Le Tournai d’avant: 6 juin 1944, entre peurs et espoirs

Non, pas de cris de joie, d’exaltation patriotique dans les rues de la ville en ce morose 6 juin 1944.

Étienne BOUSSEMART

La nouvelle du débarquement des Alliés se fera un lent chemin dans les demeures au fil du jour, parce que tout le monde n’a pas de poste de TSF et qu’il n’est pas bon de marquer l’espoir qui se lève.

D’ailleurs, Tournai est encore sous le choc; le 10 mai, les bombes explosives américaines ont ravagé le quartier du Nord et, l’objectif de la gare n’étant pas atteint, le déluge reprend le 13 et ponctuellement, les jours suivants. Les installations ne sont vraiment anéanties que le 22, et ce en trois minutes. Cette fois, la station est gravement touchée, les rails tordus se sont faits projectiles les wagons et locos gisent, renversés de la Margarine à Warchin. Total macabre, 105 victimes. Car la vue de ces avions qui sont des dizaines dans le ciel a attiré les habitants dans la rue. De 9 h 50 à 10 h, l’enfer puis les cris, des blessés, des gens qui hurlent en se ruant vers les abris

Choc encore que cette réquisition, le 16, après d'autres appels, par le Major-kommandant Schicker. Quatre cents hommes entre 16 et 50 ans, sont requis sur le chantier de la gare; ceci étant l'ordre à exécuter «sous peine de mesures coercitives». Ils ne sont que 70, que sera donc la réaction de l'occupant qui veut réorganiser le service ferroviaire pour l'armée, les militaires arrêtent les hommes dans la rue, les parquent à Ruquoy, les envoient à la gare.

Les maisons de la place Crombez se sont vidées, des pillards en profitent..

Ils sont là!

Le 6 juin, la BBC annonce le débarquement, la nouvelle se répand, la TSF reste allumée, branchée sur la BBC malgré le danger. À la gare, où les trains passent au ralenti et sur une seule voie, l’occupant rebouche les cratères en y renversant des wagons de charbon. et de blé. L’organisation Todt et les services de la Deutsche Bahn, logés à proximité, sont sur les dents depuis des semaines et accélèrent la remise en état des voies.

Pas une seule alerte de la journée, les oreilles se tendent, l'espoir naît car la radio alliée annonce que là-bas, en Normandie, «la bataille fait fureur, les pertes sont lourdes mais les Alliés ne s'en iront plus»; le cœur des auditeurs déborde joie le soir en écoutant ce traditionnel «Courage, on les aura les Boches». Oui, le commencement de leur fin.

D’autres nouvelles arrivent de Lamain; les Allemands y sont descendus en force, à la recherche de résistants et/ou de réfractaires. Le débarquement sera cause d’un retrait hâtif dans l’après-midi et, à Tournai, on commente cette journée en constatant que l’Allemand reste dangereux.

La fin de l’occupation paraît de plus en plus longue au fil des jours, les Allemands poursuivant leurs méfaits et les sirènes n’arrêtant plus de hurler, tant les avions alliés se multiplient au-dessus des têtes. Attendre dans une ville triste, déserte où chacun ne pense qu’à survivre. Et espérer.