Yves Vanderhaeghe: «Anderlecht a retrouvé un vrai collectif»

Yves Vanderhaeghe, fidèle adjoint de Hein Vanhaezebrouck à Courtrai, est heureux de retrouver le Parc dimanche. Il est séduit par les Mauves actuels.

Interview : Xavier THIRION
Yves Vanderhaeghe: «Anderlecht a retrouvé un vrai collectif»
Vanderhaeghe ©Reporters

Yves Vanderhaeghe (42 ans), comment s’est déroulée cette semaine de préparation du match de l’année, programmé dimanche à Anderlecht ?

Mercredi, comme de coutume, nous avons eu nos trois séances d’entraînement sur la journée. Pas question de se ménager sous prétexte qu’on se rend au parc Astrid. Il n’y aura que trois points en jeu et, sur papier, nous devrions les perdre.

Mais vous y croyez malgré tout…

À trois jours de leur match capital contre l’AC Milan, les Mauves auront inconsciemment la tête déjà en Ligue des champions. Certains pions essentiels pourraient être laissés au repos. Anderlecht est dans une très bonne passe mais, en football, ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne. Je l’ai souvent prouvé dans ma carrière.

Ces dernières années, vous avez fustigé l’arbitrage lors de vos confrontations avec les Mauves…

Courtrai n’a pas été gâté contre Anderlecht lors de nos derniers rendez-vous: l’an passé, Suarez a obtenu un penalty alors qu’il était tombé avec le vent et, en match d’ouverture cette saison, notre gardien Van Hout a été exclu alors qu’il n’avait même pas touché Mbokani. Je me souviens aussi d’une rencontre au stade des Éperons d’or où l’arbitre annule notre but égalisateur pour un hors-jeu imaginaire et le Sporting fait 1-3 sur la contre-attaque. Je n’utiliserai jamais l’arbitrage comme excuse, ce n’est pas mon style, mais ça fait quand même beaucoup. Qu’on le veuille ou non, et sans rien enlever aux mérites d’Anderlecht qui est bel et bien le meilleur club du pays, il est difficile pour le corps arbitral de siffler contre le champion de Belgique. Je suis heureux qu’un homme en noir néerlandais (NDLR: Pol Vanboekel) soit aux commandes dimanche. Il ne sera pas influencé par le nom et la réputation du Sporting.

Anderlecht est sur son nuage actuellement. Ne redoutez-vous pas une correction dimanche ?

Pour espérer quelque chose, on devra non seulement être dans un grand jour mais aussi bénéficier d’un peu de chance. Anderlecht, bien que bourré d’individualités, forme surtout un vrai bloc aujourd’hui. Il se dégage de cette équipe un enthousiasme que je n’avais plus vu depuis longtemps chez les Mauves. Six buteurs différents ont signé le 6-1 contre Bruges, cela veut tout dire. Contrairement à ces dernières années, les joueurs s’amusent. Chapeau à John van den Brom ! Cette équipe me fait penser à celle de notre merveilleux parcours en Ligue des champions en l’an 2000.

Est-elle aussi forte ?

Comparaison n’est pas raison, mais je suis convaincu qu’outre le talent qu’on avait dans le groupe à l’époque (Baseggio, Stoica, Koller, Radzinski…), notre équipe était nettement plus expérimentée avec notamment Crasson, De Boeck, Staelens, Dheedene et moi-même. Cela dit, le Sporting peut certainement rêver des 1/8es de finale. Présent au stade Constant Vanden Stock, je serai le premier supporter anderlechtois mercredi contre l’AC Milan. Anderlecht n’a plus été aussi fort depuis longtemps.

Et tout cela sans Suarez…

Anderlecht n’a plus besoin de l’Argentin. La saison passée, Suarez a souvent sauvé les apparences grâce à une action individuelle. Aujourd’hui, contrairement aux dernières années, les Mauves n’oublient plus de jouer au football. Ils forment un vrai collectif. Impressionnant.

Celui de Courtrai l’est également. Quel est votre secret ?

Un très bon coach (Hein Van Haezebrouck), un staff technique et un groupe qui se remettent sans cesse en question ainsi qu’une assise défensive pratiquement identique d’année en année (NDLR: Courtrai a la meilleure défense du championnat avec 13 buts encaissés). Et, même quand les joueurs changent, le système est tellement bien rôdé que chacun y trouve facilement ses marques.

Rêvez-vous d’Europe ?

On est ambitieux mais on reste les pieds sur terre. Chez nous, il n’y a aucune vedette, personne n’est au-dessus du lot. Cela fait notre force.

Vous serez quand même un peu moins fort dimanche sans Chavarria, dont le contrat de location interdit de jouer contre son employeur anderlechtois…

Dommage car, en contre-attaque, Chavarria est probablement le plus rapide de D1 et aurait pu faire mal.

Si votre travail est unanimement apprécié à Courtrai, on vous imagine mal rester T2 éternellement…

Mon ambition est grande et j’aimerais un jour tenter ma chance comme T1. Mais je suis réaliste. Un T1 risque toujours de se retrouver sans boulot. Or, actuellement, avec une fille de 11 ans et un emprunt hypothécaire loin d’être remboursé, j’ai besoin de sécurité. Courtrai, où j’ai encore un contrat de deux saisons et demie, me l’offre.

N’aviez-vous pas failli tourner le dos au KV pour devenir le T2 de Marc Wilmots ?

J’ai effectivement eu un entretien avec Marc Wilmots et cela s’est joué entre Vital Borkelmans et moi.

Votre nom a aussi circulé à Anderlecht l’été dernier…

Herman Van Holsbeeck était intéressé par mes services pour aider les jeunes à passer des Espoirs au noyau A. Geert Emmerechts a finalement été promu. La prochaine fois sera peut-être la bonne. À Courtrai, une clause dans mon contrat me permet de quitter le club en cas de belle opportunité. J’espère revenir un jour à Anderlecht (NDLR: il y a été quatre fois champion de Belgique entre 2000 et2008). Quand je vois ce que vit Besnik Hasi, cela me fait rêver.

Votre avis sur la génération actuelle des Diable rouges ?

Ces Diables doivent aller au Brésil ! (NDLR: il compte 49 sélections en équipe nationale). La défaite imméritée contre la Roumanie n’y change rien: comme Anderlecht, ils ont le talent et l’enthousiasme.

Heureusement que Georges Leekens les a abandonnés…

Georges Leekens m’avait offert ma première sélection chez les Diables rouges. Ne comptez pas sur moi pour le critiquer. À Bruges, le comportement de certains joueurs fut scandaleux. Même quand je n’aimais pas un coach, il ne me serait jamais venu à l’idée de le saboter car j’aimais trop gagner. Le meilleur coach du monde ne peut rien quand un groupe veut sa peau.¦