Luc Huberty: 20 ans de projets et d’accomplissements, ça se fête

Loin de laisser les épreuves de la vie prendre le dessus, Luc Huberty a décidé de faire de son handicap une force et un atout. Aujourd’hui, son combat, c’est de partager et transmettre.

Caroline viatour
Luc Huberty: 20 ans de projets et d’accomplissements, ça se fête
À 57 ans, le parcours de Luc Huberty force le respect. Sportif accompli, échevin engagé, président altruiste de l’ASBL Leg’s Go, l’Amaytois n’a de cesse de vouloir aider les autres. ©- C.Vi.

Il nous accueille le regard lumineux, le sourire facile et une apparente légèreté à travers lesquels il est difficile de déceler un destin boulversé. À peine installé à la terrasse d'un café, Luc Huberty, donne directement le ton: «Je ne veux pas qu'on parle de moi mais plutôt des projets mis en place et des messages positifs à faire passer à ceux qui souffrent. Je veux que ceux qui liront l'article se disent: si ce vieux-là y arrive bien, alors pourquoi pas moi?» L'Amaytois reste humble et pourtant son parcours force le respect. Alors, attardons-nous-y quelques instants. Parler de Luc Huberty, c'est retracer une vie qui ne fut pas toujours facile sans pour autant avoir été une vallée de larmes. En 2001, âgé de 37 ans, il voit son destin basculer pour toujours. À la suite d'un accident, il est amputé de la jambe droite au-dessus du genou. 20 ans après, un anniversaire qui a du sens pour lui, quel regard porte-t-il sur sa vie? «Avant cet accident, je brûlais la chandelle par les deux bouts, j'étais un entrepreneur avide de réussites et aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas», analyse-t-il. Altruiste et dévoué, Luc Huberty a fait de sa différence, sa plus belle force. Mais tout n'a pas toujours été facile, loin de là. Les 5 étapes du deuil, il ne les connaît que trop bien. «Au départ, j'ai évidemment eu du mal et je suis tombé dans certains excès, confie l'Amaytois. J'ai été très bas mais grâce au soutien familial, j'ai pu remonter la pente et me reconstruire. Aujourd'hui, si je regarde en arrière, j'ai presque envie de dire que cet accident a été la chance de ma vie. Je suis un homme meilleur aujourd'hui et fier du chemin parcouru.»

Son handicap, c'est aussi une histoire de nouveau départ et de renoncement. Sur son lit d'hôpital durant 1 an et demi, les amis ont laissé place au silence et les sourires bienveillants ont commencé à se faire absents. La descente aux enfers. Mais qu'à cela ne tienne, il a fait face: «À la fin, il ne me restait plus que mes parents. J'aimais plaire et je me suis retrouvé avec une jambe en moins, c'est difficile à accepter. Il m'a fallu du temps pour me voir dans une glace. Le regard des autres a changé au fur et à mesure. Finalement, le handicap, il n'existe que dans le regard que l'on se porte à soi-même ou dans celui des autres. La première étape, c'est de s'accepter.»

La thérapie par le sport

Ce qui l'a sauvé? Le sport. «J'étais nageur de haut niveau quand j'étais gamin et puis j'avais laissé ça de côté, rappelle Luc Huberty. Après mon hospitalisation, les médecins m'ont conseillé de reprendre la nage car j'étais resté alité longtemps et que je devais me remuscler. Arriver sur une seule jambe à la piscine a été un moment marquant et a fait partie de mon processus de reconstruction.» Au fur et à mesure, il a repris confiance et goût en la discipline sportive de son enfance. Mais le tournant décisif, c'est en 2012: «C'était au moment des Jeux olympiques. Il y a un extraterrestre qui débarque: Oscar Pistorius, avec ses deux lames de sports et qui court plus vite que les valides. Je n'avais jamais vu ça. J'ai tout de suite téléphoné à mon prothésiste en lui disant que je voulais être triathlète et essayer la prothèse de course.» Luc Huberty ne voulait plus seulement nager, il voulait courir, faire du vélo, il avait soif de vivre et de se challenger. «J'ai commencé par de petites courses, à mon rythme et, même si j'arrivais bon dernier au début, j'étais applaudi par tous les autres coureurs, se rappelle-t-il avec nostalgie. C'était de magnifiques moments parce qu'à ce moment-là, on prend conscience qu'on peut être fier de son handicap. Ce qui m'attire dans le sport, c'est le dépassement de soi.»

«Je visais les Jeux paralympiques»

Le besoin de faire du sport est devenu ensuite une obsession: «Je visais les Jeux paralympiques. Je me suis dit qu'en tant que seul belge qui pratiquait le triathlon avec une seule jambe, j'étais sûr de pouvoir participer. Je ne savais pas qu'il fallait obtenir 95% du record du monde dans la discipline pour être retenu.» Une nouvelle épreuve qui a poussé le paratriathlète à se réinventer et à trouver de nouveaux combats à mener. En 2015, l'ASBL Leg's go voyait le jour afin de permettre aux personnes amputées d'être équipées de prothèses adaptées à la course. L'aboutissement d'une vie. «Le meilleur moment de ces dernières années a été le geste symbolique d'offrir la première prothèse de course à quelqu'un et d'avoir beaucoup travaillé pour y parvenir. Parce que j'ai vu tout ce que ça a pu m'apporter à moi, se remémore Luc Huberty. Je m'étais reconstruit grâce au sport et j'allais pouvoir offrir cette même chance à une autre personne.»

Depuis plusieurs années, le sportif engagé se sent investi d'une mission, celle de transmettre son histoire. Aujourd'hui, son combat est d'aider les autres et il compte sur la relève pour poursuivre le travail. Et les 20 prochaines années, de quoi seront-elles faites? «Sur le plan sportif, continuer de m'épanouir autant que je le peux. Au niveau de l'ASBL Leg's go, des jeunes arrivent et je veux que la relève soit là. Je veux que le projet continue et me préparer tout doucement à faire un pas de côté, confie-t-il. Pour le reste, je veux continuer d'aider ceux qui en ont besoin et, par-dessus tout, profiter de la vie.» Voilà qui est bien dit.

Il n’aurait pas aimé qu’on le dise mais quelques libertés seront prises par rapport au discours de départ. Parce qu’il est des histoires qui valent la peine d’être racontées. La vie du paratriathlète, c’est une incroyable leçon de courage et d’optimisme, la preuve que rien n’est impossible. À chacun son défi, pourvu qu’on se donne les moyens d’y parvenir. Luc Huberty sera un jour l’Oscar Pistorius de quelqu’un, c’est certain. Et «ce vieux-là», aura alors tout gagné.