Le Tournai d’avant: des cités et plus encore

La construction des habitations ouvrières piétine avec des petites entreprises. Voir et faire grand, Le Logis Tournaisien se veut la solution.

Étienne Boussemart

Faut-il vraiment s'étonner lorsque est constatée la multiplicité de demeures sinon insalubres, au moins dénuées de tour confort, même à l'échelle de ce début du XXe siècle.

Mais la régression de ces demeures indignes demeure lente ainsi que le prouve une liste "d'immeubles classés comme taudis par le Service des travaux de l'administration communale" durant l'année 1968. Y sont recensés 258 logements considérés comme taudis en fonction des critères de l'époque. Avec une propension nette pour les quartiers de Saint-Brice et Saint-Piat.

Petits moyens

Quels sont les principaux freins à l'expansion du "Bon Marché"? L'investissement lourd lorsqu'il s'agit de bâtir; la gestion coûteuse pour assurer les rentrées des loyers et garder le bien en état correct; les bénéfices réduits via les dividendes obtenus.

Un bel exemple est donné par la "Société d'habitations de Tournai". Fondée dès 1868 sur capitaux privés, elle ne peut offrir en 2021 qu'un parc de 123 maisons, garages et appartements. Aucun dividende n'est octroyé aux actionnaires, les revenus, essentiellement les loyers, étant aussitôt investis dans la rénovation ou l'achat. Tel celui de ce patrimoine de la rue Marvis, huit maisons Louis XIV datées de 1680. La solution fut, au 25 juin 2021, le rachat par Inclusion, firme bruxelloise spécialisée dans la restauration d'immeubles.

Des cités

Un immense champ d'action s'est ouvert à qui en a les possibilités financières: les faubourgs. De larges espaces, des prix abordables, des atouts qui ne laissent personne indifférent.

Le jeudi 9 février 1922 sont déposés à l'hôtel de ville, sous la présidence du bourgmestre Edmond Wibaut, les statuts (en 65 articles) de la Société Coopérative "Le Logis Tournaisien". Les objectifs suivent les préceptes des lois en cours à savoir "la construction, l'achat, l'amélioration, la vente et la location de logements et habitations à bon marché (...).

Le Conseil d'administration élu représente via ses onze membres les actionnaires soit: l'État (1), le province de Hainaut (1), la ville de Tournai (3), le Bureau de bienfaisance (1), les 171 souscripteurs particuliers pour les autres mandats. Ceux-ci sont entrepreneurs, commerçants et autres et leur apport, en ce février 1922, est déjà de 308 800 francs; indice incontestable de confiance certes mais Il est vrai qu'il est consenti un dividende annuel minimum de 2 %. Le Logis Tournaisien possède le nerf de la guerre et il déléguera à des sociétés adjudicataires le soin de construire; sous son autorité, s'entend.

En avant

L'infrastructure comme les compétences sont là. Il reste à construire. On ne traîne pas puisque en mai 1924 appel est fait "à toute personne désirant louer ou acheter une maison dans un groupe de constructions en cours au Chemin 50 (Maire) ou Chemin de Rongy (Général Piron) sont priées de s'adresser à l'hôtel de ville"..

Il est absolument impossible de suivre le Logis dans une expansion qui sera continue; même pas la seconde guerre mondiale ne l'arrête car en 1943 grandit la cité du 24 août. Durant un siècle, le Logis évolue sans cesse pour rester au plus près des perspectives architecturales, alliant selon les besoins mouvants de la société et les impératifs budgétaires, les demeures unifamiliales ou en appartements qui ont la cote au Maroc, au Vert Bocage, en petits et grands immeubles allant jusqu'aux tours de Carbonnelle.,

Il est d'ailleurs une autre vision, celle d'autres initiatives touchant par exemple le patrimoine qui sauvegardent des immeubles à caractère. Au cœur de son action, le Logis privilégie l'humain, on le verra.