Brassard arc-en-ciel: les Fédérations étaient prêtes à payer les amendes, pas à subir des sanctions sportives

La Fifa a menacé les capitaines de la Coupe du monde d’écoper d’un carton jaune même avant le début du match.

Romain Van der Pluym
 Eden Hazard ne portera pas le brassard one love durant la Coupe du Monde.
Eden Hazard ne portera pas le brassard one love durant la Coupe du Monde. ©BELGA

Les sept résistants ont cédé. Aucun capitaine ne portera le brassard "One love" aux couleurs de la communauté LGBTQI + mais dont le symbole était élargi à tous ceux dont les droits sont bafoués. Un nouveau coup dur indirectement porté par le Qatar (la décision vient de la Fifa) aux défenseurs des droits humains. À la place, les capitaines pourront directement porter le brassard "No Discrimination" prévu initiallement pour les phases à élimination directe.

La Belgique fait partie des sept derniers pays qui faisaient le forcing pour arborer ce brassard, avec l’Angleterre, le pays de Galles, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suisse. La décision est tombée quelques heures avant la rencontre de l’Angleterre face à l’Iran.

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En cause ? L’affirmation de Harry Kane qu’il jouerait coûte que coûte avec le brassard "One love" dès le premier match de poule. "On a été clair, on veut porter le brassard, a-t-il déclaré en conférence de presse d’avant match dimanche. Je sais que la FA (NdlR : la fédération anglaise de football) parle à la Fifa actuellement et je suis sûr qu’une décision sera prise d’ici au match de demain."

Le Londonien a été pris de court par la Fifa qui les a menacés de lui donner un carton jaune avant même le début du match. “La Fifa a été très claire, elle imposera des sanctions sportives si nos capitaines portent les brassards sur le terrain, ont expliqué les nations concernées. En tant que fédérations nationales, nous ne pouvons pas demander à nos joueurs de risquer des sanctions sportives, y compris des cartons jaunes.”

Les fédérations étaient prêtes à accepter des amendes mais pas à prendre des risques sur le plan sportif

La pression sur le sportif a donc fait la différence. Vu les enjeux, le risque était trop grand pour plusieurs équipes faisant office de favoris ou d’outsider au trophée.

"Imaginez-vous fouler la pelouse avant même le coup d’envoi avec un carton jaune, ce n’est pas possible", a déclaré le sélectionneur danois Kasper Hjulmand. Son pays est pourtant l’un des plus engagés et porteurs de symboles contestataires. "Mais je ne comprends pas le problème au sujet de ces brassards. Nous avons déjà joué avec et le message n’est pas controversé."

FILE - England's Harry Kane wears a rainbow armband as he takes the knee prior to the Euro 2020 soccer championship round of 16 match between England and Germany at Wembley Stadium in England. The captains of seven European nations will not wear anti-discrimination armbands in World Cup games after threats from FIFA to show yellow cards to the players. The seven soccer federations say "we can’t put our players in a position where they could face sporting sanctions.”  (Justin Tallis, Pool Photo via AP)
FILE - England's Harry Kane wears a rainbow armband as he takes the knee prior to the Euro 2020 soccer championship round of 16 match between England and Germany at Wembley Stadium in England. The captains of seven European nations will not wear anti-discrimination armbands in World Cup games after threats from FIFA to show yellow cards to the players. The seven soccer federations say "we can’t put our players in a position where they could face sporting sanctions.” (Justin Tallis, Pool Photo via AP)

Prêtes à accepter les amendes

En maintenant leurs convictions le plus longtemps possible, les sept pays ont tenté de marquer coûte que coûte les esprits. Ils devront toutefois se résoudre à porter les brassards fournis par la Fifa.

Une fédération mondiale qui avait déjà senti le souffle des critiques et a sorti des brassards aux slogans écologiques et égalitaires. Mais à la communication maîtrisée et aux couleurs moins affichées.

Les sanctions sportives ont été l’élément déclencheur. Car les fédérations savaient qu’en posant ce geste, elles s’exposaient à des amendes. “Nous étions prêts à les payer car elles sont applicables en cas de non-respect des règles sur les équipements et étions très engagés autour de ce brassard", dit le communiqué. "Mais nous ne pouvons pas mettre nos joueurs dans la situation où ils pourraient être avertis, voire devoir quitter le terrain.”

La France avait déjà dit non

Un début de polémique avait éclaté avec les déclarations du capitaine Français Hugo Lloris. La semaine dernière, il a annoncé en conférence de presse qu’il ne porterait pas ce symbole à son bras. Un choix qu’il a justifié comme ceci :

"La FIFA organise la compétition, elle définit un cadre et des règles Nous, on nous demande de jouer au football et de représenter notre pays sportivement. Je préfère rester dans mon cadre. Mais différentes causes sont louables et à la soutenir. j’ai mon opinion personnelle. Lorsqu’on est en France, lorsqu’on accueille des étrangers, on a souvent l’envie qu’ils se prêtent à nos règles, qu’ils respectent notre culture, et j’en ferai de même quand j’irai au Qatar, tout simplement. Après, je peux être d’accord ou non avec leurs idées, mais je dois montrer du respect par rapport à ça."

Encore une polémique

Chaque jour a son lot de polémiques au Qatar. Et surtout ses adaptations au gré du pays hôte. La raison du refus de la Fifa de laisser les capitaines porter le brassard de leur choix est liée à la loi qatarie. Elle interdit les relations entre personnes du même sexe et la promotion de ces relations.

Samedi, c’est l’alcool qui était visé. Le Qatar a changé d’avis et décidé d’en interdire la vente dans et autour des stades. Au point qu’on se demande quelle sera la prochaine annonce imprévue.

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L’Angleterre manifestera toutefois à sa façon. Avant le coup d’envoi du match, les joueurs mettront un genou à terre. Une tradition depuis des mois. Elle vise à dénoncer toutes formes de discriminations.

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