Ramdam festival: un film dédié à toutes les battantes ignorées

Isabelle Detournay présente son premier long-métrage ce samedi au Ramdam. Il aborde le quotidien de femmes sans abri dans les rues de Bucarest.

Caroline Poulain
 Ilinca est une femme de 38 ans, sans domicile fixe. Le documentaire d’Isabelle Detournay (en médaillon) nous fait partager son quotidien.
Ilinca est une femme de 38 ans, sans domicile fixe. Le documentaire d’Isabelle Detournay (en médaillon) nous fait partager son quotidien. ©ÉdA – 60422574367 

Isabelle Detournay, photographe tournaisienne qui vit désormais à Bruxelles, est l’une des réalisatrices à présenter son documentaire au Ramdam festival 2023. Il s’agit de son premier long-métrage, il s’intitule "Quand Nicoleta travaille" et sera diffusé ce samedi à 13 h 40.

Avec sa caméra, Isabelle Detournay suit le quotidien de personnes gravitant autour de la gare du Nord de Bucarest, essentiellement des sans domicile fixe. "Le projet a commencé quand un jeune homme sans-abri a attiré mon regard lors d’un événement sportif. J’ai commencé à le photographier. Quand je suis revenue à Bucarest, j’ai eu envie de le retrouver pour continuer à le photographier. On m’a dit qu’il traînait du côté de la gare du Nord, mais je ne l’ai pas retrouvé. J’ai alors pensé à photographier les sans-abri qui s’y trouvaient, mais cela n’allait pas faire évoluer le sujet. C’est pour cela que j’ai commencé à filmer, pour gagner en subtilité, raconter un récit, voir des corps en mouvement… ", raconte Isabelle Detournay venue en Roumanie en tant que professeur de photographie dans le cadre un échange entre deux écoles d’art.

Le quotidien de quatre femmes

Alors que dans un premier temps elle pensait composer son film comme "une sorte d’entassement de moments avec des gens de la rue", Isabelle a changé son fusil d’épaule en rencontrant celles qui seraient les protagonistes de son long-métrage: Ilinca, Melinda, Nicoleta et Nella. "Au cours de mon tournage, j’ai un peu recentré mon angle sur elles. Ce sont quatre femmes qui se connaissent mais qui évoluent séparément, cependant elles sont toutes attachées à la gare ".

L’objectif d’Isabelle Detournay pénètre ainsi petit à petit dans la vie de ces femmes, tantôt de manière plus intime, tantôt moins. On y découvre les réalités de la rue avec ses côtés sombres qui sont évoqués avec simplicité et sans jugement. Le rapprochement entre la réalisatrice et ses sujets devient au fur et à mesure naturel et nous emporte dans un quotidien plus vrai que nature.

"À force, un lien s’est tissé entre nous et elles attendaient toujours que l’on se revoie le lendemain. Parfois, j’étais attendue, elles m’appelaient pour que je les rejoigne", s’amuse Isabelle Detournay qui a gardé contact avec quelques-unes d’entre elles.

S’écouter sans se comprendre

La particularité de ce documentaire repose sur le décalage de la langue entre les protagonistes parlant essentiellement le roumain et la réalisatrice qui ne le maîtrise pas. "J’ai finalement trouvé cela intéressant de tourner de cette manière, sans savoir exactement ce qui se disait. Cela m’a permis d’éviter tout jugement, car je n’avais pas la capacité de comprendre, c’était plutôt positif pour le film. Alors, oui, je me rendais compte sans être sûre à 100% qu’il y avait des choses importantes qui se disaient ; j’entendais bien par moments qu’ils parlaient de crime et de violence, mais sans interpréter avec certitude. Ce sont des amis, des connaissances roumaines, qui ont aidé à traduire les séquences, c’était vraiment un film sans budget", explique la réalisatrice qui remercie son entourage qui a pu contribuer à la finalisation de ce projet.

Le film d’Isabelle Detournay parvient à captiver le spectateur par la puissance des histoires racontées et la force des images. Isabelle Detournay dédie "Pendant que Nicoleta travaille" à sa mère mais aussi à toutes les battantes ignorées.

Isabelle Detournay sera présente lors de la projection de son film ce samedi 21 janvier à 13 h 40.

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