Le Tournai d’avant: un toit pour tous, défi ou utopie

XIXe siècle: il est indispensable d'assainir les villes, de loger correctement l'ouvrier. L'État légifère en ce sens: dates-clés 1867 et 1919.

Étienne Boussemart

En 1867, deux lois sont censées aider les entreprises bâtissant des habitations pour ouvriers mais le grand départ se fait avec le Parlement qui vote, le 11 octobre 1919, une loi "visant à améliorer la situation du logement populaire via la création d'une Société Nationale des Habitations à Bon Marché".

Prêts à 2,75% sur 66 ans et aides aux associations locales. Celles-ci naissent dans tout le pays.

Une révolution manquée

Durant le XIXe siècle, le modernisme industriel gagne toute l'Europe et donc, la Wallonie. Mais pas vraiment Tournai qui compte pourtant en ses murs métallurgie, imprimerie, textiles mais ne parvient guère à se hisser parmi les "grands".

Les énormes bénéfices engendrés par ces industries ne profitent qu'aux patrons et peu à la classe ouvrière:, les grèves et, en conséquence, une visibilité pour le. POB (Parti ouvrier belge),

Parlons chiffres: en 1870, 31 525 habitants (dont le nombre s'accroît de deux mille chaque année) vivent dans 5 596 habitations à qui n'est dévolue qu'un minimum d'espace dans les quartiers comme Saint-Brice ou Saint-Piat; en 1876, reçoivent des secours continus 6 884 habitants et ils sont 4 588 à obtenir des aides ponctuelles.

La démolition des remparts dès 1863 n'améliorera ce triste constat qu'après quelques dizaines d'années, lorsque l'habitat ouvrier s'éloigne de la cité.

Frileux, le privé

Les lois de 1867 ont pour objet essentiel "l'amélioration de l'hygiène des villes et accordent des réductions fiscales aux entreprises bâtissant des maisons ouvrières". Mais elles ne remportent qu'un intérêt relatif, les capitaux privés ne se bousculent pas malgré des dividendes qui, selon les années, varieront de trois à cinq pour cent.

Lancée en 1968, la "SA pour la construction de maisons ouvrières" ne concrétise ses objectifs que deux ans plus tard.et ce n'est pas brillant puisqu'elle admet en 1870 "que trente habitations unifamiliales et deux logements sous combles hors la Porte du Château (en fait, avenue d'Audenarde) ont subi beaucoup de retard". Il était prévu là 30 habitations qui sont construites au fur et à mesure des moyens. Au rez-de-chaussée une grande pièce avec alcôve pour le lit du ménage (NDLR: on croit rêver), deux chambres à l'étage, cave et grenier, hangar pour les outils du potager (obligatoire), cour pavée, coût individuel: 3 986 francs, louées à 240 frs/an.

Peu à peu, au fur et à mesure que la cité se libère de ses entraves et que les faubourgs sont plus accessibles, le logement ouvrier s'exploite donc hors ville. Autre argument, le prix du terrain: en 1903, l'achat de 3 ares 27 à la rue Merdenchon (Chèrequefosse à ce jour) a coûté 3.1 9,75 francs; la même année, pour 9 ares 04 à la chaussée d'Audenarde, il a suffi de 2. 145,55 francs.

Tout n'est pas entièrement noir mais il faut du temps au temps. Ce n'est qu'en 1910 que, le long de la Carrière de l'Agache (Bonne Maison del Val) s'élèvent les 40 maisons.. Pour le compte de la SA pour la Construction d'habitations ouvrières, Jean-Baptiste Degreppe les bâtit pour 123 000 francs. Louées dès septembre 1910 bien que la réception provisoire ne soit actée que le 19 décembre 1910. Afin d'indemniser les locataires des "sommes dépensées pour sécher les murs durant l'hiver, il leur est accordé un mois gratuit de loyer".

Mais les N° 84, 86 et 88 sont détruites par un bombardement aérien, avec la mort de Mme Pluquet; et lors de leur retraite, les Allemands posent des mines sous les 37 autres. Il faudra donc que l'ensemble soit rebâti, à l’identique.

Ce ne sont encore là que les débuts d'une orientation plus efficace.