La RAAL prête à faire de nouveau hurler les Loups

La RAAL de La Louvière fait son grand retour dans le monde du foot belge, huit ans après sa disparition. Le désormais matricule 94 entend être un modèle d'éthique et de gestion transparente.

Ugo Petropoulos

Depuis 2009, les footeux ont le blues à La Louvière. Cette année, la mythique RAAL faisait faillite et laissait ses fervents supporters orphelins. Depuis, plus rien n’a pu ramener de la joie de vivre dans l’enceinte du Tivoli, les Loups sont retournés dans leur tanière, avec la nostalgie d’un glorieux passé révolu.

Mais depuis janvier, ils sont à nouveau à l’affûtdepuis qu’un enfant du pays, Salvatore Curaba, a lancé le projet fou de faire revivre ce club mythique, pour combler un énorme vide dans sa ville natale et ressusciter le club qui l'a formé.

De la déclaration d’intention en janvier à la concrétisation, le pas a été vite franchi: 7 mois de travail acharné plus tard, la RAAL est de nouveau sur les rails. Avecun noyau de 22 joueurs, un staff d’une douzaine d’entraîneurs et de préparateurs physiques, une quinzaine d’administratifs bénévoles et 100 joueurs dans les équipes de jeunes.

L’ex-footballeur de D1, fondateur-dirigeant de l’entreprise informatique EASI à Nivelles, s’était donné 18 mois pour aboutir. En rachetant le matricule 94 du Racing CharleroiCouillet-Fleurus, il permet à la RAAL d’évoluer en D3 amateurs dès la saison prochaine. Et de connaître sa première sortie officielle ce dimanche 30 juillet dans le cadre du premier tour de la Coupe de Belgique.

Si le timing était court, le club paraît déjà solide avec une ligne claire et l'ambition deproposer quelque chose de neuf dans le football:soit un club géré de manière transparente, éthique et ouvert aux supporters. «Je me demandais s'il était possible de recopier le modèle EASI dans une autre structure», s'interrogeait Salvatore Curaba.

L’Humain d’abord!

La RAAL prête à faire de nouveau hurler les Loups

Et quel est-il ce modèle? Il est de donner la priorité aux valeurs humaines. «Recruter des gens qui croient au respect, à l'égalité, qui sont authentiques, qui positivent, mais qui ont aussi le sens des responsabilités et de la loyauté. Ce modèle, c'est aussi se doterd'une organisation terrible. Pour moi c'est quelque chose de primordial. Mais c'est également avoir la capacité de faire des efforts quand c'est nécessaire.»

Pour trouver le staff et les joueurs qui correspondent à ces exigences, de véritables entretiens d'embauche ont été effectués. «J'ai opéré de la même manière que si je recrutais chez EASI. Ce qui a surpris les entraîneurs: généralement ça dure 5 minutes, et on leur demande: 'combien tu veux?' Ici, on n'a même pas parlé salaire. On a seulement réglé ça il y a un mois.» Côté joueurs, ils sont 80 à avoir été interviewéspour constituer le noyau le plus cohérent possible.

Autre notion incontournable de la doctrine EASI/Curaba: la notion de partage. On la retrouve à tous les échelons de la RAAL. Au niveau sportif tout d'abord: «Souvent dans les clubs, il y a deux entités séparées: l'équipe première et l'école des jeunes. Nous, c'est la même structure. L'entraîneur de l'équipe première est également le manager des jeunes. Sa vision du foot est partagée à tous les entraîneurs des équipes de jeunes.»

Premier club participatif de Belgique

Partage au niveau de la structure ensuite: «la RAAL ne m'appartient pas et je ne souhaite pas qu'elle m'appartienne. De quel droit serai-je le seul propriétaire du club et son dictateur? Je crois que c'est un modèle dépassé.»Si Salvatore Curaba, le directeur opérationnel du club Toni Turi et EASI sont les trois actionnaires fondateurs, tout le monde peut devenir supporter-actionnaire de la RAAL à partir de 1000 euros. L'ambition: rassembler les Louviérois et les citoyens de la région du Centre autour du projet.

La RAAL prête à faire de nouveau hurler les Loups

241 personnes peuvent devenir actionnaires. Actuellement, elles seraient plus d'une centaine d'après le président du club. Une initiative unique en Belgique. «Ce n'est pas le même système que les socios où ils ne sont consultés que pour élire le président.» Ici, les supporters-actionnaires participent à la réunion annuelle des actionnaires, qui fait le point sur les comptes et la gestion du club. Ils auront également un droit de vote dans les futures décisions de la RAAL de cette assemblée.

Autre ambition, et pas des moindres: «Être le club amateur le plus propre de Belgique.Il n'y aura pas un seul euro au noir de dépensé.Tous les joueurs et le staff sportif sont sous contrat.Ça passe ou ça casse.» Ça passera si des sponsors croient et adhèrent au projet, mais surtout si les Louviérois retrouvent dans cette nouvelle RAAL les sensations qui les ont fait vibrer jusqu'en 2009.

Salvatore Curaba estime qu’il faudrait entre 1500 à 2000 personnes par match à domicile pour que le projet ait un avenir. Rendez-vous le 26 août pour le début du championnat pour juger de la mobilisation populaire. Mais les voyants semblent au vert pour que la meute réinvestisse le Tivoli, pour pousser ses Loups vers les sommets etl'objectif D1 d'ici 6 à 9 ans. Mais sansperdre son âme en chemin. Sacré défi.

Du 93 au 94. La vie est une succession de symboles. En rachetant le matricule du Racing Charleroi Couillet-Fleurus, Curaba offre à la nouvelle RAAL le matricule 94. Soit lematricule qui succédait à celui de la défunte RAAL, le 93. Coïncidence: pour son premier match officiel, la meute louviéroise se déplacera aux Fiestaux de Couillet, soit le domicile du matricule 94 jusqu'en juin dernier, désormais occupé par le RAS Monceau...

750.000 euros. Le budget du club pour sa première année. Actuellement, la SCRL RAAL dispose d'un capital fixe de 2 millions d'euros. D'ici une dizaine de jours, le club doit annoncer qui sera son sponsor principal pour la saison à venir.