Franck Berrier : et maintenant, il marque !

10 buts et 3 assists : c’est un peu le monde à l’envers pour Berrier, au sommet du foot belge au moment de recevoir le Standard qui n’a plus voulu de lui.

Christian CARETTE

«Je les connais bien là-bas à Sclessin, ils vivent une semaine chaude et particulière pour les joueurs, ils ne se déplacent jamais à ZulteWaregem de gaieté de cœur, ils ont perdu à l'aller, ils y ont rarement réussi, c'est spécial, ils se mettent une pression supplémentaire.» Sauf qu'à présent la pression pèse aussi sur cette équipe flandrienne, dauphine d'Anderlecht, que couve Franck Berrier, en leader discret et buteur inattendu. Pas d'accord?«La pression, on l'aurait si on était quinzième, pas deuxième, sourit-il. Ici, au départ, on jouait pour se maintenir. Ce titre de champion d'automne dont tout le monde parle, n'était pas spécialement un sujet de conversation chez nous, bien qu'on aurait dû battre Malines cent fois.

Même si de plus grands clubs n'ont pas été à la hauteur et si tout le monde bat un peu tout le monde, un total de 29 points à mi-championnat pour une équipe comme la nôtre, c'est remarquable. La présence si haut classés de Zulte, Courtrai ou Louvain démontre en réalité que dans de plus petites équipes on travaille de façon professionnelle, posée, et dans une certaine continuité.

On s'est mis nous-mêmes là où on est, maintenant on doit viser les play off 1, tout en restant réaliste: comment nos jeunes et nos bons manieurs de ballon vont-ils résister aux coups durs éventuels, ou à l'hiver? Quand tout va bien, c'est plus facile. Sur notre lancée, on ferait bien de prendre un maximum de points avant la trêve, ça passera plus facilement en cas de moins bien ensuite, d'autant que certains risquent de se réveiller, je vois quand même mal Bruges, Standard et Gand manquer tous le Top 6. A la limite, le mieux pour nous serait même… qu'il n'y ait pas de trêve (sourire).»

Depuis que Mircea Rednic est arrivé aux commandes du Standard, ce dernier joue plus en bloc derrière le ballon, un peu à la manière de… ZulteWaregem. «Aucune idée, étonne Berrier. Je n'ai vu aucun match en entier, juste des résumés de 2'30 qui ne veulent rien dire. On a joué deux fois par semaine, et chez moi j'ai installé l'antenne parabolique Canal Plus France, je n'ai ni Voo, ni Telenet.»

Avec sa femme et son enfant, il habite Waregem. Sans parler un mot de flamand. «Comme à Courtrai, tout le monde parle français, et la moitié de l'effectif est francophone. Le reste de ma famille me manque, je ne les vois que tous les trois ou quatre mois, j'ai l'habitude, j'ai quitté mes parents à 13 ans pour le centre de formation de Caen. Quand j'arrêterai, dans cinq ou six ans, je ne replongerai pas dans le foot, comme entraîneur ou autre chose. En tout cas pas tout de suite. C'est ma femme qui décidera. En attendant, elle leur envoie des articles… que moi je ne lis pas, ils ont aussi mon maillot de buteur en Europa League, ou ma mini-Coupe de Belgique avec le Standard, même si je ne suis pas monté au jeu en finale. Je garde les bonnes choses et n'oublie pas que j'ai aussi connu une super-ambiance à Sclessin.»

« Mon record ? 12 buts, et je suis à 10 à mi-parcours »

Beau passage à Beauvais (CFA/National) où il a gardé de vrais potes, et épanouissement dans un club du subtop belge où il se sent comme à la maison, n'est-ce pas un peu court à 28 ans pour un talent pareil? «Beaucoup de joueurs sortent des centres de formation français, tous ne trouvent pas embauche en Ligue 1 dont le football n'est pas pour moi, sauf s'il s'agit de me rapprocher de ma famille, c'est trop fermé, il n'y a pas assez d'espace, et mon point fort n'est pas défensif même si je sais me replacer, je préfère la Belgique, la Hollande (où son pote Teddy Chevalier joue désormais, au RKC Waalwijk), l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, et je ne suis pas au bout de ma carrière.»

Franck étant toujours sous contrat à Zulte pour deux ans et demi, on imagine que son bon de sortie éventuel ne serait pas aussi bon marché en fin de saison que le montant de son (r)achat au Standard. Il dit que cela ne le préoccupe pas du tout pour l'instant, et on le croit volontiers. Désigné joueur du mois par la chaîne qui diffuse tous les matches en direct (devant Ibou, et Praet qu'il qualifie de prodige), il prend du plaisir et est en passe de battre son propre record de buts dans un championnat. «Il est à 12, et je suis déjà à 10 alors qu'il reste plein de matches.»

D'où vient la transformation? «On garde mieux la balle, Franck joue plus haut, il est plus souvent dans le rectangle, je ne suis pas surpris», résume l'entraîneur Francky Dury. «Je pense peut-être un peu plus à moi», ajoute le Français. En revanche, trois assists, ça paraît peu pour lui. «L'assist ne dépend pas que de celui qui la donne, mais aussi de celui qui doit la mettre dedans», sourit-il.

L'osmose avec le coach, qui n'a pas non plus vraiment réussi à Gand et qu'il a retrouvé «dans son jardin», semble totale. «Je suis son intermédiaire sur le terrain, il m'a libéré, j'ai retrouvé la sérénité avec lui, on est proches, on se parle comme des amis. Il a changé depuis notre première période, c'est moins l'armée, il a plus d'expérience et une équipe différente, plus jeune, avec plus de talent, Delaplace, Malanda, Hazard, Habibou… et ils travaillent tous. Ce n'est peut-être pas du niveau d'Axel (Witsel), de loin le joueur le plus complet que j'ai connu. Mais, par exemple, notre Péruvien de 18 ans, Hernan Hinostroza, a tout pour réussir au top niveau, vous ne le connaissez peut-être pas mais vous en entendrez parler.»