Le trail francophone a ses élites

Trois coureurs ont obtenu le statut d’élites trail au sein de la LBFA, la ligue d’athlétisme. Objectif: s’illustrer au niveau international.

Emmanuel Huet
Le trail francophone a ses élites
Trail des Hautes Fagnes 2015 spovv ©imagesports.be

Le trail, une discipline olympique? Certains en rêvent mais il faudra patienter au-delà de Rio pour que le dossier évolue… Le trail est une discipline en vogue qui s’inscrit dans la foulée des joggings et marathons. Le trail, c’est de la course nature à l’état pur, à travers les bois, par-delà les montagnes en affrontant les obstacles naturels plutôt qu’en les contournant. Longtemps dénigrée par les différentes fédérations d’athlétisme, la course hors stade – comprenez en dehors de la piste d’athlétisme – a pris un bel envol populaire au cours des dernières années. Le trail est désormais plus encadré et est repris – partiellement – en main par les fédérations nationales et internationales, conscientes d’être passées à côté de leur sujet pendant des années… Mais cette prise de conscience tardive est aussi largement critiquée par les puristes qui revendiquent l’indépendance de leur discipline.

La Fédération Wallonie-Bruxelles vient de financer la Ligue Belge Francophone d’Athlétisme (LBFA) pour soutenir l’élite des trailers francophones. Le dernier week-end de novembre a permis de concrétiser cette mise en place. Suite à un appel à candidatures, trois sportifs ont été sélectionnés pour intégrer un programme d’entraînement et d’encadrement médical, diététique…

Étienne Van Gasse fait logiquement partie de ce trio. Actuellement, il est le seul Belge en mesure de tutoyer le gratin mondial. Sur le très relevé marathon du Mont-Blanc, il s'est hissé dans le Top 10 en juin dernier. Le reste de l'équipe sera composé d'Olivier Remacle et de Patrick Dortu. « Nous avons reçu une trentaine de candidatures, confirme Dimitri Neimry, le coordinateur. Maintenant, nous avons trois gaillards hypermotivés avec un bon esprit trail.» Le projet s'inscrit dans un programme de trois ans «avec l'objectif de faire ressortir les athlètes au niveau international.» Le marathon du Mont-Blanc sera l'objectif principal de la saison à venir. Actuellement, il n'est pas question de viser des ultra-trails (supérieurs à 100 km): «On n'a pas le vivier pour. Les résultats au championnat du monde à Annecy en attestent. Sur les ultras, la part de non maîtrisable intervient beaucoup plus».

L'avantage d'intégrer le team, ce sera de permettre aussi aux trois coureurs de pouvoir effectuer des stages en altitude. Le sud de la Belgique permet d'enfiler les dénivelés mais il n'est jamais question de montagne et de côtes sur plusieurs kilomètres. Le team a ainsi prévu de partir en stage à Millau, à Chamonix, sur l'épreuve de Sierre-Zinal… «Notre portefeuille n'est pas extensible», rappelle le coordinateur. L'équipe pourrait aussi être amenée à s'agrandir en accueillant un coureur supplémentaire, ou une dame.

« On n’est pas là pour se prendre la tête »

Étienne Van Gasse, intégrer «l’élite trail» de la LBFA, c’était une occasion à ne pas manquer?

Je n’ai pas hésité. Je me suis dit que c’était un moyen supplémentaire pour atteindre mes objectifs. Cela permet de s’approcher un peu plus du monde professionnel.

En quoi pensez-vous que cela va améliorer votre niveau?

Ce n’est pas toujours évident au niveau personnel d’atteindre les objectifs. Il faut payer les stages, prendre des congés sans solde. Et puis, il y a tout le problème de timing avec la famille. Ici, on ne devra s’occuper de rien. Et c’est aussi intéressant d’avoir le point de vue extérieur donné par un autre coach.

Mais vous serez toujours confronté au problème de timing.

Heureusement que je suis enseignant et professeur d’éducation physique. Cela me permet d’être toujours actif et de ne pas être stressé en période d’examens.

Ce soutien sera profitable pour vous amener au prochain marathon du Mont-Blanc dans des conditions idéales?

Oui, cela reste mon objectif. Je devrais être mieux préparé cette année même si ça pourrait être un peu juste de refaire un Top 10. Mais j’aurai une meilleure préparation hivernale et je connaîtrai un peu mieux les cailloux. Pour faire mieux, ça dépend de qui est là… Si on ajoute Kilian (Jornet) et d’autres bêtes de guerre, ça sera plutôt la 12e place alors…

Vous êtes également membre du team Salomon Belgique, il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux?

Non, ce n’est pas comme si on était des footeux avec un contrat de 30 millions d’euros. Je courrai en Salomon et pour les représentations, j’aurai l’autre marque. On reste en trail et on n’est pas là pour se prendre la tête.