Tournai: Jacky Legge n’en est pas à l’heure de l’épitaphe !

La Maison de la Culture perd un pilier. Le MuFIm, son réenchanteur. Dieu merci, Jacky Legge n’en est pas à l’heure de l’épitaphe, juste celle de la retraite qui sera, on le devine, très occupée.

Géry Eykerman

C’est l’histoire d’un gamin d’Écaussinnes. Un dernier de famille, un orculeot comme on dit à Tournai. Un papa qui a été mineur puis a exercé une dizaine de métiers. Une maman, dame d’ouvrage. Des primaires ni bonnes, ni mauvaises. On le met en techniques. Il réussit bien… sauf en fer et bois. On lui donne sa chance dans le général. En internat à Nivelles. "La toute bonne décision en ce qui me concerne" insiste-t-il. Il achève ses humanités en littéraires-histoire.

Entre-temps, le peintre-céramiste Henry Lejeune, père d’un copain d’enfance, est devenu une sorte de mentor pour le jeune Jacky. L’ado côtoie Julos et d’autres artistes. Fin d’humanités. Il se verrait bien animateur radio mais annonce se préparer à devenir instit’. Sa titulaire de rhéto le lui interdit ! "Tu veux être animateur ? Alors fais ce qu’il faut pour devenir animateur."

En amour de Tournai

L’IAD ne retient pas sa candidature mais lui conseille l’IHECS, à Tournai à cette époque. Voilà Jacky au pied des Cinq clochers. Les premières nuits, il est hébergé chez Marie-Ange Beaucarne, la sœur de Julos. Puis il kotte, en communauté. "Tournai, c’est une ville française égarée en Belgique , j’en suis tombé amoureux en quinze jours" dit-il. Il fréquente la Mauvaise Herbe (chez Baudouin) et la Maison de la Culture, alors installée à la Halle aux Draps. Il en devient le délégué auprès de l’IHECS, et "ouvreur" lors des spectacles.

Animateur, acteur de son métier

Diplôme en poche, il entre "à la Culture" comme animateur. Jean-Marie Lefebvre est le tout nouveau directeur. Pour un mi-temps, Jacky forme un binôme avec Marc Secret au service des arts plastiques qui seront le fil conducteur de toute sa vie professionnelle.

"Mon autre mi-temps est plus flexible. (NDLR. ce qui lui permet de mener ou participer à d’autres projets: centre d’expression et de créativité, ateliers pour personnes handicapées," Bob Morane ", commission cimetière, soutien au x activités littéraires diverses…) Mais j’ai toujours été fidèle à la philosophie professionnelle de la Maison de la Culture: un animateur est un acteur de son métier, depuis la recherche de financement pour les projets qu’il conçoit jusqu’à la conquête d’un public. C’est très responsabilisant et donc valorisant."

L’ami des artistes, débutants ou confirmés

Si Jacky s’enracine de plus en plus à Tournai, il parcourt le monde quand l’opportunité se présente (Amérique du Sud, Moyen Orient, URSS, Afrique…) Tout voyage nourrit sa réflexion. Que l’on songe simplement au culte des morts sous toutes les latitudes, une de ses passions de Mulette au père-Lachaise !

Au fil des années, Jacky Legge monte, d’une part, des expos de jeunes artistes en devenir (beaucoup deviendront ses amis) et, d’autre part, plusieurs "rétrospectives" d’envergure. Comme on ne peut pas les citer toutes, on lui demande d’en évoquer trois, tout en mesurant les limites d’une telle question. Il répond: "le Compagnonnage. C’était bouleversant de découvrir des objets témoignant à ce point d’un sytème de valeurs […] Grard, il faisait autorité, c’était impressionnant, il avait près de 80 ans, je n’en avais pas 25. Le courant est passé, sa confiance m’a honoré et m’a accompagné pour la suite. […] Marcel Marlier, j’étais fasciné par ses dessins préparatoires. C’était un artiste d’un perfectionnisme absolu. Humainement, il cumulait l’humilité, la gentillesse, la fidélité en amitié."

Se limiter à trois, ce n’est pas oublier Caille, Dubrunfaut, Dudant, Huin, Muller, Noël, Prayez, Rolet, Salkin, Saudoyez, Vinche, Winance (les), ni encore Dervaux, Deblicquy, Meyers, et tant d’autres.

L’aventure du MuFIm

Jacky Legge a beaucoup publié. Sur les sujets déjà évoqués. Parfois aussi sur ses marottes, comme les empêche-pipi. Parfois en tant qu’écrivain lui-même.

Voici cinq ans, il a été détaché, à mi-temps, auprès de la "Maison tournaisienne" pour repenser le musée de folklore qu’il a étendu aux Imaginaires (MuFIm). Mission plus qu’accomplie: il a élagué énormément, rendu de la visibilité aux collections, créé de multiples angles d’approche, valorisé la continuité entre le patrimoine et les productions contemporaines. Un résultat au-delà de toutes les espérances. Le musée est monté de catégorie, a obtenu une subvention telle que le successeur de Jacky bénéficiera d’un temps plein.

Balle au centre

S’il est établi que Jacky Legge quittera ses fonctions à la Culture le 31 octobre (on procédait ce jeudi à l’audition des candidats à sa succession), ce n’est pas vraiment le cas au Folkore où la procédure de recrutement, certes lancée, n’est pas très avancée. De là à jouer les prolongations ? Peut-être quelque temps.

Quoi qu’il advienne, la dernière expo qu’il accueillera au MuFIm sera on ne peut plus liée au folklore tournaisien: elle sera consacrée à la rivalité et aux derbys Union-Racing. Clin d’œil à l’histoire personnelle de Jacky Legge, c’est un instituteur (Alexandre Szalai) qui l’a préparée. Ensuite balle au centre. Et il faudra bien s’habituer à jouer sans Jacky…