Le Tournai d’avant: avec le Traité de la Barrière, des défenses contre la France

La période est courte, seize années seulement mais elle plombe le quotidien et l’industrie de la ville et prépare à la révolution de 1830.

Étienne Boussemart

A Fontainebleau, entre le 6 et le 11 avril 1814, l’Empereur Napoléon 1er abdique. Le Traité de Vienne, sous la pression des vainqueurs (Grande-Bretagne, Prusse, Russie et Autriche) dessine le 9 juin 1915, par un texte final, une nouvelle carte de l’Europe. Pour nos régions, ce retour aux anciens Pays-Bas bourguignons se lit dans la réunion de la Belgique aux Pays-Bas. Tournai y est embarquée via le Traité de la Barrière.

L’ennemi est français

Le 17 février 1814, le général français Maison et ses sept mille hommes abandonnent la défense de l’Escaut et se retirent sur Lille. À cinq heures trente, les hussards prussiens se rangent sur la Grand-Place et le duc de Saxe établit son quartier général à Tournai.

 Il n'y avait pas de rue de la citadelle le corps de garde hollandais rejoignait les casernes.
Il n'y avait pas de rue de la citadelle le corps de garde hollandais rejoignait les casernes. ©EdA

Philosophe, le maire De Rasse rassure ses concitoyens et leur demande " de demeurer calmes et d’obéir aux puissances sous la domination desquelles il plaît à Dieu de les placer ".

Le premier soin des vainqueurs est de préserver l’avenir et donc, d’enfermer "l’ennemi commun" dans un carcan de défenses. Tournai, ville frontière, y est en première ligne.

Car, bien que Joseph II d’abord, puis les pionniers français en 1794, aient fait sauter moult défenses de la citadelle, ses vestiges seront remis, au moins en partie, en état de combattre. Ce sont les Anglais dès 1814, les Hollandais ensuite, qui exécutent cette restauration.

Grands travaux inutiles

De grands travaux inutiles. Car, dès 1867 la Belgique change sa ligne de défense (l’ennemi possible vient de l’est) et démantèle ses forteresses. Mais personne ne s’en doute et c’est vers la France que l’on relève ou construit des ouvrages défensifs.

 Bien conservée malgré quelques éboulements, la Lunette 2 garde cette rare rampe d'accès pour les canons.
Bien conservée malgré quelques éboulements, la Lunette 2 garde cette rare rampe d'accès pour les canons. ©EdA

Pour caserner de nombreuses troupes, le capitaine ingénieur H. Engelen va rebâtir les cinq blocs de la citadelle française détruits en 1816. Le 31 janvier 1817, pour 315.000 florins, Amé Payen est adjudicataire pour quatre bâtiments (à ce jour les n° 29 à 32) pouvant accueillir en cas de nécessité, 3500 hommes. Le 28 mars 1818, pour la construction d’un bloc pour officiers, c’est Jean-Baptiste Renard qui l’emporte pour 116.000 florins (bloc 29).

 Dans les casemates face au boulevard Albert, l'enfilade fait parfois place à des salles de tir.
Dans les casemates face au boulevard Albert, l'enfilade fait parfois place à des salles de tir. ©EdA

Ces blocs comportent des caves, un rez-de-chaussée et un étage. Ils sont garantis "à l’épreuve" des bombes par plusieurs mètres de terre répandus sur la plateforme. (Ce ne sont pas ceux visibles aujourd’hui).

Douze casemates à usages divers protègent la citadelle côté ville (vers le boulevard du Roi Albert); bien conservées en partie, elles sont l’objet de visites ponctuelles par l’ASBL Amis de la citadelle. Leur accès communique alors avec la citadelle via un large corps de garde en arcades.

 Massifs de brique retrouvés rue des Fougères et dessinés par l'historien militaire André Pirmez.
Massifs de brique retrouvés rue des Fougères et dessinés par l'historien militaire André Pirmez. ©EdA

Le réseau souterrain de De Mesgrigny est réaffecté dans sa partie sud-est (vers Barges) et en fin de course on peut voir encore, paraissant neuves, de superbes salles en briques.

Enfin, pour surveiller le vallon de Barges, deux forts sont construits par l’adjudicataire Duchâteau-Copette pour 102.000 florins en 1821 et achevés l’an suivant. L’un, le n° 2, rue des Fougères fut démantelé par des amateurs de matériaux. Le n°1, chaussée d’Antoing (en face des Ateliers Carton), en pentagone irrégulier, est superbement sauvegardé même si la nature a repris ses droits dans le fossé. On y retrouve ses remparts avec galerie de fusillade et, au bout d’un escalier assez raide, une galerie qui suit encore mais en partie seulement les flancs du fort ou, autrement dit, de la Lunette n°1; une rampe permettant de monter l’artillerie sur le glacis est aussi remarquable que rare.

L’armée hollandaise incorpore, au fil du temps, des régionaux et donc des Tournaisiens s’y engageront comme dans la Scutterij, police locale ayant un poste à la Halle-aux-draps.