De plus en plus de matches « suspects » : du football jusqu’au… tennis de table

L’organisation Federbet affirme que le nombre de matches truqués, tous sports confondus, a encore augmenter durant l’année écoulée.

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Plus d’une centaine de matchs de football, mais aussi des dizaines de rencontres d’autres sports de la saison écoulée sont suspectés d’avoir fait l’objet d’un arrangement en raison du montant très élevé de paris qu’ils ont suscité, ressort-il du troisième rapport annuel de Federbet, une organisation qui a pour but de défendre les intérêts des sociétés de paris et des joueurs. Celui-ci a été présenté mardi au Parlement européen.

«Les chiffres de cette année sont dramatiques, la situation ne fait qu’empirer», se désole le secrétaire général de Federbet, Francesco Baranca. «Les constatations faites lors de la dernière saison montrent que le phénomène continue à s’étendre. Le sport féminin et les catégories d’âge ne sont plus épargnées. Bien que le football soit le plus touché, nous avons constaté des anomalies dans de très nombreux sports, jusqu’au beach volley ou au tennis de table.»

Ligue des Champions, la Ligue Europa touchées

L’organisation a identifié des dizaines de matchs de football suspects, c’est-à-dire sur lesquels un très grand nombre de parieurs ont misé des sommes anormalement substantielles. Les paris ne concernent généralement pas le score ou vainqueur d’une rencontre, mais plutôt des faits de jeu tels que le nombre de buts, de cartons ou encore de corners. Les pays les plus touchés ont été l’Italie, la Grèce et l’Ukraine, avec 15 matchs suspects, dont certains de première division. Le Portugal, l’Espagne, la Roumanie, le Venezuela, la Chine ou encore le Pays de Galles sont également concernés. En outre, le phénomène n’épargne pas des compétitions majeures comme la Ligue des Champions, la Ligue Europa ou encore les qualifications pour la Coupe du Monde.

«A Chypre, un arbitre acheté a trouvé un prétexte pour arrêter un match amical car celui-ci ne se déroulait pas comme l’avaient souhaité les arrangeurs», illustre M. Baranca, qui souligne que les rencontres amicales sont de plus en plus ciblées. Plusieurs cas relevaient par ailleurs d’équipes, au Portugal et en Italie, qui étaient entre les mains de groupes chinois. «La situation de la Chine est extrêmement inquiétante, compte tenu de la propension de ce pays à investir massivement dans le football, tant à domicile qu’à l’extérieur.»

Passivité des fédérations

Pour l’organisation, l’élément principal qui permet au phénomène de proliférer est l’absence de réponse des fédérations sportives, même lorsque des agissements suspects leur sont rapportés. «Cette passivité permet à des équipes ou athlètes de récidiver sans être inquiétés», déplore M. Baranca. «Lorsque l’on observe la situation dans des compétitions où la justice a mené des investigations en 2014-15, comme en troisième division italienne, à Malte ou dans le basket serbe, et que l’on constate que rien n’a changé, c’est inquiétant.»

Des initiatives positives existent cependant, ajoute le secrétaire général de Federbet. «Il y a encore un peu d’espoir. Une nouvelle législation a ainsi été approuvée en Ukraine, un pays particulièrement touché par cette épidémie. La Série B italienne, autre compétition à la répétition sulfureuse, a développé un programme de surveillance et de prévention. Quant à la Liga espagnole, elle a pris elle-même, face à la passivité de la fédération, des initiatives pour améliorer la surveillance des matchs de troisième division.»

«Outre une falsification du sport, les matchs arrangés représentent une menace pour l’économie, des pertes financières pour les États ou encore le moyen principal utilisé par les grandes organisations criminelles pour blanchir de l’argent», a souligné la députée européenne Elly Schlein. «Le montant qui a été dissimulé via des matchs truqués en 2015 est estimé à 140 milliards d’euros. Le Parlement a plusieurs fois reconnu, au travers de résolutions, l’importance de combattre ce phénomène. Des appels à la Commission ont été lancés car il faut une réponse européenne globale, des sanctions harmonisées et davantage de systèmes de surveillance des mouvements d’argent suspects.»

«L’Europe doit faire évoluer sa législation pour ne plus représenter un tel paradis pour les mafias qui utilisent les paris. Le règlement sur la protection des données personnelles, par exemple, rend quasiment impossible de retrouver et punir les véritables auteurs de ces trucages de compétition», conclut M. Baranca.