Abdi, la fierté après les douleurs

Le médaillé de bronze

David Lehaire
 Abdi s’est réjoui de sa 4e place et de la victoire de son ami Abdi Nageeye.
Abdi s’est réjoui de sa 4e place et de la victoire de son ami Abdi Nageeye. ©Belga

La relation qui unit Bashir Abdi au marathon de Rotterdam est assez forte. C’est qu’à chaque fois que le Gantois d’origine somalienne prend part à cet événement, il se passe quelque chose. En 2018, pour ses grands débuts sur la distance, celui qui, quelques mois plus tôt, avait été médaillé de bronze des championnats d’Europe sur 10000 mètres, n’avait pu éviter une chute au départ, avant de se relever et de boucler son premier marathon à une très belle huitième place.

L’an dernier, pour sa deuxième participation, il s’était imposé et avait établi le record d’Europe (2h03: 36) dans le sillage de Jeux olympiques conclus par une brillante médaille de bronze.

Ce dimanche, il n’a pas gagné, n’a battu aucun record et n’est pas tombé. Mais il s’est découvert des facultés mentales qu’il ne soupçonnait pas encore. Arrivé sur la pointe des pieds, la tête emplie de doutes après des mois de galère et deux vilaines déchirures, au mollet et aux adducteurs, il a retrouvé le sourire après 2h05: 23 d’efforts et une quatrième place on ne peut plus inespérée.

"Il y a quelque temps, je ne savais si je serais capable de revenir au premier plan. Je souffrais. Après une blessure, c’était l’autre. Je me posais des questions. Franchement, c’était pénible", dit-il, assis sous une tente à quelques encablures de la ligne d’arrivée. "Après ma médaille aux JO et mon record d’Europe en octobre, je me suis retrouvé à enchaîner les obligations. C’était trop et mon corps me l’a fait comprendre. Lorsque j’ai voulu reprendre les entraînements, mon organisme n’était pas prêt… Quand je pense qu’il y a six semaines, je n’avais qu’un souhait: pouvoir recourir. Parfois, je croyais que je n’y arriverais plus. Pour moi, la performance de ce dimanche, vu le contexte, est presque aussi forte que ce que j’ai réalisé l’an passé."

Le souvenir de mois à se battre contre les douleurs a fait couler les larmes sur ses joues. Après avoir participé au succès – et nouveau record des Pays-Bas – de son grand ami Abdi Nageeye (en 2h04: 56), il n’a pas cherché à les retenir.

"J’ai longtemps hésité à prendre le départ parce que je n’avais qu’un mois d’entraînements spécifiques dans les jambes. J’étais à 70% de mes capacités. Et avoir décroché une 4e place en réussissant la troisième performance de ma carrière constitue une grande surprise pour moi."

Avec les meilleurs jusqu’au 40e kilomètre

En fait, Bashir Abdi est resté au contact des tout meilleurs jusqu’au quarantième kilomètre, quand il dut mettre le clignotant avant de finir à son rythme. "Il y avait juste deux bornes de trop pour moi, lâcha-t-il en souriant. Mais ce que j’ai réussi ici me donne énormément de confiance pour la suite de l’année."

Dont les championnats du monde, cet été aux États-Unis, qui demeurent l’objectif principal. "Une médaille à Eugene serait la cerise sur le gâteau. De toute façon, ça ne peut aller que mieux désormais."

Et de conclure: "Courir est une des choses les plus faciles à faire. Tu le fais en fonction de tes capacités. Mentalement, en revanche, ça peut être beaucoup plus compliqué." Ces derniers temps, Bashir Abdi a franchi un palier à ce niveau-là. C’est sa victoire à lui.