Des Canaris sous le charme d’Hendrickx

Le Lignard Gaëtan Hendrickx joue la tête en D2 avec St-Trond. Si à 19 ans, le médian marque les esprits, son parcours atypique vaut aussi le détour.

Interview : Thibaut marmignon
Des Canaris sous le charme d’Hendrickx
hendrickx saint trond ©EdA

L'entraînement est terminé. Dans l'hôtel intégré au milieu des tribunes du coquet stade de St-Trond, avec vue sur la pelouse, le Namurois d'adoption Gaëtan Hendrickx récupère. Et il savoure aussi. Depuis son arrivée récente chez les Canaris, le médian de 19 ans vit un véritable conte de fée. Découverte d'un talent au parcours pour le moins atypique. Gardien des buts à Charleroi puis à Anderlecht, il a ensuite arrêté le foot pendant 1,5 an avant de passer en test au Standard, en U13. Test concluant dans… le jeu. La belle aventure pouvait commencer.

Gaëtan, votre trajectoire mérite des explications?

Ce n’est pas banal, c’est vrai (rire). J’en suis le premier surpris. Originaire de Braine l’Alleud, j’ai rejoint la région namuroise quand j’étais en troisième primaire. J’ai grandi à Ligny avec mon frère Jonathan (NDLR: footballeur pro en D1 islandaise) et à six ans, j’ai rejoint les jeunes du Sporting. J’adorais jouer dans les buts mais déjà, j’aimais bien porter le ballon. Quand il n’y avait pas de solution, je jouais un peu comme un gardien volant. Sur des petits terrains, c’était facile. Mais en grandissant, c’est devenu plus compliqué. Puis j’en ai eu marre, notamment des trajets et j’ai arrêté. J’ai pris goût au tennis pour monter de 4 classements en deux ans. Mais le virus du foot est revenu.

Comment passe-t-on de gardien de but à médian international chez les jeunes puis titulaire indiscutable dans l’équipe en tête de la D2?

Je ne connais pas la formule magique. Au Standard, mon test a été concluant mais jamais je n’aurais pensé être dans la situation qui est la mienne aujourd’hui. Ceci dit, vu mon petit gabarit, j’ai bien fait de quitter les buts. J’ai joué au Standard des U13 au U16 avant de rejoindre Genk car le contrat proposé par les Liégeois ne me convenait pas. Mais j’ai cru que j’étais maudit. Une fois à Genk, c’est à ce moment-là que le Standard faisait confiance à ses jeunes.

Maudit, vous ne l’êtes plus?

Ah ça non! Pourtant, quand Genk m’a annoncé qu’il ne comptait plus trop sur moi fin de saison passée, je me suis demandé ce que j’allais devenir. Je voyais mes anciens coéquipiers en équipe nationale (Origi, Denayer, Musonda Jr…) signer dans les plus grands clubs et moi rester sur le carreau.

À St-Trond, vous vivez un rêve éveillé?

En effet, tout baigne. Je me suis entraîné dès la reprise avec St-Trond et le club m’a offert un contrat de semi-pro. J’espérais juste m’asseoir quelques fois sur le banc. Sur la feuille lors des deux premiers matches, j’étais déjà super content. Mais à ma grande surprise, le coach m’a titularisé pour le 3e contre Seraing. Malgré la défaite, cela s’est super bien passé et je n’ai plus quitté l’équipe, sauf deux fois, pour souffler. Yannick Ferrera m’a beaucoup aidé. Comme c’est ma première saison chez les adultes, il est fort à l’écoute de mon ressenti. Titulaire, décisif (6 assists et 2 buts) et leader de la D2, que demander de plus. On joue devant 7 000 personnes, dans un club de tradition et sur un synthétique idéal pour un joueur technique comme moi.

Le titre et la D1, c’est la suite logique?

On ne va pas crier victoire trop vite mais c’est sûr que c’est devenu notre objectif. Personnellement, j’y crois. La D1, c’est un rêve et je peux l’atteindre avec St-Trond. On croit en moi. Après 5 matches, j’ai signé un autre contrat, comme pro, pour deux ans avec une année d’option. Au début, je payais mon essence. Maintenant, avec mon nouveau statut, je vais avoir un nouvel appart’à disposition à côté du stade. Et en attendant, je peux loger à l’hôtel.

Des Canaris sous le charme d’Hendrickx

Ferrera : « Une maturité impressionnante »

Plus jeune entraîneur de l’histoire de la Jupiler Pro League avec le Sporting de Charleroi, Yannick Ferrera est aussi passé par les staffs d’Anderlecht, de La Gantoise et d’Al-Shabab Riyad.

Aux commandes de St-Trond depuis la saison dernière et en tête de la D2, le neveu de Manu et d’Émilio sait de quoi il parle. Et il ne tarit pas d’éloges quand on lui demande son avis sur Gaëtan Hendrickx: «Hormis le fait que ce garçon sait tout faire sur un terrain, le plus frappant chez Gaëtan, c’est la maturité qu’il dégage. À 19 ans à peine, pour sa première saison en équipe première, il est impressionnant. Il est capable de courir très longtemps et travaille de la 1re à la 90e minute. Il a une bonne frappe, il sait facilement éliminer un homme et surtout, il lit très bien le jeu. C’est un petit gabarit, pas très costaud mais il parvient toujours à avoir un temps d’avance sur les autres».

Arrivé chez les Trudonnaires via son agent en début de saison, Gaëtan a tout de suite tapé dans l'œil de son coach. «Je le connaissais un peu, sans plus, pour l'avoir rencontré avec les jeunes d'Anderlecht quand il évoluait au Standard. En arrivant chez nous, il n'avait encore jamais disputé un match chez les adultes. Mais cela s'est très vite bien passé pour lui. Il n'a pas joué les deux premiers matches avant de gagner sa place de titulaire. Sur 22 matches, il a commencé 18 fois».

Yannick Ferrera adore aussi la polyvalence du Namurois. «Il peut jouer partout au milieu de terrain. Il a même déjà dépanné sur un flanc. Mais c'est au centre qu'il s'exprime le mieux car il est intelligent et il sait se démarquer entre les lignes. C'est sa première saison pro et sa marge de progression est encore énorme».