VIDÉO | L’hymne officieux des Bleus, otage des polémiques usuelles de l’extrême droite française... et lâché par le président de la FFF en personne

Taclée par le Rassemblement National (RN), la chanson du rappeur engagé Youssoupha «Écris mon nom en Bleu» s’est également heurtée ces dernières heures à l’avis de Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football (FFF) en personne. De quoi relancer la polémique? Décryptage.

Romain VEYS

Si la musique diffère, l’air, lui, est connu: pour faire monter la sauce avant un grand rendez-vous sportif, il est devenu fréquent pour une fédération ou un événement sportif de se choisir un hymne ou des chansons officielles.

Depuis que l'UEFA a dévoilé son hymne pour le prochain Euro de football, plusieurs fédérations nationales ont à leur tour dévoilé un, voire parfois plusieurs titres dans le but de faire monter la pression.

Deux salles, deux ambiances

Du côté des Diables rouges, l'Union belge a donc opté pour une musique épique ressuscitant Raymond Goethals et Guy Thys aux côtés de Roberto Martinez, avant de présenter un hymne officiel ce jeudi faisant la part belle aux sonorités électroniques.

De son côté, la Fédération française de football avait quant à elle dévoilé dans la foulée de l’annonce de sa sélection par Didier Deschamps un clip à l’effigie des 26 Bleus qui représenteront la France lors de ce grand événement.

Autre salle, autre ambiance: c'est cette fois un titre écrit par le rappeur Youssoupha qui avait été employé pour scander la gloire de l'équipe de France: «Écris mon nom en Bleu, crie mon nom en Bleu».

La rengaine de l’extrême droite

Dans la foulée de cette publication, le Rassemblement National (RN) avait, par l’entremise de son numéro 2 Jordan Bardella, critiqué le choix d’artiste, à qui l’extrême droite française reproche des textes hostiles aux grandes figures de son parti.

En 2011, le rappeur français d'origine congolaise avait ainsi crevé l'écran en sortant le désormais culte «Menace de Mort», éloge du rap engagé dans lequel il dénonçait, entre autres, les propos d'Eric Zemmour, lequel avait qualifié le rap de «culture d'analphabètes».

Selon Bardella, choisir Youssoupha, représentant du rap engagé, c'était donc «céder à une partie racaille de la France». Rien que ça…

Là encore, la musique peut parfois différer, l’air, lui, est connu - et la rengaine de l’extrême droite de repartir de plus belle: allumer de frêles polémiques pour donner l’illusion d’une société divisée, déchirée, qui ne tourne plus rond.

«Récupération»

Or, dans une France où le cordon sanitaire semble s'être totalement consumé, cette stratégie d'opposition systématique fait désormais partie intégrante et quotidienne du paysage médiatique hexagonal. De quoi faire réagir la ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu, laquelle a tenté de calmer le jeu: «Youssoupha est un chanteur militant qui dénonce le racisme et qui est pour la diversité. Cela tombe bien car le sport partage ces valeurs-là, et plus spécifiquement la Fédération Française de Football. (...) Monsieur Bardella récupère ce choix de la FFF pour encore une fois répandre des idées de séparatisme, de haine et de violence dans notre société

Monsieur Bardella récupère ce choix de la FFF pour encore une fois répandre des idées de séparatisme, de haine et de violence dans notre société.

La FFF s’en mêle

Fin de la polémique? Oui, sauf que non: de façon un peu inattendue, les propos de Bardella semblent ainsi avoir fait mouche du côté du... président de la FFF en personne!

Dans une interview accordée au Parisien, Noël Le Graët indique ce mercredi regretter ce clip de communication. «Ce sont nos jeunes salariés du service commercial qui ont eu cette idée.» Le président de la FFF estime ainsi que «Youssoupha est un bon rappeur qui, comme d'autres, a pu avoir des paroles déplacées. Je crois que nous n'aurions pas dû le faire et laisser la liste être divulguée comme d'habitude, sans communication

 Noël Le Graët en compagnie du président français Emmanuel Macron, le 19 mai dernier, lors de la finale de la Coupe de France au Stade de France.
Noël Le Graët en compagnie du président français Emmanuel Macron, le 19 mai dernier, lors de la finale de la Coupe de France au Stade de France. ©AFP

Refusant toutefois d'entrer davantage dans la polémique, Noël le Graët a tenu à «rassurer», rappelant que ce titre n'était pas l'hymne officiel des Bleus pour l'Euro. Reste à voir si, comme Vegedream en 2018 et son « Ramenez la coupe à la maison », l'hymne officieux ne va pas faire de l'ombre au choix que la FFF réserve à ses fans. Et donc à Bardella et ses petits copains.