Le Tournai d’avant: fin d'année, suivez le protocole!

Bonne année, bonne santé, ces vœux, aussi traditionnels qu'ils soient, synthétisent les plus beaux sentiments. Galvaudés? Pas vraiment.

Étienne Boussemart

Nombreux étiez-vous sans doute à fêter l'an neuf malgré les contraintes. Tant mieux car si vous étiez nés avant 1564, vous auriez attendu encore quelques mois.

Les changements de notre calendrier se sont égrenés au fil des progrès de l'astronomie. Ils ont permis, au fil des siècles, de mettre en accord les calendriers terrestre et céleste. Le calendrier était lunaire chez les Romains, l'an compte 12 mois avec Jules César (et 355 jours) avec un décalage entre ciel et terre de plus en plus grand.

C'est donc me 9 août 1564 que, pour sceller l'accord entre ciel et terre, paraît l'édit dit du Roussillon fixant le début de l'an au premier janvier. Charles IX l'impose en France et Grégoire XIII, en fait autant en 1582 à l'ensemble de la chrétienté suivie par le monde entier.

Étrennes

Ces cadeaux offerts le jour de l'an sont une tradition tr§s ancienne : souverains, et seigneurs saisissent cette opportunité pour remercier leurs fidèles avec des joyaux, des terres, des titres...

Point de tout cela dans les classes populaires mais c'était, en fin XIXe , une coutumes respectée par les marchants ainsi qu'en témoigne ces quelques couplets anonymes.

Un vieil usage, au jour de l'an, veut qu'on s'off're étrennes/ les enfants vont chez grand-maman/ Et r'viennen't les mains pleines/ À les vir sucer leurs bonbons/ on voudrait s'vir' rajeuni.

Voyons c'que l'bonhomme janvier/ apporte dans sa hotte/ vous recevrez d'vot' épcier/ tout d'abord votre note/ puis deux ou trois boul'es de savon/ du chocolat et du candi.

Vous r'cevrez l'étrenne du facteur/ Toudis l'même affaire/ un calendrier de votr' tailleur/ un Tom pouce chez lez le libraire/ enfin l'almanach du garçon/ qui vous sert l'petit riquiqui.

Étrennes, pour les enfants aussi qui compteront sur la toile cirée de la cuisine, les sous reçus de leur parenté.

Mais la tournée des étrennes se faisait encore, il n'y a guère , selon un ordre strict: préséance aux parents les plus proches et les plus âgés papa, maman.. Et, au fur et à mesure de la journée, vers cousins plus lointains. Mieux valait ne pas se tromper!

Partout, le même cérémonial. Dans la "belle" pièce de devant, briquée à fond, les tasses pour le café, des verres petits pour le "sucré" offert aux dames, plus grand pour l'alcool des adultes. Les retours étaient parfois difficiles mais à pied, les risques étaient nuls.

Où est le rêve?

Notre société est devenue si matérialiste que la signification de la fête des Rois en est gommée. Or, les Rois, c'est d'abord l'Épiphanie, un instant privilégié conté à Gérard et qu'il relate : "C'était un cortège magnifique conduit par trois personnages très richement vêtus appelés Melchior, Gaspard et Balthasar;; ils n'avaient pas de chevaux mais de drôles de bêtes, des chameaux, avec un long cou et une grosse bosse sur laquelle ils étaient assis. C'était des savants, des mages, ils avaient vu dans le ciel une étoile nouvelle et l'ont suivie; échappant au méchant Hérode, ils ont trouvé Jésus dans son étable et se sont agenouillés pour Lui offrir leurs cadeaux. Eux, des savants, venus de si loin, si riches,à genoux, quelle belle histoire"..

Ajoutons à ce moment de douceur la symbolique des cadeaux: l'or pour le Roi, l'encens pour le Dieu, la myrrhe pour l'homme.

Un mot sur le lapin traditionnel du banquet: en ville et plus encore dans les faubourgs, son élevage était courant car, facile à garder et à nourrir avec l'herbe, les pissenlits ou les restes du repas. Mais l'hiver, plus rien. On garde un mâle, deux femelles et on mange les autres. Bon appétit.

Bonne année, bonne santé.