Pourquoi la Premier League anglaise trône sur le toit du foot européen

C’est historique: pour la première fois depuis l’introduction de coupes européennes, les clubs d’une même nation trustent toutes les places de finalistes. Le foot anglais sur le toit de l’Europe? Tentative de réponse.

Romain VEYS
Pourquoi la Premier League anglaise trône sur le toit du foot européen
Quatre clubs d’une même nation en finales européennes, c’est une première. ©D’après PHOTONEWS

Pour la première fois de l’histoire, et surtout depuis que la réforme de la Ligue des champions autorise plusieurs clubs d’une même nation à prendre part à la compétition, les 4 clubs finalistes des coupes européennes proviennent tous de la même division: la Premier League anglaise.

Liverpool et Tottenham en finale de Ligue des champions, Arsenal et Chelsea qualifiés pour celle de l’Europa League: le foot anglais apparaît plus que jamais sur le toit de l’Europe.

Le hasard, malgré tout

Une question de budgets? De talent? De niveau de compétition? Sans doute un peu des trois…

Une question de hasard aussi! Car si Liverpool et Tottenham ont arraché leur ticket de finaliste, cela le fut au prix d’un formidable come-back comme l’on en voit peu dans le petit monde du foot.

Et si Arsenal n’a jamais semblé être mis en difficulté par les Espagnols de Valence, Chelsea a dû, lui, avoir recours à la toujours délicate séance de tirs au but pour se défaire au final de l’Eintracht Francfort.

Plus exigent, plus dynamique

S’il est vrai que les clubs anglais bénéficient de budgets plus importants qu’ailleurs, grâce notamment au montant faramineux de leurs droits TV, il est tout de même interpellant de constater qu’il s’agit là de quatre représentants de ce que les observateurs s’accordent à définir comme le championnat le plus exigeant parmi tous ceux d’Europe.

En Espagne, le Barça, le Real et depuis quelques années l’Atletico survolent un championnat où, à l’exception de quelques outsiders (Séville, Valence, voire Villarreal ou Bilbao), les autres adversaires offrent souvent une opposition de très nettement plus faible niveau. Cela a par exemple souvent encouragé les coaches de ces trois grands d’Espagne à faire tourner leur noyau en championnat sans que cela ne se fasse vraiment ressentir dans les résultats.

Le constat vaut aussi pour la Bundesliga et certainement pour la Ligue 1 où, à l’exception du Bayern et de Dortmund pour la première et du PSG pour la seconde, peu nombreux sont les clubs qui, chaque saison, viennent toucher du bout des doigts les lauriers du titre. La Serie A est sans doute, parmi les autres grands championnats, celle qui propose le niveau le plus homogène (si l’on excepte l’actuelle domination de la Juventus), mais aussi un niveau global qui, au vu des résultats et du palmarès européen de ses représentants ces dernières saisons, n’égale pas les championnats espagnols ou anglais, voire allemands.

La Premier League n’offre aucun répit à ses participants. Et une qualification européenne, notamment pour la Ligue des champions, n’est jamais assurée avant le dernier tiers de la saison, et encore. Pas question, dans ce cadre-là, de faire souffler les cadres (on a vu par exemple Sarri faire l’inverse avec Eden Hazard et faire souffler celui-ci sur la scène européenne). Au contraire. Mais cette obligation de prester toujours à très haut niveau (que n’ont pas nécessairement leurs grands adversaires européens) n’aurait-elle pas, au final, l’avantage de créer au sein des clubs anglais une formidable dynamique qui, comme on a pu le voir lors des récentes demi-finales, peut se traduire par une mentalité plus acérée…

Le «foot anglais», vraiment?

Bien sûr, certains auront tendance à nuancer: sur les 4 clubs finalistes, un seul d’entre eux, Tottenham, est détenu par un propriétaire anglais, Joe Lewis. Chelsea est en effet aux mains de l’oligarque russe Roman Abramovitch, le propriétaire de Liverpool n’est autre que l’Américain John W. Henry II (propriétaire également des Boston Red Sox en MLB), tandis qu’Arsenal bat également pavillon américain suite à la reprise quasi totale (97%) du club par l’homme d’affaires Stan Kroenke (lui aussi propriétaire d’une équipe de MLB: les Rams de Los Angeles).

Si l’on pousse l’analyse plus loin, au niveau du coaching, Klopp, à Liverpool, est Allemand, Pochettino, à Tottenham, est Argentin, Emery, à Arsenal, est espagnol et Sarri, à Chelsea, Italien.

 Quatre clubs anglais, mais pas un seul coach britannique.
Quatre clubs anglais, mais pas un seul coach britannique. ©D’après PHOTO NEWS

Sur les 57 joueurs utilisés (titulaires et remplaçants) par les 4 équipes concernées lors des demi-finales retour, 10 seulement sont de nationalité anglaise: Alexander-Arnold, Henderson, Milner et Sturridge à Liverpool; Rose, Trippier et Alli à Tottenham; Loftus-Cheek et Barkley pour Chelsea; Maitland-Niles pour Arsenal.

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