«C’est scientifique: un coureur va plus vite avec une moto derrière lui»

C’est scientifiquement prouvé: un cycliste suivi de près par une moto peut gagner jusqu’à plusieurs secondes sur une dizaine de kilomètres.

Alan Marchal
«C’est scientifique: un coureur va plus vite avec une moto derrière lui»
CYCLING-SUI-ROMANDIE-TOUR CYCLING-SUI-ROMANDIE-TOUR ©AFP

Alors que le Giro débute aujourd’hui avec un prologue de 9,8 kilomètres dans les rues d’Apeldoorn, aux Pays-Bas, une étude menée conjointement par l’université de Liège (ULg), l’université de Leuven (KUL) et l’université technique d’Eindhoven (TU/e) prouve qu’une moto suiveuse peut directement impacter la performance d’un cycliste.

Ainsi, à l’image des véhicules qui «tirent» parfois les coureurs dans l’ascension d’un col, Bert Blocken (TU/e, KU Leuven), Yasin Toparlar (TU/e) et Thomas Andrianne (ULg) ont démontré qu’une moto placée derrière un cycliste diminue aussi la résistance à l’air de ce dernier.

«Une précédente étude avait déjà permis de comprendre que la présence d’une voiture derrière un cycliste, dans un contre-la-montre par exemple, pouvait lui faire gagner pas mal de temps car elle réduisait sa traînée (qui agit comme un frottement, NDLR) jusqu’à 30%, explique Thierry Marchal, qui dirige les secteurs biomedicaux et produits de consommation (incluant le sport) pour ANSYS, la société de simulation qui a pris part à cette nouvelle expertise. Désormais, on peut prouver que ce qui vaut pour une voiture vaut aussi pour une moto, d’autant plus que les deux roues sont beaucoup plus à même de se rapprocher des coureurs. Pour faire simple, plus un véhicule est proche, plus l’air qu’il pousse favorise le sportif qui prend alors de la vitesse et grappille des secondes.»

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Sans titre 18.jpg ©TU/e

Si une seule moto calée dans la roue d’un Christopher Froome ou d’un Vincenzo Nibali peut faire baisser sa résistance à l’air jusqu’à 9%, ce ratio peut atteindre les 14% avec trois deux roues. Ce qui n’est pas si rare dans les grands Tours où les photographes et les caméras de télévision se pressent derrière les champions.

De 10 mètres à 30 mètres

«Dans des chronos d’une dizaine de kilomètres, le gain de temps d’un cycliste peut aller de quelques dixièmes de seconde à plusieurs secondes, souligne Thierry Marchal. C’est énorme.» Et c’est encore plus flagrant sur de longues distances. «Sur une distance de 50 kilomètres, on a démontré qu’un professionnel pouvait rouler jusqu’à deux minutes plus vite», assure le professeur Bert Blocken.

Jamais tout à fait égaux face à la présence des motos dans leur dos, les coureurs ont donc désormais la preuve scientifique qu’ils ne partent pas tous avec les mêmes chances. D’où la volonté des chercheurs et de la société ANSYS - qui était d’ailleurs déjà à la base de la création de la fameuse combinaison ultra-rapide Speedo - d’avertir l’UCI sur l’urgence de modifier son règlement quant à la proximité des deux roues dans les épreuves cyclistes. Les scientifiques belges et néerlandais souhaiteraient ainsi que la distance réglementaire entre les motos et les coureurs passent de 10 mètres à 30 mètres. Histoire aussi d’assurer la sécurité de ces derniers.

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Sans titre 17.jpg ©TU/e