Le Tournai d’avant: Maggy recordwoman, de l’accordéon

Folles sont les années d’après-guerre, partagées entre les accents venus des USA et les rythmes des bals populaires et multiples bistrots où règne l’accordéon. Le piano du pauvre a gardé son public, bon enfant, joyeux, heureux de vivre et de danser..

Étienne BOUSSEMART

Un changement survient; Désir d’imiter les sportifs et autres compétiteurs? Les tentatives des records de durée à l’accordéon se multiplient, l’an 1954 en est parfaite illustration.

La mode est générale; le Gantois Charles Coussens s’enorgueillit d’avoir joué durant 100 heures; le Courtraisien Masure le fait durant 166 tours d’horloge. Prestations quasi inhumaines.

À Tournai, en lice, Pierre Duchateau, un chevronné et prof' d’accordéon à la chaussée de Lille où il échouera vers les 73 heures.

Jules Boudrenghien, ouvrier mineur, s’essaie au Red Star, chaussée de Bruxelles; deux essais, sans réussir.

Courage et talent, Maggy

Voici une femme, jeune épouse et maman, Marguerite Carlier familièrement appelée Maggy, née à Courcelles le 26 mai 1929, Tournaisienne depuis sa tendre enfance; elle y travaille, caissière dans un magasin du centre.

Son goût pour la musique lui vient très jeune; à 9 ans, elle étudie, des 12 ans, donne de petits concerts où son talent et sa gentillesse lui valent de multiples succès.

Le vendredi 19 mars 1954, elle se lance le défi de battre le record de durée au piano à bretelles. L’enseigne? «Aux Briscots», rue de Pont tenu par ses parents, où elle joue régulièrement avec deux partenaires féminines.

Elle joue et les heures puis les jours passent; en ville se commente de plus en plus ce qui apparaît comme exceptionnel de la part d’une femme. La foule de plus en plus s’agglutine sur le trottoir et le lundi, il faut 18 agents de police pour canaliser les curieux.

Curieux mais pas que; Mme Portois, infirmière et Jean Clercel l’animateur n’ont pas fermé l’œil durant 48 heures; inutile de tenter d’entrer «Aux Briscots», il faut protéger Maggy, ce qui n’empêche pas de boire à sa santé: plus de 1 500 litres de bière.

Le lundi 22 mars, Maggy enchaîne avec «Les Tournaisiens sont là» et clôture à 19 h 27 sa tentative. Avec un score remarquable: 72 h 27, record, porté avec bonification à 73 h 30. Record du monde titrent les journaux, record féminin parfois, qu’importe la performance est exceptionnelle.

Délire général, Maagy, bien que fatiguée – défaillance vers 17 h – est radieuse lorsqu’elle apparaît au balcon pour remercier toux ceux qui l’ont encouragée dont le bourgmestre Émile De Rasse.

Le samedi, elle est reçue officiellement à l’hôtel de ville, réception suivie d’un cortège joyeux et musical dans les rues où éclatent mille et mille bravos.

Pour l’artiste, l’avenir sera de tournées en Belgique et en France, de multiples concerts, jouant de l’orgue et de l’accordéon, chantant agréablement et transmet toujours son savoir aux jeunes. Jusque dans les années septante.

Maggy n’est plus, elle a rejoint les cohortes musicales là-haut à l’âge de 90 ans.