Cyclisme: le Néerlandais Dylan van Baarle s’impose en solitaire à Paris-Roubaix

Dylan van Baarle a remporté la 119e édition de Paris-Roubaix dimanche.

Afp
 Dylan van Baarle a remporté la 119e édition de Paris-Roubaix dimanche
Dylan van Baarle a remporté la 119e édition de Paris-Roubaix dimanche ©BELGA

Le Néerlandais s’est imposé en solitaire au terme des 257,2 km dont 54,8 de pavés, répartis sur 30 secteurs, disputés dans la poussière sous un ciel d’azur.

La deuxième place est revenue à 1:47, en conclusion d’un sprint à quatre à Wout van Aert (Jumbo-Visma). Le Suisse Stefan Küng (Groupama-FDJ) s’est classé troisième devant Tom Devriendt (Intermarché-Wanty Gobert) et le Slovène Matej Mohoric (Bahrain-Victorious).

Le vice-champion du monde 2021 qui a terminé deuxième du dernier Tour de Flandres a faussé compagnie à ses trois compagnons d’échappée (Mohoric, Devriendt et Lampaert) à moins de 20 km de l’arrivée. Il décroche à 29 ans sa 6e victoire en carrière, la première depuis À travers la Flandre l’an dernier. Septième coureur néerlandais vainqueur à Roubaix, il succède au palmarès à l’Italien Sonny Colbrelli. Il offre à son équipe INEOS-Grenadiers son 18e succès de l’année et confirme la domination de cette formation qui vient de remporter en huit jours l’Amstel Gold Race (Michal Kwiatkowski) et la Flèche Brabançonne (Magnus Sheffield) au niveau des classiques sans parler du Tour du Pays basque (Daniel Felipe Martinez).

Les INEOS avaient d’ailleurs lancé les hostilités dès la première heure de course profitant du vent pour créer une sélection de 73 coureurs. Parmi les victimes figuraient Mathieu van der Poel et Wout van Aert. On a ensuite vu le Néerlandais Niki Terpstra, ancien vainqueur, prendre les devants avant d’être repris à 135 kilomètres de l’arrivée, par le groupe composé, entre autres, des Sénéchal, Lampaert, Gana, Ballerini, alors que le peloton van Aert était toujours à plus d’une minute des débats de tête. Le jeune Belge Jen Reynders a pris, à son tour, une éphémère initiative solitaire en tête de course à quelque 120 kilomètres du but.

Les choses plus sérieuses ont pris forme après 146 kilomètres avec l’échappée de cinq coureurs: Matej Mohoric, le vainqueur de Milan-Sanremo, Tom Devriendt et Laurent Pichon, Davide Ballerini et Casper Pedersen. Ils ne furent plus que trois à 80 km de l’arrivée après la célèbre Trouée d’Arenberg, où van Aert avait dû changer de monture à deux reprises. Ils possédaient 2:05 d’avance sur les favoris regroupés à 65 km de l’arrivée.

Le trio devint duo quand Pichon dut lâcher prise à 47 km de Roubaix. Puis, 9 kilomètres plus loin, sur crevaison, Mohoric dut laisser filer Devriendt. Le groupe des poursuivants désormais au nombre de dix comblait l’écart au grand galop. Van Aert dut encore faire un effort après le secteur de Mons-en-Pévèle et une crevaison pour rester avec les poursuivants.

Mohoric et Yves Lampaert puis Dylan Van Baarle reprirent Devriendt à 28 km de l’arrivée et poursuivirent de plus belle. Derrière Jasper Stuyven se lança à leur poursuite bientôt imité par Wout van Aert et Stefan Küng.

Devant, Van Baarle s’échappa à la pédale. À la sortie du Carrefour de l’Arbre, le Néerlandais devançait de peu Mohoric et Lampaert mais qui ne cessaient de perdre du terrain. Devriendt était plus loin. Van Aert et Küng, qui avaient profité d’une crevaison de Stuyven pour n’être plus que deux, suivaient à une quarantaine de secondes. Mathieu van der Poel, parti seul en contre, était pointé à plus d’une minute. Mais personne ne fut en mesure de revenir sur van Baarle irrésistible dans les quinze derniers kilomètres. Derrière lui, van Aert et Küng sont revenus sur Mohoric et Devriendt toujours en course pour le podium malgré tous leurs efforts de la journée. Yves Lampaert confirma pour sa part l’incroyable série noire des Quick-Step Alpha Vinyl. Heurtant un spectateur trop avancé, à 7 km de Roubaix, il chutait et voyait ses chances de podium s’évanouir. Il terminera 10e à près de 3 minutes.

Mathieu van der Poel, 9e: «Pas les jambes pour faire mieux, très content pour van Baarle»

"Ce fut une course assez étrange", a expliqué le Néerlandais d’Alpecin-Fenix. "Il a fallu sprinter dès le départ, avec le vent de travers, il a fallu ensuite faire la course pendant toute la journée. J’ai été bien couvert par mon équipe pendant toute la course. Les coéquipiers ont fourni un excellent travail. Je me sentais bien, mais je n’avais pas les jambes pour faire mieux, je l’avoue. Je suis très content pour Dylan van Baarle, que j’ai devancé au Tour des Flandres. C’est pour lui une très belle victoire à Roubaix."

Wout van Aert: «Pas déçu et même étonné de ma deuxième place»

"Je ne suis pas du tout déçu et je suis même étonné de mon résultat", a expliqué Wout van Aert. "Je pense que le plus fort était devant. J’ai eu de la malchance en course, comme tout le monde, j’ai crevé, j’ai dû changer de vélo. Mais je suis très heureux d’être sur le podium. J’aurais peut-être été plus fort dans la finale si je n’avais pas été retardé par les problèmes techniques. J’ai très vite crevé de l’arrière, ma roue s’est brisée, il a fallu changer de vélo avec un équipier. Ça m’a pris une demi-heure pour rentrer. Christophe Laporte m’a manqué, mais il avait eu son lot de malchance. Avec lui, nous aurions pu ainsi avoir plus d’options, notamment dans la finale."

"Dans la première partie, nous avons été piégés. Je n’étais pas bien placé", a concédé van Aert. "Ce fut une surprise. Mon équipe a bien travaillé et tout est finalement rentré dans l’ordre. Je suis resté calme. Le premier secteur pavé fut un bon test pour moi et il a été positif."

La question de l’état de forme "post-Covid" de Wout van Aert avait été évoquée avant Paris-Roubaix. Le champion de Belgique a vite pris conscience qu’il était en pleine possession de ses moyens. "J’ai vite vu que tout allait bien. Je me suis alors concentré sur la manière de tenter de gagner, de trouver les opportunités. La décision de participer à la course avait été une décision collective au sein de l’équipe et du staff médical. J’ai bien progressé dans ma guérison ces derniers jours et j’ai trouvé que je n’avais pas perdu beaucoup de ma forme. Dommage car tout s’était très bien passé cette saison jusqu’il y a quelques jours avant le Tour des Flandres. J’ai finalement montré à Roubaix que je pouvais rouler pour un podium après une maladie."

Dylan van Baarle: «Roubaix, c’est grâce à mon déclic du Mondial de Louvain»

"Je suis encore étonné, je n’y crois toujours pas", a expliqué van Baarle dans son interview d’après-course. "J’ai regardé dans la finale si j’étais vraiment seul en tête. Ce fut très spécial. J’étais renseigné par mon équipe mais mon avantage n’était pas bien précisé."

Évoquant la tactique de son équipe avant la course, van Baarle a indiqué: "nous voulions être très concentrés dès le départ, car il y avait du vent de travers. Nous devions aussi rendre la course difficile, nous avons beaucoup roulé quand le peloton s’est cassé en deux, dans la première partie de course. Dès les premiers tronçons pavés, je me suis senti très fort. Dans la finale, ce fut un peu du ‘free style’. Une fois seul à l’avant, mon directeur sportif Servais Knaven (lui-même lauréat en 2001, NDLR) m’a dit de profiter au maximum du moment."

Dylan van Baarle, 29 ans, a indiqué avoir connu un déclic dans sa carrière. "J’ai pris énormément de confiance en moi l’an dernier au championnat du monde où j’ai terminé deuxième. Ce fut une sorte de déclic pour moi, notre sélectionneur national Koos Moerenhout m’a donné la confiance, m’a fait entière confiance. J’ai écouté ses mots. Je les ai retenus. Mon équipe INEOS n’avait jamais gagné Paris-Roubaix, nous étions passés tout près avec Stannard, Moscon. Nous avons travaillé très fort avec le staff technique pour que nous puissions courir avec le meilleur matériel. Mon succès est le résultat d’une combinaison de travail, de grande motivation, d’un groupe de coureurs jeunes."

Stefan Küng, 3e: «conscient de pouvoir être acteur dans les finales de classiques»

"J’ai fait un grand pas en avant dans les classiques", a expliqué Stefan Küng. "Je suis mentalement conscient que je peux être acteur dans une course jusque dans la finale avec les meilleurs. Cette confiance en moi m’apporte de la sérénité. Je sais rester calme, même en étant mis en difficulté comme ce fut le cas au début de la course dimanche. J’ai été piégé dans le peloton avec van Aert et van der Poel. J’ai pu revenir grâce au travail de mon équipe, que je salue. La confiance que le groupe me donne est très importante. La journée de dimanche a été très difficile. Les lauriers sont revenus au plus fort du jour, Dylan van Baarle."

Stefan Küng s’est, par ailleurs, montré très satisfait de sa troisième place à Roubaix. "J’aurais voulu être sur le sommet du podium mais ma place reste un beau résultat. J’ai souvent dit que Roubaix était ma course favorite et j’ai pu montrer que j’étais à la hauteur sur les pavés. La course a été la plus rapide de l’histoire. Je pense que les conditions étaient parfaites. La cassure matinale, qui a piégé certains favoris, a fait aussi que le rythme est resté très élevé. Le matériel moderne, l’aérodynamique, sont aussi des raisons de cette vitesse élevée."

Yves Lampaert: «un top 10 mais une déception»

"J’ai couru la course parfaite", a expliqué Yves Lampaert. "La course s’est déroulée à fond dès le départ, je me suis battu et j’ai tout donné. Je faisais partie du gros groupe qui s’est porté à l’avant après 50 kilomètres de course. Ensuite, dès que j’ai perçu une opportunité, j’ai accéléré. Une échappée s’est formée dans la finale et j’ai commencé à penser au podium à Roubaix. J’étais certes à la limite dans le Carrefour de l’Arbre, mais je suis resté confiant de pouvoir me classer dans le top 3."

"Je voulais prendre ce virage à droite et normalement les supporters font un pas en arrière, mais au lieu que le gars fasse un pas en arrière, il amène son bras en avant et frappe mon bras, ce qui me fait perdre le contrôle du guidon. C’est une honte, ça ne devrait pas arriver dans une course. Mais j’ai chuté, après avoir tout fait pour éviter de tomber. J’ai pu remonter en machine et repartir. J’ai pu, malgré cet incident, me classer dans le top 10 (10e). J’en suis déçu en pensant à ce que je pouvais réaliser. Heureusement, je n’ai pas de fractures, juste quelques égratignures, mais ce n’est pas agréable.."

Tom Devriendt, 4e: «Le meilleur jour de ma carrière»

"Jamais je n’aurais pu m’attendre à cela", a-t-il déclaré. "C’est vraiment le jour de ma vie. Non, je ne suis pas déçu de ne pas être sur le podium. Je suis juste très heureux de la quatrième place".

Devriendt a roulé seul en tête après la crevaison de Mohoric. "C’était un peu une malchance, car Mohoric était le plus gros moteur de nous deux. Il y est allé très fort et avait éjecté de cette manière Pichon. J’ai ensuite cherché mon propre rythme, mais j’ai réalisé que je ne devais pas aller trop vite et que je devais garder quelque chose en réserve en vue de la finale, quand ils m’auront rattrapé."

"C’est vraiment le meilleur jour de ma carrière, certainement pas un jour en enfer. À la fin, j’ai juste atteint mes limites. Quand Van Baarle est parti, j’ai complètement explosé. J’étais complètement épuisé, mais dans les 30 derniers kilomètres, j’ai continué à tout donner pour rester avec ce groupe, même lorsque Küng et van Aert nous ont rejoint pour la deuxième place. Dans le sprint, j’ai cru que mes jambes allaient exploser, j’avais des crampes et la quatrième place était le mieux que je pouvais faire. Je suis très heureux, c’était génial de courir avec tous ce public sur le bord de la route. J’ai roulé comme dans un tunnel, tout le monde criait ton nom. Je roule souvent pour les autres et il m’est difficile de disputer la finale. Mais maintenant je l’ai fait et c’est génial."

"Pour mon premier Roubaix, ils m’avaient dit avant: quand tu arrives sur cette piste, c’est une formidable expérience. Mais j’ai terminé alors 15 ou 20 minutes après le vainqueur (112e à 17:27 de John Degenkolb) et je n’ai pas du tout trouvé ça spectaculaire à l’époque, je n’ai même pas aimé, mais aujourd’hui c’était différent. Donc je peux imaginer que si vous terminez ici seul ou encore en lutte pour la victoire, cela doit être encore plus grand."