Le Parisien Henry Lerolle ressuscite à Tournai

Les Editions Cultura Memoria (Tournai) viennent de publier un très bel ouvrage consacré au Parisien Henry Lerolle (1848-1929), peintre raffiné, brillant collectionneur…

Géry Eykerman

Le nom d’Henry Lerolle ne vous dit rien ? Normal. Ce peintre parisien (1848-1929) tout de même exposé au Met à New York, est aujourd’hui oublié. Parce qu’il n’avait pas le génie d’un Degas ou d’un Renoir ? Sans doute. Mais il n’était pas dénué de talent pour autant. "Bien qu’il ait retenu la leçon de l’impressionnisme avec sa touche claire et son expression poétique, son style n’était ni académique, ni impressionniste mais résolument naturaliste, avant d’évoluer vers une touche symboliste" écrit Aggy Lefebvre dans la monographie qu’elle lui consacre.

Un homme de bien

Le Parisien Henry Lerolle ressuscite à Tournai

Catholique et dreyfusard à la fois, Henry Lerolle cumule diverses qualités humaines dont la lucidité et la modestie… S’il est reconnu de son temps – il passe allègrement de tableaux intimes à de très grand format, et ne manque jamais de commandes: on lui doit de vastes décorations à la Sorbonne, à l’hôtel de ville de Paris, dans de multiples églises -, il intègre, et cela sans aigreur, que certains de ses amis (Degas, Renoir…) passeront bien plus que lui à la postérité.

Alors, comme il a les moyens, étant issu d’une bourgeoisie fortunée et intellectuelle, cet homme, également très bon violoniste, doté d’une plume à entretenir de belles correspondances, se fait collectionneur et mécène.

En son domicile, avenue Duquesne à Paris, on voit tout aussi bien Camille Claudel, Degas, Gauguin, Puvis de Chavannes, Renoir que Albeniz, Chausson (son beau-frère), Debussy, Duparc, Satie, Ysaye, ou encore Claudel, Gide, Mallarmé, Valéry et bien d’autres.

L’apogée culturel d’avant 1914

Pour Marc Quaghebeur chez qui s’est tenue la présentation de l’ouvrage: "Lerolle a participé pleinement à l’apogée culturel de la troisième république avant la catastrophe de 14. Le salon Lerolle, c’était l’anti-salon Verdurin (cfr. Proust)"

On n’est pas là dans l’imitation ou la superficialité: on est dans l’authenticité et la recherche. Il se dit que c’est "avenue Duquesne" que Debussy teste son Pelleas et Melisande. C’est auprès d’Henry Lerolle que Camille Claudel cherche du soutien. Lerolle est aussi le premier à acheter un tableau de Maurice Denis, etc.

Au cours de sa vie, Lerolle acquiert quelque deux cents œuvres de Besnard, Bonnard, Boucher, Claudel, Degas, Delacroix, Fantin-Latour, Gauguin, Géricault, Ingres Morisot, Paulin, Puvis, Poussin, Proudhon, Renoir, Rodin, Rops, mais aussi Raphaël, Rembrandt, Titien, Van Dijck… Lui-même, sa femme, ses enfants sont portraiturés par divers artistes dont Renoir.

Les œuvres de Lerolle sont aujourd’hui exposées essentiellement en France et aux États-Unis. Celles de sa collection ont été disséminées petit à petit après la mort de sa veuve en 1937, auprès de privés, de marchands et d’institutions publiques, à nouveau surtout en France et aux États-Unis.

« Henty Lerolle Paris 1848-1929 », Société des Amis d’Henry Lerolle, Cultura Memoria. Format 32x25, 270 p. 70€. www.culturamemoria.com

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