Les Diables encaissent trop souvent

Depuis l’Euro, les Belges n’ont réussi à garder le zéro qu’à trois reprises en douze matchs.

Romain Van der Pluym
 Les Diables avaient de quoi se prendre la tête.
Les Diables avaient de quoi se prendre la tête. ©Belga

Trois matchs de Ligue des nations, aucune clean sheet. La statistique est de mauvais augure quand on sait qu’un grand tournoi se gagne souvent en défense.

Elle est d’autant plus préoccupante que les Diables la traînent depuis l’Euro. Le niveau de jeu n’a pas été rassurant au long du tournoi avec des victoires à l’arraché. Les Diables ont toutefois peu encaissé. Le bilan: trois clean sheets en cinq matchs. Seuls les Danois et les Italiens ont réussi à tromper Thibaut Courtois.

Trois clean sheets en 12 matchs

Depuis lors, on dénombre le même nombre de clean sheets… en 12 rencontres. Le problème de cette équipe depuis le dernier grand tournoi est simple: elle encaisse trop. Pas dans la quantité (sauf face aux Pays-Bas) mais dans la régularité. Le bilan de 17 buts pris en 12 matchs n’est ni brillant, ni désastreux.

La Belgique encaisse souvent le petit but de trop en fin de match, comme ce week-end ou lors du dernier déplacement au pays de Galles ou en Irlande, ou se fait bousculer en début de match comme face aux Polonais.

Une seule équipe de taille n’a pas réussi à tromper la vigilance de la défense: la République tchèque, battue 3-0. Les deux autres clean sheets ont été réalisées face à la Biélorussie (8-0) et au Burkina Faso (3-0). Des oiseaux pour le chat.

Trop facile de pointer la défense

Les neuf autres matchs se sont conclus avec au moins un but de l’adversaire au marquoir. Le réflexe est naturel: pointer du doigt la défense comme principal coupable.

Face aux Pays-Bas, une certaine vérité émanait des critiques à l’égard de la défense et notamment de Dedryck Boyata. Pas assez assuré dans ses interventions, pris de vitesse et coupable de mauvaises relances, le Bruxellois avait été pris en symbole de l’échec de l’arrière-garde.

Il a répondu sur le terrain du pays de Galles en multipliant les interventions et en jouant sur ses qualités de placement. "Dedryck Boyata a réalisé de bonnes interventions, a résumé Martinez, qui explique avoir tenu à le relancer sur la pelouse de Cardiff où il avait déjà évolué. Il a réalisé un bon match, comme Leander Dendoncker. Il a continué sur sa lancée du match face à la Pologne."

Des propos corroborés par Thomas Meunier. "Dendoncker m’impressionne à cette position, lance le latéral droit. C’est la preuve que les changements n’expliquent pas tout. Puis, nous sommes dans un moment où il faut oser tenter des choses. La qualité est là et on sera prêt le jour J."

On peut même parler d’une montée en puissance de la défense en deuxième partie de rencontre. Pas toujours assuré en première période où le jeu de Bale entre les lignes et les projections de James créaient un déséquilibre, le trio n’a plus rien laissé passer après la pause.

"On ne leur a pas laissé énormément d’occasions non plus", affirme Thorgan Hazard. Et Youri Tielemans d’ajouter: "Nous leur avons laissé peu d’occasions après la pause. Je vais même parler de demi-occasions car peu de tirs cadrés en ont résulté. Une de leurs seules vraies opportunités est finalement allée au fond."

Reculer et encaisser

"C’est juste un but, ça arrive." Thorgan Hazard et Yannick Carrasco ont tenu le même discours. Ils ont partiellement raison de minimiser l’impact de ce but. Les Gallois ont eu un peu de chance avec une ligne du Var remise en question et un geste improbable d’Aaron Ramsey à l’assist.

L’égalisation galloise résulte toutefois d’une erreur de l’ensemble de l’effectif belge. "Nous avons oublié de jouer au football durant le dernier quart d’heure, résume Kevin De Bruyne.Notre problème n’est pas le but en lui-même, mais notre gestion du ballon. Nous avons contrôlé les 30 premières minutes de la deuxième mi-temps avant de perdre le contrôle du cuir. On les a laissés revenir dans le match et ils en ont profité."

Martinez est conscient de ce problème qui n’est autre qu’un manque de gestion de (fin de) match. Les Diables n’ont plus osé affirmer leur jeu, submergés par le power-play et le pressing de Gallois surmotivés. "On savait qu’ils allaient pousser, dit Tielemans. Ils sont chez eux, devant leur public. On s’est mis à perdre quelques ballons et les Gallois ont repris confiance. On les a motivés, en fait. Pour les empêcher de revenir, nous aurions dû mieux contrôler le match."

Et donc ne pas reculer. "Notre bloc était trop bas en fin de match et en résulte ce but de kermesse, balance Meunier. Nous avions tout en mains et nous retombons dans nos erreurs récurrentes. Honnêtement, ce but me fait un peu penser à celui qu’on a encaissé contre les Gallois à l’Euro 2016."

Apprendre à tuer le match

En partant du constat que les Diables encaissent très souvent un but, l’équation devient limpide. Il suffit de marquer un but de plus que l’adversaire. Cette philosophie reste celle prônée par Roberto Martinez, même s’il se rend compte que son équipe n’est pas capable de développer un football aussi dominant qu’il y a trois ou quatre ans.

Les Diables ont commencé le match de samedi soir avec l’objectif de "rapidement ouvrir le score, explique Martinez. Nous voulions ensuite faire le break afin de pouvoir plus facilement contrôler le match. Face à une équipe qui ne lâche rien comme le pays de Galles, tu t’exposes à un retour si tu n’arrives pas creuser l’écart."

Trop peu inspirés après la pause – "Nous ne trouvions pas l’homme libre", dit Tielemans – les Diables n’auraient pas pu espérer mieux que leur but inscrit en début de deuxième période. C’est en début de partie qu’ils ont eu les occasions de se mettre à l’abri. "On est passé plusieurs fois à une passe près de se créer des occasions franches, explique Meunier. On pouvait terminer le match en première mi-temps."

Il oublie presque les véritables possibilités obtenues par les Diables rouges, comme les frappes de Youri Tielemans et Kevin De Bruyne bloquées par Hennessey, le loupé de Leandro Trossard ou les quelques moments d’absence de Michy Batshuayi, pourtant en bonne position. "On a manqué de calme en phase offensive en première mi-temps, conclut Roberto Martinez. Plusieurs joueurs n’ont pas eu la lucidité suffisante quand ils étaient en bonne position pour conclure. C’est une leçon pour la suite; on ne sera jamais totalement à l’aise tant qu’on n’aura pas deux buts d’avance."