La position de Froome «descendue» par des chercheurs, mais pas celle de Nibali et Pantani

À l’approche des grands Tours, des scientifiques belges et néerlandais démontent quelques idées reçues sur la meilleure position à adopter dans la descente des grands cols.

Alan Marchal

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Les classiques printanières à peine terminées, le peloton a déjà le regard tourné vers les grands Tours qui se profilent. L'occasion pour les sprinteurs, les grimpeurs mais aussi les descendeurs de s'illustrer. À l'image de Christopher Froome qui, sur le Tour 2016, en avait impressionné plus d'un en dévalant le col de Peyresourde à toute allure grâce à une technique aussi dangereuse qu'étonnante. Le corps entièrement penché sur la roue avant de son vélo, le leader de la Sky avait, ce jour-là, remporté la 8e étape, grappillé quelques secondes à ses principaux adversaires et pris le maillot jaune pour ne plus jamais le lâcher. «Et pourtant, après analyses, il s'avère que la position qu'il avait adoptée ce jour-là est loin d'être la plus aérodynamique», assurent en chœur plusieurs scientifiques belges et néerlandais.

 Thierry Marchal, Bert Blocken et Thomas Andrianne l’assurent: les cyclistes feraient mieux de s’inspirer de Vincenzo Nibali que de Christopher Froome lorsqu’il s’agit de descendre un col.
Thierry Marchal, Bert Blocken et Thomas Andrianne l’assurent: les cyclistes feraient mieux de s’inspirer de Vincenzo Nibali que de Christopher Froome lorsqu’il s’agit de descendre un col. ©EdA - Alan MARCHAL

En effet, après avoir prouvé qu'un coureur allait plus vite avec une moto dans le dos, Bert Blocken, professeur à l'université de Leuven (KUL) et l'université technique d'Eindhoven (TU/e), Thomas Andrianne, de l'université de Liège (ULg), et Thierry Marchal, de la multinationale ANSYS, une société de simulation qui est notamment active dans le secteur sportif, l'assurent : «Des simulations par ordinateur et des tests en soufflerie confirment que la position de Chris Froome est loin d'être la plus aérodynamique.»

Ainsi, en termes de vitesse pure, «et sans prendre en compte une potentielle fréquence de pédalage», être couché sur la roue avant n'apporterait qu'un gain de 9% par rapport à une position classique, avec le buste relevé. «Les positions prônées par Vincenzo Nibali, avec le dos arrondi et la tête dans le guidon, ou Marco Pantani, avec les fesses et le corps penchés très fortement en arrière, sont beaucoup plus efficaces, détaille Bert Blocken. Le gain est alors respectivement de 12% et 14%.»

Nibali, le meilleur compromis

Mais des six positions que les coureurs adoptent le plus souvent en descendant les cols des Tours, la plus aérodynamique s'avère être celle où le cycliste s'assied quasiment sur son cadre avec le dos plat et la tête un peu au-delà du guidon. «Pour peu que les athlètes parviennent à littéralement faire corps avec leur vélo, ils peuvent gagner entre 20 secondes et deux minutes par rapport à leurs rivaux dans une descente comme celle de Peyresourde (qui est longue de 15,5 km, NDLR)», ajoute le professeur de la KUL.

Bien qu'elle reconnaît que les résultats de ces études peuvent varier «d'un rien» en fonction de la morphologie de chaque coureur, la cellule scientifique belgo-néerlandaise donne un dernier conseil au peloton. «S'ils doivent beaucoup tourner les jambes dans les descentes, les cyclistes des prochains Tours auront plutôt intérêt à copier la posture d'un Vincenzo Nibali, afin de transférer une plus grande puissance de pédalage, conclut Thomas Andrianne. Sans quoi, ils risquent non seulement de se fatiguer beaucoup pour rien mais ils s'exposent également à de grosses chutes avec des positions pas du tout sécurisantes.»

Et les scientifiques belges et néerlandais d’espérer qu’ils seront entendus par le peloton.

Des équipes pros encore trop à la traîne

Loin de vouloir pointer du doigt uniquement la position de Chris Froome, les scientifiques à la base de ces recherches souhaitent surtout ouvrir les yeux des cyclistes.

 La meilleure position aérodynamique est celle où le cycliste fait corps avec son vélo, la tête au-dessus du guidon.
La meilleure position aérodynamique est celle où le cycliste fait corps avec son vélo, la tête au-dessus du guidon. ©TU/e - KU Leuven - ULg - Ansys

«Aussi bien sportivement que d'un point de vue sécuritaire, il y a tellement de choses que ce type de recherches peut améliorer au sein du peloton, souligne Thierry Marchal. Certaines équipes, comme LottoNL-Jumbo ou la FDJ commencent à faire appel à nous car elles se rendent compte de l'intérêt de nos études. Malheureusement, il s'agit trop souvent d'initiatives isolées...» A l'image de ce coureur belge qui s'est rendu à l'université d'Eindhoven, ce mardi, pour tester plusieurs positions sur le vélo.

«Sans doute que les grandes équipes finiront par s'intéresser beaucoup plus aux études que nous menons, mais ça nécessitera encore un peu de temps», estime finalement un Thierry Marchal très optimiste malgré tout à l'idée que la Belgique a beaucoup à offrir aux cyclistes. «Car il existe de belles infrastructures chez nous, comme la soufflerie de l'ULg, confirme-t-il. Que les cyclistes pros en soient assurés: nous sommes déjà prêts à les aider!»