je reviens à Ostende, la direction veut me dégager mais je force pour rester. Une semaine avant notre premier match à Anderlecht, notre attaquant de pointe, Sidrit Guri, se blesse à la cheville. Je voulais ma chance? Ils allaient me la donner… en m’envoyant au bûcher à la pointe de l’attaque de l’équipe. Malheureusement pour eux, nous avons gagné sur le terrain des Mauves, ce qui n’était plus arrivé depuis 15 ans. Mais cela ne m’a pas permis de jouer. J’en veux beaucoup à la direction de l’époque qui m’a fait la misère. Je n’aime pas parler de regrets mais avoir quitté un club au sein duquel j’étais le roi pour un autre qui m’a si peu donné pendant deux ans et demi me reste en travers de la gorge… Après plusieurs mois sans jouer, j’ai décidé de rompre mon contrat lors du mercato hivernal de 2020."

Le départ en Azerbaïdjan

"Je me suis rendu compte que les gens t’oubliaient rapidement en football. J’étais l’un des meilleurs à l’entraînement mais le directeur sportif ostendais de l’époque (NDLR: Hugo Broos) a voulu ma peau. Il ne m’aimait pas et m’a chié dessus à mon retour de blessure. Aucun club n’a voulu prendre le risque de me signer vu que je ne jouais pas à Ostende alors que mon genou allait très bien. C’est finalement grâce à un ex-coéquipier unioniste, Abdelrafik Gérard, que j’ai rejoint l’Azerbaïdjan. Il a montré mes vidéos au président du FK Kabala. Deux jours plus tard, je signais. Après quatre matchs, le championnat a été stoppé à cause du Covid puis j’ai sorti une grosse saison en retrouvant mes qualités d’explosivité et en finissant deuxième meilleur passeur du championnat. Et j’ai rejoint le club de FK Sabail en début de saison. En Azerbaïdjan, il y a de la qualité mais il y a des gros manquements tactiques. J’ai toujours l’envie de rejoindre un jour la sélection slovène. Pour cela, il faudrait que je joue dans un championnat plus huppé. À 28 ans, je ne me considère pas comme trop vieux. Par contre, j’ai parfois l’impression d’être un oublié du football…"

Calendrier D1A