Ski rando, du dénivelé en douceur. On a testé le Défi vertical

Une épreuve de ski rando, voilà un bon moyen pour faire du dénivelé en limitant les chocs traumatisants. Nous avons testé le Défi vertical aux 2 Alpes

Emmanuel Huet

Le ski rando comme source d'entraînement pour la course à pied? Et pourquoi pas, l'illustre Kilian Jornet a suffisamment démontré que les deux disciplines étaient compatibles. Samedi 11 mars, la station des 2 Alpes avait programmé son premier Défi vertical. Objectif: démarrer skis aux pieds à 8 h depuis la station (1 600 m) pour atteindre le sommet du glacier 2 000 m plus haut. Le défi m'emballait…

Il y avait quand même assez bien d’incertitudes derrière cette course. Techniquement, étais-je à niveau? Ce n’était que la 3e fois que je chaussais ce matériel. Et après un court briefing technique au magasin de location le vendredi soir, j’allais me frotter à quelques experts de la discipline. Je ne m’inquiétais pas trop pour mes jambes car je savais qu’elles suivraient. Le tout était de ne pas devoir enchaîner trop de conversions… Mais la difficulté semblait raisonnable car le parcours annoncé avait été balisé le long des pistes qui avaient été damées. Le Défi permettait aussi de s’arrêter à différentes altitudes: 2 100 m, 2 600 m, 3 200 m et 3 600 m. Dans un premier temps, je m’étais fixé 1 000 m de dénivelé car je comptais m’épargner quelque peu pour le dimanche matin. Et oui, le retour dans le Condroz était programmé le lendemain avec un match de foot à 9 h 30!

Le top départ a été donné pour une septantaine de skieurs. Devant ça part vite alors que je me concentre pour bien coordonner les mouvements. Les écarts se creusent très rapidement entre le premier et la queue de la course. Le premier court alors que, derrière, ça «skiotte». On attaque par la Jandri1, la nouvelle piste bleue de la station. Il faut trouver le rythme et se dire que ça va être long. D’ailleurs, je n’ai pas la moindre idée du temps que ça va me prendre. Dans les bottines, ça s’échauffe. Un léger frottement à l’intérieur des deux pieds me fait comprendre que finir sans cloches sera un autre défi…

Après 42 minutes, je franchis le premier seuil. 500 m de D + en moins de 45 minutes, le calcul est vite fait. Si je veux faire les 2 000 m, il y a moyen d’y arriver en moins de 3 h 30. Compte tenu, que ça glisse, qu’il n’y a pas de choc traumatisant, ça me permettrait de garder des jambes pour le lendemain. Donc, j’irai au bout…

45 minutes, je passe les 2 600 m. Un petit ravito et direction le glacier. Mais le parcours se durcit. On s’éloigne de la piste pour aller arpenter des zones verglacées. Je tente au maximum de maintenir mon ski en contact avec le sol mais parfois ça glisse. Chute et me voilà en train de descendre 5 m plus bas. Derrière moi, alors que j’avais creusé un bel écart, ça revient. Les jambes sont bonnes mais la technique est faible sur ce secteur.

On sort des pistes… C’est verglacé et de plus en plus technique
On sort des pistes… C’est verglacé et de plus en plus technique ©eda E. H.

On approche du pied du glacier et la météo a bien changé. Vent, pluie, neige, ça pique… «On arrête à 3 400 m», m'informe un bénévole. Car à 3 600 m, c'est l'hiver… Plus que 200 m donc mais la météo est sévère. Depuis le début, je suis parvenu à ne plus me faire dépasser et à reprendre quelques concurrents. Derrière, ça presse. Lorsqu'il y a des légers replats, je ne sais pas me mettre en mode course car les cloches rendent l'accélération impossible. On ne voit plus à 5 m. Je croise un skieur qui lui a déjà fini et est en train de descendre. «Allez, moins de 10 minutes». Mais il fait tellement couvert que je ne peux me fixer un point d'arrivée. J'avance en suivant les petits fanions roses sans savoir quand ça se terminera. Et puis, tout à coup, une dameuse, un bénévole à l'extérieur et c'est la ligne d'arrivée. Le dossard 126 a bouclé ces 1 800 m de D + pour 12 km de course en 3 h 02 min. Soit une honorable 18e place sur plus de 70 au départ. «Allez vous réchauffer…». Me réchauffer où? Et bien dans la dameuse! À l'intérieur, trois autres concurrents, du thé chaud, quelques biscuits. Ça, c'est une sacrée ligne d'arrivée. On se réchauffe quelques minutes, on ressort, on décolle les peaux des skis, on adapte les fixations et c'est parti pour une belle descente bien méritée.

Après la montée, on redescend. Sans oublier de retirer les peaux des skis!
Après la montée, on redescend. Sans oublier de retirer les peaux des skis!

Et mon match de foot de dimanche? Et bien, on a gagné le derby. Plus que deux matchs pour décrocher le titre. Et ensuite recommencer le trail plus intensivement. Le Lavaredo se rapproche…

Le parcours sur Garmin