Le Tournai d’avant: place du Vieux Marché aux Vaches, un monument refusé ailleurs

En 1832, la traversée d’une partie de l’armée française vaut à Tournai un rappel de gratitude et de son indépendance: le monument aux Français érigé sur la place du Vieux Marché aux Vaches (devenue place de Lille).

Étienne Boussemart

Les victoires du parc de Bruxelles en septembre 1830, la libération des villes belges, ne peuvent gommer le revers de la médaille: Guillaume d’Orange veut récupérer les territoires qui lui ont été alloués par les Alliés. Mais, en cette période troublée, ses troupes sont refoulées inexorablement.

Refusant le traité des XXIV articles (15. novembre 1831), son armée occupe toujours la citadelle d’Anvers et les forts de la rive gauche, l’armée belge est maîtresse de la métropole et de la lunette (ouvrage avancé) de Montebello. Un nœud gordien qui prive la Belgique de son port.

 Le socle de la colonne se met en place grâce à une chèvre qui nous semble bien archaïque.
Le socle de la colonne se met en place grâce à une chèvre qui nous semble bien archaïque. ©ÉdA

Foire d’empoigne

Un fameux contretemps pour les États qui, à peine sortis des guerres napoléoniennes, se voient contraints de se pencher sur ce nouveau dilemme.

Ce ne sera pas simple. Chacun veut sauvegarder ses droits, défendre ses priorités... Un imbroglio dont l’Autriche, la France, la Grande Bretagne, la Prusse et la Russie se sortent lors du traité de Londres du 15 novembre 1831 stipulant "la séparation définitive de la Belgique avec la Hollande".

 Ce 19 septembre 1897, la foule est nombreuse lors de l’inauguration du monument.
Ce 19 septembre 1897, la foule est nombreuse lors de l’inauguration du monument. ©ÉdA

On en retient la fixation (provisoire) des frontières, le choix du prince Léopold comme Roi des Belges le 4 juin 31, et la notification à la Hollande (22. octobre 1832) d’un siège devant la citadelle d’Anvers par une armée française. Le diplomate belge est Tournaisien de naissance, le comte Albert-J Goblet d’Alviella

L’arme au pied

L’armée française sous commandement du maréchal comte Gérard, forte de 65 000 hommes, 14.000 chevaux et 80 bouches à feu, franchit la frontière belge le 15 novembre 1832. Une brigade de la division Fabre, des unités d’artillerie et le 50e de Ligne sont acclamés à leur passage à Tournai.

Des discussions à n’en plus finir, c’est la conférence de Londres vue par un caricaturiste.
Des discussions à n’en plus finir, c’est la conférence de Londres vue par un caricaturiste. ©ÉdA

Le siège d’Anvers se déroule selon deux phases distinctes, l’une du 29 novembre au 13 décembre avec la prise de la lunette Saint-Laurent, le seconde jusqu’à la capitulation signée le 24 décembre.

Commandant, le général Chassé se rend compte que les assiégeants sont supérieurs alors qu’il ne peut espérer aucun secours, les escadres franco-anglaises bloquent l’Escaut.

Durant toutes ces opérations meurtrières (108 tués et 687 blessés français), l’armée belge, sur place, reste l’arme au pied, elle n’a pas le droit d’intervenir.

 La citadelle d’Anvers ne résistera pas longtemps aux Français et à leurs armes.
La citadelle d’Anvers ne résistera pas longtemps aux Français et à leurs armes. ©ÉdA

Gratitude

Les décennies se sont succédé dans le silence avant "qu’un comité se fonde à Bruxelles dans le but essentiel de payer une dette de reconnaissance à une nation amie". Ainsi discourt Gustave Carbonnelle, président du comité tournaisien, le 16 septembre 1697 lors de l’inauguration du monument.

Tournai aurait été choisie, sans preuves formelles, parce qu’Anvers, sollicitée en 1694, n’a pas accédé à l’érection de ce monument afin de ménager la susceptibilité hollandaise dans le cadre de ses échanges commerciaux.

Le 29 janvier 1897, le conseil communal de Tournai décide que le monument sera érigé sur la place du Vieux Marché aux Vaches qui devient place de Lille. Par concours, l’architecte Constant Sonneville obtient la commande et la première pierre se pose en juillet. La statuaire est confiée à Debert, ancien des Beaux-arts de la ville.

 Dans le bronze sont figés des épisodes du siège qui coûta bien des vies aux Français.
Dans le bronze sont figés des épisodes du siège qui coûta bien des vies aux Français. ©ÉdA

Une foule énorme (il fut compté 16.000 coupons de chemin de fer) où se mêlent uniformes et redingotes, haut de forme et casquette, déborde de la place lors du tombé du voile. Les applaudissements fusent.

L’œuvre jouxte à merveille le réalisme par les écussons des neuf provinces attestant de l’union belge, par la gravure sur le bronze de scènes du siège et, surtout, par cette statue vêtue à l’antique brandissant la palme de la victoire à ceux qui sont venus de France achever la conquête de l’indépendance

Chaque année, la FNACA, par son hommage, fait œuvre de gratitude et de mémoire.

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