Le Tournai d’avant : Notre-Dame de Grâces, si accueillante

Une chapelle à jamais close, une tour abbatiale ruinée, sont des témoins, à la chaussée d’Antoing, de l’abbaye des Près dite de St-Médard qui a participé étroitement à plusieurs siècles d’histoire de Tournai.

Étienne Boussemart

C’est une véritable odyssée vécue par les chanoines de St-Augustin dont nous ne verrons que les premiers temps. Ceux qui président à leur installation en 1126 dans la paroisse Sainte-Catherine, lieu peu compatible à la prière, leur déménagement sept ans après dans les prés de Chercq où ils bâtissent abbatiale et bâtiments claustraux.

 Vue générale vers l'autel.
Vue générale vers l'autel. ©EdA

Le calme leur est assuré. Sauf quand les iconoclastes ravagent l’abbaye en 1566 ou lorsque l’Escaut sort de ses berges basses et déborde. Les problèmes sont récurrents, les fouilles de François Baptiste le prouvent, ce qui ramène les chanoines à St-Piat, à deux pas des Récollets. Mais ils pensent aux voisins chrétiens.

Priez et comptez

En 1608, l’abbé Nicolas III de Godebrye, grand bâtisseur, affirme que le chanoine Vos "a voulu procurer aux habitants du faubourg de Valenciennes une grande facilité de remplir leurs devoirs religieux et fin construire, en 1616, une chapelle en l’honneur de Notre-Dame de Grâces".

Par F. Paul Carpentier actif au XVIIe, la Sainte Famille.
Par F. Paul Carpentier actif au XVIIe, la Sainte Famille. ©EdA

Au-dessus de la porte d’entrée, une niche avec la statue de Notre-Dame et cette inscription latine : "DICant pII VIatores aVe Maria gratiae". Une invitation aux voyageurs pieux de réciter un "Je vous salue Marie". Les majuscules sont censées donner la date d’érection soit 1616.

Des recherches plus récentes aux archives de la cathédrale réfutent la date selon laquelle "le chapitre de Tournai réuni le 2 mai 1653, accueille favorablement la requête de l’abbé Marc Denis de construire au faubourg de Valenciennes une chapelle en l’honneur de la Vierge" Ceci accrédite la date de 1666 préconisée à ce jour. Vos n’aurait pas pris en compte un L (50).

 En façade, une statuette de N-D de Grâces, oeuvre du Tournaisien Debaisieux.
En façade, une statuette de N-D de Grâces, oeuvre du Tournaisien Debaisieux. ©EdA

L’abbaye abandonnée, les habitants se sont attachés à cet accueillant lieu de culte. Les offices les rassemblent en si grand nombre que, la mode aidant, l’oratoire fait partie des promenades favorites des dames. Vers 1850, il faut l’agrandir côté chœur, la doter d’une sacristie due à la famille Longueville au début du vingtième siècle. Y est conservée la dalle funéraire de l’abbé Dupré. Une confrérie à laquelle le pape Pie VII accorde des indulgences est avérée en 1816.

 Au-dessus de l'autel, statue de Notre-Dame de Grâces, en bois doré, du XVIIe.
Au-dessus de l'autel, statue de Notre-Dame de Grâces, en bois doré, du XVIIe. ©EdA

En 1954, la chapelle est dans un état lamentable alors que l’Évêché l’achète et la restaure. Car dans les années 1980, l’abbé Vandercammen y célèbre chaque jour la messe. Puis ne subsiste plus que la neuvaine de mai à Marie. Mais à quoi bon ? C’est finalement un privé qui "pour ne pas la voir tomber en ruines" s’en rend acquéreur vers 2014. L’Église reprend alors certains ornements.

Jusque-là, le décor est du XIXe (clichés de 1990), avec une nef unique s’ouvrant avec une tribune d’orgue et se terminant en chevet plat accueillant l’autel de style Louis XVI.

La chapelle est bien dotée comme en témoigne l’inventaire de 1924 comportant 23 notices.

Dont:

 En façade, statuette de N-D de Grâces, oeuvre du Tournaisien Debaisieux.
En façade, statuette de N-D de Grâces, oeuvre du Tournaisien Debaisieux. ©EdA

En façade, statue de N-D de Grâces du XVIIe, en bois et mauvais état ; autel à grand retable en portique, tabernacle en bois évoquant l’incrédulité de St-Thomas ; Statue de N-D de Grâces en bois doré, XVIIe, sur socle à tête d’anges ; nombreux reliquaires, statuettes et bustes de saints, bois dorés ou polychromés XVIIe ; armoire à six portes, en chêne dont deux sculptées des figures de St-Pierre et St-Paul, XVIIIe.

Deux tableaux de grande taille, l’un de la Sainte Famille, signé F. Paul Carpentier, actif jusque 1700 ; l’autre tableau représente le miracle de St-Hubert, non authentifié, style Louis XVI. (Ces tableaux ont été gardés surplace par l’acquéreur).

L’avenir de cet oratoire, restauré du clocheton à l’harmonium et entretenu parfaitement, demeure du domaine privé. Mais Notre-Dame de Grâces est toujours dans niche. Qu’elle vous protège en cette année qui vient.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...