Un jeune élite du judo belge: «Trop de pression des entraineurs»

Simon Scohier et son père dénoncent «la pression exercée sur les jeunes judokas». Ce que dément fermement la Fédération francophone de judo.

Alan Marchal
Un jeune élite du judo belge: «Trop de pression des entraineurs»
Simon Scohier regrette de «ne pas avoir été écouté assez par mes entraîneurs». ©EdA - Alan MARCHAL

Voilà une sortie qui n’est pas passée inaperçue dans le milieu du judo francophone! Il y a une semaine, le judoka Simon Scohier, soutenu par son père Frédéric, a ouvertement manifesté son mécontentement dans la presse. Principale critique, «la pression exercée par la cellule sportive de la Fédération francophone de judo sur les jeunes athlètes».

«Je pense que c’était le bon moment pour en parler, estime le compétiteur gerpinnois. Cela faisait plusieurs mois que je serrais les dents. J’en étais arrivé à un stade où je ne pouvais plus garder ça pour moi.»

À bientôt 21 ans, Simon Scohier pointe notamment du doigt les régimes à répétition auxquels il était soumis. «J’ai évolué en moins de 66 kg pendant de longues années mais, dernièrement, j’avais de plus en plus de mal à repasser sous cette barre avant les compétitions. Perdre entre 3 et 4 kilos à chaque fois m’épuisait. C’est pour ça que je n’arrivais plus à enchaîner les combats en compétition. Et quand j’ai évoqué l’idée de monter dans la catégorie supérieure (-73 kg), qui me correspondait beaucoup plus, le staff m’en dissuadait. Pour eux, ma place était en moins de 66 kg et pas ailleurs. Et puis, il y a cette charge de travail qu’on nous impose...»

Comme il l’avait déjà expliqué dans les colonnes de Sudpresse il y a une semaine, le nouveau sociétaire du J.C. Mons estime aussi que les jeunes judokas ne sont pas suffisamment «préservés»: «On ne nous laisse pas assez de temps de repos. Après un stage, on peut parfois enchaîner avec une semaine complète d’entraînements. Ce n’est pas bon pour notre corps. On joue avec notre santé parce que c’est impossible de se soigner complètement dans ces conditions.» Et le judoka d’évoquer en exemple une entorse de la cheville encourue il y a un an et qui le fait toujours souffrir.

Derrière son fils, Frédéric Scohier abonde dans son sens. «Je me souviens avoir vu Simon se mettre à pleurer en sortant d’un entraînement national, raconte le papa. À l’époque, je ne comprenais pas très bien ce qu’il avait. Je me suis même dit qu’il manquait peut-être de caractère, mais je me trompais. Aujourd’hui, je me rends compte qu’il était malheureux sur le tapis. Il avait comme une chappe de plomb sur ses épaules. Il en aurait fait une dépression si on n’avait pas réagi à temps.»

Persuadé que son fils n’est pas le seul dans cette situation, Frédéric Scohier l’assure: «Je ne remets pas en cause les qualités techniques des entraîneurs de la fédération mais je sens bien qu’ils n’écoutent pas suffisamment les jeunes judokas. Ils ne voient pas combien certains de leurs athlètes sont malheureux ou stressés à l’idée de mal faire. Il faut que ça change!»

La FFBJ «attristée par ces propos»

Remise en cause par Simon Scohier et son papa, la cellule sportive de la Fédération francophone de judo ne veut pas polémiquer: «Pour nous, il est hors de question de rajouter de l'huile sur le feu.»

Interrogée sur les critiques formulées par l'élite carolo, la cellule reconnaît être «attristée» par ces propos. «Notre politique a peut-être des faiblesses mais nous essayons d'être le plus juste possible avec tous les judokas», souligne Cédric Taymans, le directeur technique de la FFBJ.

Rappellant que «les critères de sélection sont les mêmes pour tout le monde», la cellule sportive de la fédération poursuit: «Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les jeunes à atteindre leurs objectifs. Pas plus tard que ce week-end, ils sont quatre à être montés sur le podium de l'European Cup U21, à Gdynia. Cela signifie quelque chose quand même...»

Quant à une «possible rupture» avec Simon Scohier, la réponse de la FFBJ est claire: «Nous ne fermons la porte à personne et nous sommes prêts à parler avec tout le monde, comme nous l'avons déjà fait avec Simon. D'ailleurs, il est toujours le bienvenu aux entraînements.»

Clairement en froid avec la fédération depuis plusieurs mois, Simon Scohier privilégie désormais un accompagnement plus personnalisé. «Je travaille avec un préparateur physique qui m’est propre car il s’adapte à mes besoins, à mon poids et mes temps de repos», renchérit le judoka. Et son père Frédéric d’ajouter: «Parce que le plan d’entraînement proposé par la cellule sportive n’est pas adapté aux besoins de chacun. Bien sûr, vous trouverez toujours des talents purs qui parviendront à s’y faire, mais ce n’est pas le cas de tous les athlètes. Dans le cas de Simon, c’est clair: il écoutera désormais son corps avant les conseils de la Fédération.»

«Qu’on nous comprenne bien: nous ne sommes pas frustrés par des non-sélections pour des compétitions à l’étranger, assure Frédéric Scohier. Mais nous souhaitons juste que la cellule sportive se remette un peu en question. Comment? En étant plus à l’écoute des judokas et de leurs entraîneurs de club, en proposant des entraînements plus variés et en instaurant une personne de confiance à qui les compétiteurs pourraient parler quand ils se sentent moins bien.»

Conscient qu’il vient de prendre un virage dans sa carrière, Simon Scohier veut prouver qu’ll a raison de s’écouter: «A Lommel, pour ma seule compétition en moins de 73 kg, j’ai rempoté mes cinq combats de la journée. Cela me conforte dans l’idée que j’ai ma place dans cette catégorie. Aujourd’hui, je me sens plus libre et heureux dans mon judo. Et je compte bien le montrer à tout le monde.»