De Bruges à Tokyo en passant par le Cap-Vert: la folle histoire de Sandrine Billiet

À 31 ans, la Belge vient de marquer l’histoire du judo cap-verdien en décrochant une première victoire olympique.

Alan Marchal
De Bruges à Tokyo en passant par le Cap-Vert: la folle histoire de Sandrine Billiet
Sandrine Billiet a marqué l’histoire de son pays d’adoption. ©Photo News

"Je suis bouleversée! Je n’ai pas de mots assez forts pour décrire ce que je ressens. C’est du pur bonheur!" Le sourire aux lèvres, Sandrine Billiet, pourtant éliminée sèchement au 2e tour de la compétition tokyoïte, savoure le moment. C’est que la Brugeoise vient d’écrire un nouveau chapitre du sport en devenant la première judoka cap-verdienne à remporter un combat durant les Jeux olympiques.

"Avant moi, seule une judoka (NDLR: Adysangela Moniz) avait représenté le pays aux JO, raconte l’ancienne championne de Belgique active dans la catégorie des moins de 63 kg. Elle avait combattu à Londres en 2012. Malheureusement, elle avait été éliminée dès son premier combat."

 Sandrine Billiet a remporté son premier combat face à l’Ouzbek Farangiz Khojieva.
Sandrine Billiet a remporté son premier combat face à l’Ouzbek Farangiz Khojieva. ©Photo News

En s’imposant avec autorité au 1er tour face à la jeune Ouzbek Farangiz Khojieva, l’ancienne sociétaire du Top Niveau Tournai entre donc un peu plus dans l’histoire de son sport, deux mois seulement après être devenue la première judoka cap-verdienne à décrocher l’argent aux championnats d’Afrique. Deux performances d’autant plus incroyables que la jeune trentenaire n’a pu compter que sur elle-même (ou presque) pour se préparer.

"Outre le décès de ma maman qui m’a beaucoup marquée, j’ai été pas mal isolée durant la crise sanitaire", explique celle qui représente le Cap-Vert depuis quelques mois seulement mais vit toujours dans la Venise du Nord. "Mon premier tournoi depuis le début du confinement a seulement eu lieu à Tel Aviv, en février 2021. Jusqu’alors, je m’entraînais dans mon garage avec une judoka de 14 ans qui ne pesait pas plus de 48 kilos. Et comme elle n’avait pas le niveau, on ne travaillait que sur des scénarii très spécifiques."

Une qualification inespérée

Avec le judo pour "seule repère" durant cette période "très perturbée", Sandrine Billiet ne s’attendait plus à participer aux Jeux de Tokyo. Jusqu’à ce qu’elle obtienne la confirmation, après les récents Mondiaux de Budapest, de sa qualification. Une qualification tellement "inespérée" qu’il lui a fallu "près d’une semaine" pour s’en remettre.

"C’est incroyable à quel point ma carrière a basculé en quelques semaines", souligne-t-elle. "Hier, je suis bloquée chez moi, sans personne avec qui m’entraîner. Et aujourd’hui, je suis au Budokan où j’ai affronté la future championne olympique."

Car, en plus d’avoir marqué l’histoire de sa discipline, la Belge, ancienne lauréate des Jeux de la Francophonie, a eu "la chance" d’affronter la Française Clarisse Agbegnenou lors de son 2e tour.

«Rendre la pareille au Cap-Vert»

"J’ai été éliminée assez rapidement mais ça restera un beau souvenir. Après tout, je suis la première judoka qu’elle a dû sortir pour devenir championne olympique", sourit Sandrine Billiet. "D’ailleurs, si j’étais aussi motivée lors de mon premier combat, c’est aussi parce que je savais que je rencontrerais Clarisse ensuite. Il y a deux ans, lors du tournoi de Paris, j’avais manqué l’occasion de l’affronter et je l’avais regretté. Est-ce que je suis frustrée d’avoir été battue en quelques secondes? Pas du tout. J’ai un vélo et elle a une Porsche. Qu’est-ce que je devrais faire? Râler ou l’envier? Ça n’aurait pas de sens. Perso, j’apprécie ce que j’ai, à savoir un beau vélo. Et j’apprécie ce qu’elle a, à savoir un magnifique bolide."

D’une joie de vivre désarmante, la Brugeoise - qui n’en veut pas à la Belgique de ne pas lui avoir fait confiance plus longtemps - rayonne. Désormais porte-drapeau d’un sport qui se développe "toujours plus" dans son pays d’adoption, elle espère susciter de nouvelles vocations en Afrique. Et préfère la jouer collectif.

 C’est un moment fort qu’a vécu Sandrine Billiet face à Clarisse Agbegnenou au Budokan.
C’est un moment fort qu’a vécu Sandrine Billiet face à Clarisse Agbegnenou au Budokan. ©Photo News

"Sincèrement, je ne sais pas si je vais poursuivre l’aventure jusqu’en 2024. En voyant l’énergie que ça me coûte de combiner mon travail et ma passion, certains de mes proches ont tendance à me freiner. Ce que je sais en revanche, c’est que j’aimerais beaucoup concrétiser un projet qui met tient à cœur, à savoir organiser un stage international en septembre au Cap-Vert. Ça donnerait un coup de projecteur sur notre discipline et ça permettrait aux judokas cap-verdiens de s’entraîner avec des athlètes internationaux. Et qui sait si je n’inviterai pas Clarisse Agbegnenou à ce stage…"

Prête à tout pour "rendre au Cap-Vert tout ce qu’il m’a offert", Sandrine Billiet pourrait encore bien réserver quelques surprises au judo.