Tournai: le Mont-de-Piété (pas encore) à vendre?

Le Mont-de-piété est-il à vendre? Non, assure la majorité, qui dit "réorganiser son offre muséale". "Il est grand temps d’envisager sa préservation", insiste le conseiller communal Benjamin Brotcorne.

Christophe Desablens
Tournai: le Mont-de-Piété (pas encore) à vendre?
Inséré dans la rue des Carmes, le bâtiment date de 1622 et a survécu aux deux Guerres mondiales. ©Pierre Peeters

Le Mont-de-Piété, cet imposant vaisseau de style traditionnel datant de 1622, enchâssé le long de la rue des Carmes et surmonté d’une élégante tourelle, a suscité un débat au dernier conseil communal de Tournai.

Benjamin Brotcorne (groupe Ensemble) a interpellé le collège communal après qu’il a appris de bonne source que le CPAS étudierait la possibilité de vendre le site, par ailleurs un des trois plus beaux bâtiments civils de la ville à ne pas avoir été détruits lors des guerres.

"Je ne vous cache nourrir certaines inquiétudes. Ma première inquiétude concerne la préservation actuelle et future de l’édifice proprement dit.

La ville envisage-t-elle se porter acquéreuse? Il semblerait difficilement compréhensible que Tournai puisse se priver de l'un de ses joyaux. Mais en ce cas, quelles garanties seraient fournies quant à sa préservation? Ma seconde inquiétude concerne l'avenir des collections du musée archéologique que l'édifice renferme."

Sylvie Liétar, échevine en charge des musées, dément qu'une étude ait été lancée par le CPAS quant à la possibilité de vendre le Mont-de-Piété. "Cependant, ce n'est pas parce qu'aucune procédure n'a été enclenchée qu'aucune réflexion n'est menée concernant nos musées. En effet, et c'est peut-être de là que provient la confusion, la Ville travaille à une réorganisation de son offre muséale et donc de son musée d'archéologie actuellement situé dans le Mont-de-Piété".

En concertation avec les conservateurs des musées, une entreprise a été désignée pour mener un audit et proposer plusieurs pistes pour redynamiser l'offre muséale, améliorer l'attrait des collections des musées et maîtriser le coût de leur présentation. Le collège a pris au début du mois de décembre la décision de poursuivre le travail de l'entreprise qui va élaborer un plan d'actions. "C'est pour aller jusqu'au bout de la réflexion que la ville a demandé à l'entreprise de réfléchir au devenir à long terme du Mont-de-Piété".

La ville recherche un bâtiment

Le bourgmestre, Paul-Olivier Delannois, estime qu'avant d'envisager l'avenir de ce Mont-de-Piété, il faut trouver une solution pour le musée. "C'est difficile de travailler dans un bâtiment occupé. C'est pourquoi on cherche à pouvoir rapatrier ailleurs une série de pièces du musée avant d'avancer sur l'avenir du bâtiment". Une piste de solution envisagée dans les grandes vitrines des nouveaux bâtiments rénovés entre le conservatoire et le musée de la tapisserie, sur la place Reine Astrid, n'a pas abouti. "Le propriétaire ne souhaite délivrer qu'une seule des vitrines. C'est trop petit. Mais je continue les négociations car ce serait un endroit remarquable, en centre-ville, à proximité des musées de la Tapisserie, des Beaux-Arts et d'Histoire naturelle".

Benjamin Brotcorne n'est pas convaincu par les explications. "Mon espoir était d'avoir des explications chiffrées sur ce qu'on allait faire, quand on allait le faire, sur ce bâtiment en grand péril et sur les collections". Pourtant, des chiffres ont déjà circulé, rappelle-t-il. Le bâtiment a été visité successivement par le comité du CPAS qui avait estimé sa valeur à 2 millions d'euros. Un premier notaire a estimé sa valeur à 750 000€. Et un deuxième notaire a estimé en 2017 la valeur du site à 1,3 million d'€. "Il y a trois ans, un peu avant la législature actuelle, la question de la vente de ce bâtiment et de sa valorisation était d'actualité. Je m'étonne donc de ce que je paraîtrais un peu naïf de croire que ce bâtiment serait à vendre".

«Arrêtons la politique du lierre»

M. Brotcorne regrette que le dossier tarde à se concrétiser. "On nous dit encore que quelque chose va sortir mais j'entends à nouveau qu'on va bientôt voir ce qu'on va voir. J'aimerais avoir davantage d'éléments concrets sur ces réflexions et sur ce projet car ça devient urgent. La ville et le CPAS sont responsables d'un bâtiment important qui peut être emblématique pour notre ville. On ne peut pas toujours remettre à demain toute intervention pour sauvegarder ce bâtiment.

On est un peu face à la politique du lierre, et ce n’est pas qu’une image: on laisse le lierre grimper sur les murs de ce bâtiment et on n’entreprend aucuns réels travaux de préservation de sa couverture. Or, vous savez tous que le plus grand ennemi pour un bâtiment de cette ampleur est l’humidité qui va continuer à le dégrader lentement et qui le laissera en état de ruine".