Tarik Moukrime et son cancer: «Je suis en pleine renaissance»

Un an après avoir pris connaissance de son cancer des testicules, Tarik Moukrime se sent d’attaque pour aller aux JO 2016.

David Lehaire
Tarik Moukrime et son cancer: «Je suis en pleine renaissance»
moukrime ©Belga

C’est l’histoire d’un mec qui a déboulé sans crier gare jusqu’à la 8e place du 1 500 m européen de Zürich en août 2014. Celle d’un demi-fondeur talentueux qui apporta d’emblée un vent de fraîcheur sur l’athlétisme.

Aujourd'hui, c'est surtout l'histoire très forte d'un type qui revient de l'enfer. Car depuis son apparition en Suisse, Tarik Moukrime a dû mener un combat bien plus délicat. Celui contre la maladie. «Quand on m'a annoncé il y a juste un an que je souffrais d'un cancer des testicules, mon monde s'est écroulé, dit le Verviétois. Je ne comprenais rien.»

Opéré début décembre, il dut passer par une lourde chimiothérapie. «Cela a duré six semaines. J'en ai bavé. Il y a des moments où je ne parvenais plus à tenir debout, où les nausées étaient insupportables et où je n'avais plus de force.» Mais il a tenu bon. «Parce que j'étais décidé à aller de l'avant et à gagner cette bataille.»

Désormais, il arbore un large sourire. À le voir enchaîner les tours de piste à une vitesse folle, on comprend que Tarik est redevenu un athlète de haut niveau. «Me trouver à Lanzarote est très symbolique pour moi. C'est ici que l'on m'avait appris la terrible nouvelle. Quelques jours plus tard, j'avais quand même tenu à prendre le départ de la manche roularienne de la CrossCup. Parce que je ne voulais pas inquiéter ma maman qui se remettait d'une lourde épreuve. Mais bon, à Roulers, j'ai mal couru…» Son esprit était ailleurs, bien sûr. «Le 29, j'y serai de nouveau et, cette fois, ce sera une autre histoire.»

Bien dans son corps, il s'estime plus fort que jamais dans sa tête. «Quand j'ai effectué mon stage mi-juillet au Kenya, j'ai failli tout arrêter. Parce que j'étais complètement à la rue. Mes souffrances étaient énormes. C'était l'enfer. J'ai douté. Je me suis isolé dans ma chambre, j'ai réfléchi et je me suis dit que je ne pouvais pas abandonner, pas après tout ce que j'avais déjà enduré. Ce fut le déclic pour moi. J'ai commencé à prendre du plaisir et à accepter que tout n'irait pas aussi vite que je l'avais cru au début.»

Cet homme de 23 ans voit la vie autrement. «À côté d'une chimio, l'entraînement le plus dur qui soit c'est de la rigolade. Mon seuil d'acceptation de la douleur est beaucoup plus élevé qu'avant ma maladie. Après mon traitement, je suis reparti de zéro. Il a fallu tout reconstruire. Ma présence à Lanzarote, je la vois comme une vraie renaissance. Et je profite de chaque instant.»

Quand il dit cela, il ne peut s'empêcher de penser à la petite Natacha. «C'était une fille adorable. J'avais appris qu'elle était atteinte d'un cancer du cerveau. Comme elle était de Verviers, j'ai fait de mon mieux pour la soutenir. Son rêve était de franchir une ligne d'arrivée. On est allé sur la piste. Plusieurs fois, je lui ai demandé si elle voulait qu'on arrête un peu. Elle me faisait des gros yeux et me disait que je devais aller jusqu'au bout même si j'étais fatigué. Elle avait 4 ans et je me dis qu'elle m'a apporté beaucoup plus que ce que j'ai pu lui donner. Quand je pense à elle, j'estime ne pas avoir le droit de me plaindre. J'ai des cicatrices sur le corps qui me rappellent mon opération mais je suis là.»

Et plus déterminé que jamais à décrocher son ticket pour les JO de Rio. «Ce serait grandiose! C'est un rêve et je compte bien en faire une réalité. Je devrai courir au niveau de mon record (3:35.96, les minima étant de 3:36.00) mais je veux y arriver…» Pour que son histoire redevienne celle d'un athlète hors du commun.